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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Les Poulettes

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Culture masculine du métier de policier, inégalités entre hommes et femmes, voire discrimination… Comment se porte la diversité au sein de la police?

«Plus tard, je serai policier», dit le garçon. «Moi, plus tard, je serai infirmière», dit la fille. Depuis toujours, certains métiers sont perçus comme des métiers d’hommes, d’autres comme des métiers de femmes et il n’existe que très peu de mixité à l’intérieur de ces fonctions. C’est le cas du métier de policier, pour lequel les femmes doivent se battre pour pouvoir y obtenir le même statut que leurs homologues masculins.

Inégalité dans la fonction: de 98% à 85% de policiers hommes

«Quand je dis que je veux évoluer dans ce métier, les gens me regardent de travers et me demandent : ‘Tu es sûre que ce métier est fait pour toi?’», raconte Cécile, 18 ans et aspirante policière. Ce constat, elle le doit à la perception très masculine du métier de policier. Ce métier est perçu par tous comme requérant de l’autorité, du courage mais surtout de la force physique. Et les chiffres ne mentent pas à ce propos: 85% des policiers sont effectivement des hommes en 2013. Gwen Mercks, présidente de l’Association des femmes policières belges, nous le confirme. À titre d’exemple, parmi 193 chefs de zone dans la police locale, seulement six sont des femmes. «Ce sont les grades les plus hauts, les postes clés, qui sont le plus touchés par ce manque de diversité.» Il existe pourtant une tendance vers une plus grande parité au regard des chiffres de 1993, où l’on pouvait observer près de 98% d’hommes. «Lors d’une soirée d’information sur les métiers, j’ai eu l’occasion de rencontrer deux commissaires, se souvient Cécile. Dans la salle, nous étions deux filles pour une dizaine de garçons. L’un des commissaires nous a fait une remarque qui m’est restée en tête: ‘Il n’y a peut-être seulement deux filles aujourd’hui mais imaginez-vous qu’il y a une vingtaine d’années, il n’y en avait aucune ou alors, c’était très mal vu’.» Malgré ces faibles chiffres, le taux de mixité au sein de la police de la Belgique se situe dans la moyenne européenne, derrière des pays leaders tels que l’Angleterre ou les Pays-Bas. Pourquoi de telles disparités, alors même que l’accès au métier a été rendu parfaitement égalitaire du point de vue légal?

Des femmes dans la police

Selon l’Association des femmes policières, l’engagement des femmes dans la police communale, dans les années 60, avait à l’origine pour but de renforcer certaines tâches sociales, pendant que les hommes effectuaient le «vrai» travail de policier. Ce n’est qu’à partir des années 70 que ces femmes policières sont devenues, en théorie, les égales de l’homme policier. De même, dans les polices de gendarmerie et judiciaire, les femmes ne sont arrivées et n’ont été acceptées que tardivement, seulement entre la fin des années 90 et le début des années 2000. Cette entrée a été perçue comme une menace par les hommes, quant à leur masculinité et à leurs compétences. D’autres estimaient que la prétendue plus grande sensibilité des femmes n’était pas faite pour un tel métier, et qu’elles seraient incapables de gérer une situation violente. Si aujourd’hui encore certains postes comptent plus de femmes que d’autres, comme les services jeunesse, contrairement aux unités spéciales «où la force et les muscles comptent», Gwen Wercks met en avant que certaines fonctions ne sont plus réservées aux policières, et d’autres aux policiers: «On choisit d’être policier, et non d’effectuer une tâche particulière.»

Explications du monde scientifique

Le difficile statut de la femme policière peut être expliqué par une conception en quatre grands rôles, selon Seklecki et Paynich (A national survey of female police officers, 2007): la femme policière est à la fois une mère, ce qui lui donne un caractère réconfortant pour les hommes, un objet sexuel et donc séducteur, une jeune sœur divertissante, et une intruse lorsqu’elle est perçue avec suspicion et hostilité. Sur la base de l’analyse de Susan Martin, auteure américaine de nombreux ouvrages sur les problèmes de genre, déjà en 1990, cet enfermement dans un de ces rôles conduit les femmes à ne pas pouvoir se montrer performantes aux yeux des hommes policiers. Ainsi, les policiers sont tentés de les écarter des situations de risque, soit en les protégeant lors d’interventions, ce qui constitue un handicap, soit en refusant de travailler avec elles.

Jusqu’à la discrimination?

Si l’inégalité en termes de parité hommes-femmes est bien observable, la discrimination volontaire, elle, ne peut pas être attestée de la même façon. Les avis sont partagés et peu d’informations filtrent au sujet d’éventuelles victimes. Cela n’empêche pas une certaine pression de se faire sentir, déjà au niveau des sélections des futurs policiers et policières: «Mon impression lors du premier examen était que les examinateurs se montraient plus regardants et sévères lors du passage des filles, avec des remarques sur un ton plus brusque. Les jeunes filles qui veulent entrer dans la police ne sont pas toujours prises au sérieux, alors que la fonction de policier est une fonction comme une autre», relève Cécile. En outre, les femmes peuvent être soumises à toutes sortes de préjugés, notamment sur leur personnalité. Ainsi, toutes seraient homosexuelles ou renieraient leur féminité. Parler de discrimination serait pourtant trop s’avancer, le sujet étant encore assez peu discuté dans notre pays et les victimes, s’il y en a, étant mal connues. Des cas extrêmes se sont pourtant déjà fait entendre. Au Canada, par exemple, en 2009, 200 policières ont porté plainte pour discrimination, plaisanteries sexistes ou encore demandes de faveurs sexuelles en échange d’une amélioration de carrière. Aujourd’hui, nul besoin de chercher bien loin, l’inégalité et les références sexistes sont bien présentes. Google n’y échappe pas. En y recherchant «Les policières portent plainte», le moteur de recherche propose d’essayer avec cette orthographe «Les policiers portent plainte». Révélateur?

Pourquoi des femmes dans la police?

La police est bien consciente de ces problèmes de genre et s’en inquiète. Sur son site Jobpol, elle appelle d’ailleurs à davantage de diversité hommes-femmes au sein de la police. Déjà dans les années 90, des quotas avaient été imposés pour permettre à davantage de femmes d’intégrer la police, l’objectif étant d’atteindre 40 officiers et 600 sous-officiers féminins en 1998, chose faite au début juillet 1999. D’autres projets, tels qu’une adaptation des épreuves de sélection aux femmes, ont ensuite vu le jour. Aujourd’hui, l’asbl Réseau des femmes policières belges œuvre toujours dans ce sens. Pour l’organisation, il en va de l’efficacité même de la police: une plus grande part de femmes serait représentative de la population et saurait alors être mieux reconnue légitimement. «Nous offrons un service à la population, et pour qu’il excelle, il faut une certaine diversité dans la police», rappelle la présidente Gwen Mercks, qui tient néanmoins à préciser que, selon elle, il n’existe pas de discrimination au sein de la police: «Sur le plan légal, il n’y a pas de discrimination, les efforts sont faits. Mais on ne travaille pas assez sur la culture, qui reste très masculine.» Elle souligne aussi que les femmes dans la police sont fortes et ne doivent pas être perçues comme des victimes. «Chaque femme ne peut pas être policière, mais chaque homme non plus.»

Et nombreuses sont les qualités et compétences que les femmes policières possèdent, en plus de leurs collègues masculins. «Les femmes, en général, voient la situation d’une autre manière et peuvent donner un service plus appliqué à cette situation», souligne Gwen Mercks. Selon les études réalisées en 2007 sur cette différence par Fabien Jobard, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cedisp, France), les policières seraient moins enclines à tirer que les policiers. De même, elles seraient plus habiles pour désamorcer les situations violentes, par leur recours plus fréquent à la communication. Enfin, elles utiliseraient un niveau moindre de violence lors d’une intervention et opteraient plus rapidement pour une solution neutre, comme l’arrestation de suspects. Dès lors, les femmes semblent apporter davantage d’humanité dans le métier de policier, ce qui n’est pas négligeable à l’heure où la violence et les conflits se font toujours plus nombreux. Certaines femmes policières se défendent de ces affirmations. Selon elles, certains hommes policiers sont aussi plus doux et communicateurs dans leur métier. Réduire la policière à n’être «que» moins violente est aussi un préjugé, et donc une idée à combattre.

Un objectif réalisable

Parler de discrimination rend le sujet plus difficile et tabou, de même que la recherche de témoignages de victimes policières. Comment imaginer la possible présence de discrimination ou de harcèlement dans un service qui a justement la charge de les sanctionner? L’objectif d’une plus grande diversité est peut-être la clef, et est réalisable selon Gwen Mercks: «Dans mon service, 43% de mes collaborateurs sont des femmes, c’est donc possible.» Envers et contre tout, certaines restent motivées à continuer leur rêve, c’est le cas de notre aspirante policière: «Tout cela ne me fait pas changer d’avis, mais je me pose bien sûr des questions sur mon avenir qui n’est pas, comme je le croyais, tout tracé.»

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