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L’épreuve du logement

Alter Échos n° 376 28 février 2014 Céline Gautier

Le bon sens veut que l’on ne consacre pas plus d’un tiers de ses revenus à son loyer. « À Bruxelles, dans le logement privé, les familles monoparentales dépensent souvent deux tiers de leur budget, constate Martin Wagener, sociologue au Cridis (Centre de recherches interdisciplinaires démocraties, institutions, subjectivité à l’UCL) et auteur d’une thèse sur la monoparentalité. Un appartement deux chambres dans la capitale coûte minimum 650 euros. Une femme seule avec un ou deux enfants ne peut pas s’en sortir sans un salaire minimum de 1 600-1 800 euros. » Sans cela, le risque est de tomber dans ce que Martin Wagener appelle « une forme de sans-abrisme » caché, fait de logements de fortune ou inadaptés.

Dans le parc locatif privé, les mères célibataires semblent avoir du mal à convaincre les propriétaires de leur solvabilité. Martin Wagener dénonce une discrimination « qui ne dit pas son nom » pour celles qui cumulent les critères : « Si vous êtes une femme, seule avec des enfants, d’origine étrangère et dépendant du CPAS, c’est quasiment impossible de trouver un logement. » Le garder est également difficile. « En cas de séparation, dans un logement privé, c’est celui qui paie qui a le droit de rester. Dans des pays comme les États-Unis, la priorité est donnée à celui qui a la garde des enfants. »

Partout, les familles monoparentales se retrouvent, en moyenne, dans des logements plus petits, moins bien chauffés et de moins bonne qualité. Pour Marie-Claude Chainaye, chargée d’études au Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, l’isolement géographique peut achever de ternir le tableau : « Dans certaines zones rurales qui ne sont plus – ou très mal – desservies par les transports en commun, les familles ne peuvent pas s’en sortir sans voiture, au risque d’une exclusion sociale totale. » Or, le coût d’un véhicule est rarement pris en compte dans les budgets de référence pour l’attribution de certaines aides publiques. En matière de logement comme en matière de santé, souligne Marie-Claude Chainaye, « nous ne sommes pas égaux face aux dépenses indispensables ».

Le logement public, une solution ?

L’accès à un logement public (social ou assimilé) apparaît comme une solution indispensable pour de nombreuses familles monoparentales. « Seule une sur dix en bénéficierait », d’après Martin Wagener. En Région bruxelloise, le fait d’être une famille monoparentale vaut deux points de priorité dans les sociétés immobilières de service public (SISP). Les parents seuls avec enfants représentent 22 % des foyers bénéficiant d’un logement social. En Wallonie, la monoparentalité n’a pas été formellement reprise dans les critères de priorité mais la Société wallonne du logement (SWL) tient compte de la précarité des revenus et du nombre d’enfants à charge. Dans les faits, près de 30 % des locataires sociaux sont des familles monoparentales (Actiris 2010).

« À Bruxelles, la plupart des logements sociaux se trouvent dans les quartiers de deuxième couronne : Evere, Uccle, Woluwe, Laeken, etc. », observe Martin Wagener. « Sur les très grands sites, comme le Peterbos à Anderlecht ou Versailles à Neder-Over-Heembeek, on trouve de nombreux services sociaux mais peu de lieux de convivialité ou de petits commerces. En revanche, dans les quartiers moyens, comme la Bascule, à la frontière d’Uccle et d’Ixelles, on trouve des snacks ou des magasins mais très peu de services accessibles, comme des activités gratuites pour les enfants. » Souvent, conclut-il, « il est plus facile d’être pauvre dans une commune pauvre que dans une commune riche ». Sauf pour les places en crèche : « À de rares exceptions, elles se trouvent là où ne vivent pas les familles monoparentales. »

En savoir plus

La thèse de Wagener M. : Trajectoires de monoparentalité à Bruxelles : les femmes face aux épreuves de la parentalité, est disponible sur http://hdl.handle.net/2078.1/134855

Pacte territorial pour l’emploi en Région de Bruxelles-Capitale, La monoparentalité à Bruxelles. Un Tour d’horizon, Actiris, 2010. Monoparentalités à Bruxelles. État des lieux et perspectives.

Étude réalisée sous la supervision de Wagener M. et Francq B., en collaboration avec la Plate-forme technique de la monoparentalité en Région de Bruxelles-Capitale, novembre 2013

 

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