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Le plan Tandem a-t-il crevé?

Alter Échos n° 396 3 février 2015 Julien Winkel

Fini le plan Tandem? D’après le secteur non marchand, il serait en tout cas sur le point de dérailler. Dans la ligne de mire des syndicats: le gouvernement fédéral.

Le gouvernement fédéral a-t-il tué le «plan tandem»? À écouter certains intervenants du secteur non marchand, on serait tenté de le croire. Le recul de l’âge du crédit-temps fin de carrière de 55 à 60 ans pour les premières demandes, décidé par le gouvernement fédéral, viendrait le mettre à mal.

En place depuis 2004 en Belgique francophone et germanophone, le plan Tandem n’a rien à voir avec le monde du vélo. Mais il concerne par contre bien deux personnes, deux travailleurs du non-marchand de la CP 319.02 et la CP 332, l’un plus âgé que l’autre. Adossé aux crédits-temps de fin de carrière, ce système permet à un travailleur «âgé» de passer à mi-temps. Le temps de travail libéré est quant à lui mis à profit par l’employeur pour engager un jeune travailleur (soit de zéro à trois ans d’ancienneté à l’engagement selon les secteurs). Il est même contraint de le faire.

En fin de compte, tout le monde serait gagnant. L’employeur, qui ne paie pas plus cher dans l’opération. Le jeune travailleur, à qui l’on propose un emploi mi-temps. Et le travailleur âgé qui, d’après les syndicats, se retrouverait avec 80% de son salaire en poche. Comment? Grâce à l’intervention d’un fonds «Old timer» lui versant un complément à son salaire mi-temps et à l’allocation crédit-temps fin de carrière octroyée par l’Onem. Le fonds est quant à lui alimenté par le différentiel entre le salaire qu’aurait payé l’employeur pour le «vieux» travailleur et celui qu’il paie pour le jeune, moins cher.

«Un grand gâchis»

«90% des plans Tandem sont pris avant 60 ans.» Christian Masai, Setca

Dans sa déclaration gouvernementale, le gouvernement Michel a décidé de reculer l’âge du crédit-temps fin de carrière. Celui-ci est passé de 55 ans à 60 ans. Or, «90% des plans Tandem sont pris avant 60 ans», affirme Christian Masai, secrétaire fédéral Setca. Avant de parler d’un «grand gâchis». «Avec ce plan, le non-marchand avait pris les devants et avait fait preuve de créativité. Les métiers de ce secteur ne sont pas repris dans les métiers lourds, mais je peux vous dire que ce sont des métiers avec une forte pénibilité en fin de carrière. Le plan donnait la chance aux travailleurs ‘âgés’ d’aller jusqu’à leur fin de carrière tout en favorisant l’engagement de jeunes. Pour un gouvernement qui prétend créer de l’emploi et garder les gens au travail, venir mettre cela à mal est bizarre.»

Du côté de la CNE, on fait remarquer que le gouvernement Di Rupo avait déjà commencé le travail en faisant reculer l’âge des crédits-temps de 50 ans à 55 ans en 2012. «Le plan Tandem n’est plus une mesure efficace pour permettre aux travailleurs âgés de travailler jusqu’à leur fin de carrière», regrette Patricia Piette, permanente nationale. Elle craint également une hausse du nombre de certificats de maladie et dit déjà constater une augmentation du nombre de licenciements pour force majeure dans certains sous-secteurs. Les travailleurs n’étant tout simplement plus capables de travailler.

Se dirige-t-on vers une mort programmée du plan Tandem? «C’est beaucoup dire, tempère Zoran Kacarevic, directeur de l’ANCE (Association nationale des communautés éducatives) et membre du comité de gestion du fonds Old timer. Les travailleurs entrés dans le système avant sa modification en ont pour dix ans. Le fonds devra subsister au moins jusque-là. Et puis rien ne dit qu’on n’aura pas des gens qui vont mordre sur leur chique et vouloir y entrer à 60 ans.» Pour Nicolas Dimitriadis, responsable administratif du fonds Old timer, le plan Tandem ainsi modifié pourrait même devenir une solution alternative au système des prépensions, lui aussi sensiblement durci.

Du côté du cabinet de Kris Peeters (CD&V), «on ne communique pas». Mais on précise que le ministre fédéral de l’Emploi vient de rencontrer les syndicats du non-marchand.

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Alter Échos n°395 du 09.01.2015 : «Au chômage jusqu’à 67 ans?»

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A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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