Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression
Justice

Le logement wallon sous toutes les coutures

Alter Échos n° 374 20 janvier 2014 Amélie Mouton

Le Centre d’étude en habitat durable, créé sous cette législature par le ministre wallon du Logement Jean-Marc Nollet, a sorti la première édition des « Chiffres-clés du logement en Wallonie 2012 ».

C’est un fameux pavé : environ 170 pages, truffées de graphiques et de données. En sept chapitres, le logement wallon y est scruté sous toutes les coutures ; la démographie, le stock, la production, le marché, le financement, le budget public, ainsi que les dimensions de genre, d’âge, de handicap et de nationalité. Les « Chiffres-clés du logement en Wallonie 2012 » sont l’une des premières productions d’envergure du Centre d’étude en habitat durable, une institution publique très récente qui doit encore faire ses preuves (voir encadré).

Pour Sébastien Pradella, son directeur, cette réalisation comble un vide : « Alors que c’est un sujet de première importance pour les citoyens, il n’y avait pas, en Wallonie, de publication qui pouvait faire office de tableau de bord en matière de logement, comme c’est le cas pour l’emploi ou l’environnement. Ici, nous abordons ses différentes facettes ; sociale, économique et environnementale. » Il reconnaît cependant que le travail est perfectible. « C’est une première étape, où nous avons inventorié et rassemblé différentes statistiques, mais il doit être amélioré. Nous manquons de certaines données, par exemple un suivi plus précis des ménages et de leurs comportements. »

Les prix bondissent

L’étude dégage de grandes tendances à l’échelle régionale tout en proposant des focus sur la situation de chaque province et des quatre grandes villes wallonnes : Mons, Charleroi, Namur et Liège. Elle compare également certaines données sur plusieurs années, ce qui permet d’observer des évolutions significatives. Exemple parlant : l’augmentation des prix. Entre 2004 et 2012, l’indice santé, qui reflète l’évolution des prix de tous les biens et services, a augmenté de 19 %. Les indices des prix des maisons d’habitation ordinaire, des appartements et des terrains à bâtir, ont, eux, respectivement grimpé de 40 %, 47 % et 69 %. Dans toutes les provinces, une maison se vend en moyenne deux fois plus cher qu’il y a dix ans, et pour les appartements, c’est même un peu plus. Sans surprise, le Brabant wallon est la province où il est le plus coûteux d’acheter, suivi de Namur, Luxembourg, Liège et le Hainaut. Les loyers ont aussi connu une courbe ascendante ; entre 2004 et 2011, ils ont augmenté de 138 euros en moyenne pour les ménages louant au prix du marché.

Plus de ménages de petite taille

Autre enseignement du rapport, l’évolution de la taille des ménages : elle diminue en raison du vieillissement de la population et d’une augmentation du nombre de familles monoparentales et de personnes vivant seules. En 2010, 65 % des ménages wallons étaient composés d’une à deux personnes. Conjugué à une croissance démographique, ce changement entraîne une augmentation du nombre total de foyers.

Sans surprise, la Wallonie reste une terre de propriétaires. En 2012, environ 67 % des habitants possèdent un bien. « La proportion de ménages locataires reste relativement stable », souligne l’étude. Le parc d’habitation, lui, se compose toujours majoritairement de maisons unifamiliales (plus de 80 % des 1,6 million de logements) mais la proportion d’appartements s’accroît partout, ce qui pourrait s’expliquer par le plus grand nombre de ménages de petite taille. Enfin, contrairement à la volonté politique affichée de densifier les villes, la périurbanisation se poursuit ; entre 2001 et 2008, 61,3 % des nouveaux logements se sont construits dans des zones non urbaines.

Coût du logement et inégalités

L’étude se penche aussi sur le poids financier lié aux coûts du logement. Un ménage wallon y consacre un peu plus d’un quart de son revenu annuel (à Bruxelles, c’est environ 41 % !). Les ménages locataires sont plus vulnérables puisque, par rapport à cette moyenne, les coûts totaux de logement absorbent 44,9 % de leur revenu annuel (à Bruxelles 58,6 %). Le poids financier du logement est aussi plus important pour les personnes handicapées et pour les ménages de nationalité non européenne, pour lesquels il représente plus de la moitié du revenu. Ces familles, qui vivent majoritairement en appartement, sont aussi celles qui ont le plus de mal à bien se chauffer. Ces données sont à mettre en perspective avec les évolutions en matière de logement social. Si leur nombre se situe aux alentours des 10 % réglementaires dans les quatre grandes villes wallonnes, il y a par contre une diminution marquante entre 2001 et 2011 ; 1 352 unités en moins du côté des sociétés de logement de service public.

Les efforts publics sont-ils suffisants ? Le rapport relève que la Région wallonne a affecté, en 2012, 3,24 % du total de ses dépenses au logement. Le budget est en croissance depuis les années 90, non pas à cause d’un engagement plus important, mais en raison de la prise en charge de nouvelles politiques au fil de la régionalisation. Par ailleurs, cet effort se traduit principalement par des déductions fiscales accordées aux ménages wallons propriétaires. Quant aux recettes fiscales, elles sont en augmentation. Elles représentaient, la même année, 1,04 milliard d’euros, soit 56 % des recettes fiscales régionales.

 

Un bidule de plus ?

La décision de doter la Wallonie d’un Centre d’étude sur l’habitat durable remonte à l’été 2011. Jean-Marc Nollet annonce la création d’un organisme public de recherche « pour développer l’appareil statistique wallon sur le logement et proposer des analyses stratégiques pour construire les politiques en faveur de l’habitat durable ». Le projet fait grincer quelques dents, et notamment celle de Claude Eerdekens, parlementaire wallon, qui interpelle à plusieurs reprises le ministre sur la nécessité de créer un nouveau « bidule ». Il est vrai que la Wallonie dispose déjà de plusieurs structures qui mènent des recherches sur le logement, même si ce n’est pas leur seule prérogative. Il y a l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique), une institution publique scientifique qui mène d’ailleurs pour l’instant une recherche sur les expulsions domiciliaires, ainsi que la DG 04, la direction générale opérationnelle du territoire, logement, patrimoine et énergie, qui comporte une direction des études et de la qualité du logement. En 1998, le gouvernement wallon a aussi créé la Conférence permanente du développement territorial (CPDT), une plate-forme multidisciplinaire qui rassemble des chercheurs issus de l’ULB, UCL et ULg, et qui a notamment pour vocation d’être un outil d’aide à la décision. Enfin, il faut citer un bureau de consultance privé, la Sonecom, qui avait mené en 2006 une enquête sur la qualité de l’habitat en Wallonie pour le compte de l’administration wallonne. Le ministre Nollet a justifié sa décision par la volonté d’encourager la valorisation des connaissances dans le domaine du logement « dont trop de pans sont encore dans l’ombre ». Plusieurs observateurs admettent que les études sur le logement étaient éparpillées dans différents lieux, ce qui compliquait la lisibilité, mais restent dubitatifs sur le choix d’une nouvelle structure. Implanté à Charleroi pour être proche des autres institutions wallonnes actives en matière de logement, le Centre d’étude sur l’habitat durable a fêté son inauguration officielle début octobre 2013 et fonctionne pour l’instant avec une équipe de cinq chercheurs.

 

En savoir plus

Centre d’études en habitat durable : tél. : 071 20 56 00 – courriel : information@cehd.be

Pssssttt, cher.chère visiteur.euse du site d’Alter Échos !!!

Sache que ta présence sur notre site nous réjouit. Sache aussi que nous sommes heureux que vous soyez si nombreux.ses à nous suivre sur le web. Nous avons choisi de mettre en accès libre une grande partie de nos articles … pour le partage & pour répondre à notre mission d’éducation permanente. Mais produire une information de fond & de qualité implique un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous à nos revues !

A la Une