Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression
Jeunesse (Aide à la)

Le Chêne réunit les familles brisées

Alter Échos n° 359 3 mai 2013 Sandrine Warsztacki

En cas de séparation, certaines situations familiales sont telles qu’un des parents se trouve, pour diverses raisons, dans l’impossibilité d’accueillir son enfant. Le juge peut alors désigner un Espace rencontre pour encourager le maintien de la relation. Visite au Chêne, dans le domaine ONE de la Hulpe1

Comme tous les samedis, J.M. a pris le train pour se rendre à la Hulpe. Ce jour, il l’a attendu avec impatience toute la semaine. C’est ici, à l’Espace rencontre de La Hulpe, qu’il a vu sa petite fille faire ses premiers pas. Qu’il l’a entendu l’appeler papa pour la première fois. Depuis que sa femme l’a accusé de rapt parental, il a l’impression douloureuse et irréelle, nous dit-il, de vivre une vie qui ne lui appartient plus.

Les locaux de l’Espace rencontre sont perchés au premier étage de la pouponnière Reine Astrid. Nichés dans un écrin de verdure, à l’origine, ces bâtiments de l’ONE hébergeaient des colonies de plein air pour les enfants souffrant de maladies respiratoires. Le papa nous fait visiter la chambre où il reçoit sa fille, toujours la même pour ne pas perturber les habitudes de la petite. Il nous souhaite la bienvenue dans « sa pièce » et s’excuse pour le désordre qui y règne. Pour ne pas perdre une miette de ses quatre heures de visite hebdomadaire, il préfère ranger après le départ de l’enfant. « C’est peu, mais grâce à ça j’ai réussi à mettre la présence d’un papa. Quand elle dort, je la regarde, je m’imprègne de sa présence. Le temps de lui donner à manger, de lui faire faire sa sieste, il ne nous reste que deux heures à peine pour jouer. C’est dans cette pièce qu’est née notre relation. Cette pièce, que je le veuille ou non, fera partie de notre histoire. Si cet endroit n’existait pas, je ne verrais pas ma fille ! Le plus dur, c’est de ne pas participer aux décisions importantes de sa vie. Aujourd’hui elle ne se rend pas vraiment compte de la situation. Mais qu’est-ce qui va se passer quand elle va grandir ? Va-t-elle souffrir ? Va-t-elle se révolter ? » s’inquiète le papa, visiblement ému.

Au bout du couloir, un autre papa s’amuse avec son fils dans la salle de jeux commune. Entre la joie des retrouvailles et l’amertume de la séparation, il nous confie son découragement. Depuis que le garçon est né, il se bat en procès avec sa mère et toutes les tentatives de médiation ont échoué. Ici, c’est la deuxième fois qu’il revoit son fils après deux ans de séparation. « Aujourd’hui, on a bien rigolé. Je devrais être heureux. Mais en fait je suis dégoûté. Il m’appelle par mon prénom. Je ne suis personne pour lui ! »

Dans le respect des règles

Un ballon de foot roule jusqu’au pied d’Olivier Polfliet. Avec douceur, mais fermeté, le coordinateur de l’Espace rencontre rappelle les jeunes fautifs à l’ordre. « On travaille avec un cadre strict, respecter les règles est une façon d’assurer un cadre de rencontre propice au respect des uns et des autres. C’est notre rôle », commente-t-il.

Un peu plus loin, nous croisons une fillette en larmes. Son père, sans-abri, vient de lui annoncer qu’il devait faire des examens de santé. Chaque porte de l’Espace rencontre s’ouvre sur une histoire singulière. « En résumé, il y a deux types de situations. On a des situations où un parent présente des problèmes de santé mentale, d’assuétudes, qui peuvent s’installer dans la durée. Mais pour la majorité des situations, l’espace rencontre se veut un service transitoire, que les parents vont fréquenter pendant une crise provisoire, le temps que la situation se stabilise. On prépare le terrain pour la médiation. Quand, par exemple, le parent hébergeant voit que tout s’est bien passé en venant rechercher son enfant, que celui-ci est apaisé, il peut retrouver confiance. L’idée d’une médiation fera alors plus facilement son chemin », conclut le coordinateur.

Des moyens pour de nouvelles antennes

Il existe actuellement douze Espaces rencontre, soit un service par arrondissement judiciaire, qui suivent près de 1 500 situations par an. Ce nombre va croissant et le nombre d’heures consacrées à chacune d’entre elles augmente (entre 45 heures et 75 heures pour une situation moyenne par semestre). Pour répondre à cette demande croissante, le gouvernement wallon, sur proposition de la ministre Eliane Tillieux, a modifié en janvier le Code de l’Action sociale et l’arrêté du gouvernement wallon relatif à l’agrément et au subventionnement de ces services. Concrètement, cela signifie que les Espaces rencontre situés au sein d’un arrondissement judiciaire comptant plus de 300 000 habitants (Liège, Namur, Nivelles, Charleroi, Mons et Tournai) disposeront de nouveaux moyens pour ouvrir une antenne. Pour Olivier Polfliet, de l’Espace rencontre de l’arrondissement judiciaire de Nivelles, ces nouveaux moyens peuvent aussi permettre de répondre à la problématique de la mobilité. Dans le Brabant wallon, par exemple, les parents venants de Jodoigne ou de Tubize sont mal connectés en transport en commun pour rejoindre La Hulpe.

1. Espace rencontre Le Chêne :
– adresse : avenue de la Reine, 1 à 1310 La Hulpe
– tél. : 02 656 08 72

Aller plus loin

Labiso du 15/10/2004 n° 40 :
« L’asbl Espace Rencontre Hainaut : Pour maintenir le lien enfants parents »
http://www.labiso.be

Alter Echos n° 222 du 01.02.2007 :
http://www.alterechos.be/index.php?p=sum&c=a&n=222&l=1&d=i&art_id=16074 « Les Espaces rencontre à la rescousse des familles multiculturelles »

Pssssttt, cher.chère visiteur.euse du site d’Alter Échos !!!

Sache que ta présence sur notre site nous réjouit. Sache aussi que nous sommes heureux que vous soyez si nombreux.ses à nous suivre sur le web. Nous avons choisi de mettre en accès libre une grande partie de nos articles … pour le partage & pour répondre à notre mission d’éducation permanente. Mais produire une information de fond & de qualité implique un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous à nos revues !

A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

A la Une