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Le Centre pivote vers la Wallonie

25 juin 2015 Martine Vandemeulebroucke

Le Centre interfédéral pour l’égalité des chances cessera bientôt d’être «le Centre». Il va perdre son nom et se… décentraliser en poursuivant le virage régional entamé en 2012. Cette année sera celle de l’ancrage wallon. Patrick Charlier, directeur faisant fonction du Centre, nous explique comment le Centre espère devenir un acteur incontournable d’une politique de la diversité au sud du pays.

Alter Échos: Le Centre recrute des collaborateurs pour gérer des points de contact en Wallonie. C’est un vrai tournant qui s’amorce?

Patrick Charlier: C’est le résultat de l’accord de coopération de juillet 2012 entre le fédéral, le Centre, les Régions et les Communautés. Mais par rapport à cet accord, il y a quelque chose de nouveau: l’obligation pour le Centre d’avoir des points de contact proches. En Flandre, cela s’est traduit par l’intégration des points de contact existants (meldpunten), qui avaient été créés en 2009 par l’administration flamande de l’Égalité des chances avec treize villes. Du côté francophone, on doit créer quelque chose de nouveau. Nous avions des points de contact en Wallonie au début des années 2000, mais on s’est rendu compte que n’avoir qu’un point de contact avec quelqu’un qui attend la victime de discrimination, ça ne marche pas. Nous voulons mettre en place des antennes locales avec des collègues du Centre qui travailleront dans les villes wallonnes. Ces collaborateurs devront aussi développer un réseau local avec les autorités communales, policières, avec le monde associatif, les partenaires sociaux. Il ne s’agira pas seulement de traiter des dossiers de discrimination mais aussi de mener des actions de sensibilisation, de prévention, de participer à des projets que les villes ou les sous-régions voudront mettre en place.

A.É.: Ces points de contact ne seront pas de simples boîtes aux lettres…

P.Ch.: Non, l’idée est vraiment d’assurer une présence pour tous les «métiers» du Centre. Nous allons recruter une équipe de cinq équivalents temps pleins pour la Wallonie.

A.É.: Avec quel calendrier?

P.Ch.: Les choses ont pris plus de temps que prévu. Nous cherchons des personnes qui connaissent bien les enjeux et les acteurs locaux, les politiques de cohésion wallonnes et nous voulons être prêts pour la fin de l’année. Quant aux villes, différentes options sont possibles. Ils pourront s’installer dans quatre ou cinq grandes villes et rayonner à partir de là, ou se partager chacun deux villes. Par exemple Liège et Verviers, Charleroi et Mons…

A.É.: Tout est-il à créer? Où allez-vous faire votre «nid» en Wallonie?

«Nous devrons être attentifs à être dans des lieux qui symboliquement garantissent une certaine indépendance.», Patrick Charlier,directeur faisant fonction du Centre

P.Ch.: On ne part pas de zéro. Nous avions déjà un protocole de collaboration avec la Région wallonne et la Communauté Wallonie-Bruxelles pour intégrer les Espaces Wallonie. Ces «espaces» sont la porte d’entrée pour tous les citoyens vers l’administration wallonne pour tout ce qui concerne ses compétences (logement, mobilité, énergie…). Les agents des Espaces Wallonie ont été formés par le Centre pour recevoir des signalements, mais là, il s’agit vraiment d’une boîte aux lettres, rien de plus. Les Espaces Wallonie nous ont servi de points de chute pour donner des rendez-vous aux victimes de discrimination. Nous savons que les collaborateurs des Espaces Wallonie ne sont pas équipés pour répondre à ceux qui viennent leur signaler des faits de discrimination. C’est pour cette raison que nous voulons des professionnels du Centre sur place. Un des enjeux est de trouver un endroit pour les héberger. Cela peut être dans certains Espaces Wallonie, dans des centres régionaux d’intégration. Ce qu’il faut, c’est surtout un endroit pour recevoir des gens en toute confidentialité. Nous devrons être attentifs à être dans des lieux qui symboliquement garantissent une certaine indépendance. Ce serait problématique au sein d’une administration communale, par exemple.

A.É.: Comment cela se passe-t-il en Flandre?

P.Ch.: Les meldpunten sont dans des lieux liés aux administrations communales puisqu’ils dépendaient auparavant des villes. Cela pose parfois problème. Nous avons eu le cas d’une ville qui avait décidé de lancer un seul numéro d’appel pour le citoyen qui veut s’adresser aux autorités de la ville et elle voulait que notre point de contact soit inclus dans ce numéro. On a dit non. On doit pouvoir être saisi d’une plainte directement et distinctement.

A.É.: Les points de contact serviront donc à recevoir des signalements des citoyens en matière de discrimination, au sens large du terme.

P.Ch.: Exactement. Pas seulement pour des faits de racisme, mais pour des discriminations en matière d’âge, de convictions religieuses, de fortune, d’orientation sexuelle. Mais les gens recevront aussi des avis, des conseils.

A.É.: Comment allez-vous faire connaître ces points de contact au grand public?

P.Ch.: Le problème est plus vaste. Il s’agit aussi de savoir comment faire connaître le Centre et ses missions. Depuis trop longtemps, nous cherchons un autre nom pour le Centre. Notre nouveau conseil d’administration va devoir se saisir de cette question très bientôt. Au plan de la communication, nous prévoyons une grosse campagne axée sur le nouveau nom du Centre, mais qui aura, du coup, aussi une déclinaison locale pour faire connaître les points de contact. C’est un gros investissement. Cette année déjà, à l’occasion de journées ciblées comme celle de la lutte contre le racisme en mars ou comme la Journée du handicap en décembre, nous mettons en avant des actions locales.

A.É.: L’expérience flamande montre que les points de contact reçoivent beaucoup de signalements liés au «vivre ensemble», problèmes de voisinage, accès dans les cafés…

P.Ch.: Nous devons trouver un équilibre entre ce qui sera traité au niveau local et à Bruxelles car nous gardons bien sûr un service de requêtes individuelles et il est possible qu’un signalement soit traité à Bruxelles parce que son enjeu dépasse le cadre local ou est d’une complexité nécessitant le renvoi vers un collaborateur spécialisé. Il est vrai qu’avec les points de contact en Flandre, nous rencontrons souvent des problèmes de voisinage ou de relations avec les autorités locales. C’est généralement mieux résolu en étant sur place puisque nous essayons toujours de trouver une solution extrajudiciaire.

A.É.: Êtes-vous satisfait de l’expérience en Flandre? Vous avez reçu plus de signalements l’année dernière…

P.Ch.: En 2014, avec l’intégration des points de contact flamands, nous avons constaté une augmentation significative du nombre de signalements. Si on regarde les chiffres de signalements et de dossiers introduits par rapport à la population, nous avons un équilibre en Flandre, deux fois plus de signalements à Bruxelles, mais deux fois moins en Région wallonne. Il y a donc un vrai enjeu en Wallonie. Il faut chercher la réalité de ce qui s’y passe en matière de discrimination. On voit cela aussi au niveau de la justice. Nous avons deux fois plus de décisions en Flandre qu’en Région wallonne et c’est aussi le résultat d’un travail de sensibilisation qui s’est mis en place au nord du pays, qu’ils appellent le vierhoeksoverleg (concertation quadrangulaire). C’est une concertation avec le magistrat de référence anti-discrimination local, la police, les autorités de la ville et le Centre pour examiner quelle politique de poursuites mettre en place pour lutter contre les faits de discrimination et de racisme.

A.É.: Allez-vous aussi décentraliser à Bruxelles?

P.Ch.: Le siège du Centre reste bien sûr à Bruxelles et nous avons une convention avec Actiris pour lutter contre les discriminations à l’emploi, mais cela ne suffit pas. Je crois que dans les prochaines années nous devrons développer également un réseau de points de contact dans les communes pour les signalements, tandis que les actions de prévention et de sensibilisation se feront sans doute plus au niveau de la Région. On ne pourra pas copier ce qui se passe en Flandre ni ce qu’on fera en Wallonie. Il faudra inventer autre chose, mais pour nous, pour le moment, la priorité c’est la Région wallonne.

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