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L’antispéculation immobilière expliquée par John Davis

Alter Échos n° 393 25 novembre 2014 Rafal Naczyk

L’accès au logement a rarement été aussi difficile. Né aux USA il y a plus de 40 ans, le Community Land Trust pourrait bien s’affirmer comme une réponse logique à la crise du logement. La particularité de ce système? Il permet d’acquérir la maison, pas le terrain. Une manière de faire baisser les prix et de lutter contre la spéculation immobilière. Alter Échos a rencontré John Emmeus Davis, un des pionniers du Community Land Trust aux États-Unis, qui vient de publier, en français, un Manuel d’antispéculation immobilière. Un livre qui retrace l’histoire des fiducies foncières communautaires (FFC) et la lutte pour le droit au logement, et qui analyse aussi l’expérience du Community Land Trust à Bruxelles. Interview.

Alter Échos: Le Community Land Trust commence à peine à s’implanter en Europe. Comment et dans quel contexte ce modèle a-t-il vu le jour?

John Emmeus Davis: La première organisation de propriété collective, reconnue comme l’initiatrice des fiducies foncières communautaires, a été fondée en 1969. Elle est née dans le sud des États-Unis, en Géorgie. À l’époque, les Afro-Américains luttaient pour les droits civiques et contre l’exclusion raciale. Mais aussi pour l’accès à la propriété. Après ces mouvements sociaux, les créateurs du New Communities ont cherché à étendre leur projet au reste de la société. Une de leurs sources d’inspiration, c’était le «programme constructif» de Gandhi, basé sur une société décentralisée constituée de villages autonomes et autosuffisants. Gandhi avait aussi articulé un autre concept: celui de fidéicommis. Il soutenait que la terre et d’autres actifs devaient être détenus en fiducie pour servir aux pauvres. Cette vision a donné naissance au mouvement Gramdan, en Inde. Dans les années 60, près de 160.000 villages Gramdan ont ainsi échappé aux mains des spéculateurs, pour la simple raison que les terrains étaient détenus en fiducie par le conseil du village et loués aux fermiers. C’est ce qui explique qu’au début des années 80, les FFC américaines n’étaient que de petites enclaves rurales.

A.É.: Comment cette vision s’est-elle structurée par la suite?

J.E.D.: Il a fallu attendre quelques décennies, jusqu’au début des années 2000, pour que le Community Land Trust devienne un véritable mouvement, prêt à s’étendre aux villes et aux banlieues, et plus seulement en milieu rural. (Une des forces du Community Land Trust, c’est qu’il ne faut pas de terrains vierges pour créer une fiducie communautaire. Ça s’applique aussi à des bâtiments déjà existants, et même à la réhabilitation de quartiers entiers. Et, par conséquent, pas seulement à l’environnement agraire, mais aussi au paysage urbain.) À la fin des années 80, il y avait une soixantaine de FFC aux États-Unis. Aujourd’hui, il en existe 280 dans 46 États américains (sur 50, NDLR), à Porto Rico et dans le district de Columbia. Elles ont aussi fait leur apparition en Australie, au Canada, en Angleterre, en France et en Belgique.

A.É.: Pour implanter une FFC, l’alliance des gens ne suffit pas. Il faut aussi composer avec les politiques. Comment «dealez»-vous avec les autorités locales?

J.E.D.: Je dirais que, jusqu’à la fin des années 90, presque chaque projet de fiducie foncière communautaire américain se construisait par opposition aux plans gouvernementaux. Pas seulement en réaction aux pressions du marché, donc, mais aussi face aux pressions politiques. Ces pressions consistent généralement à pousser les ménages à bas revenus en dehors des villes. Mais avec le temps, de plus en plus de villes et de communes s’érigent en partenaires. Et ce, même dans le fief des conservateurs. Ce changement n’est pas seulement dû au fait que le Community Land Trust soit devenu un mouvement moins militant, mais bien parce que les gouvernements locaux sont désespérés… Ils ont de moins en moins d’argent pour construire des logements sociaux. Du coup, les fiducies foncières communautaires s’imposent comme une évidence pour revitaliser certains quartiers. Et sans doute la meilleure solution alternative à la crise du logement.

Aller plus loin

Lire l’interview dans son intégralité sur www.alterechos.be/une-alternative-a-la-crise-du-logement

Alter Échos n°379 du 31.03.2014 : Aux sources du Community Land Trust

En savoir plus

Manuel d’antispéculation immobilière, par John Emmeus Davis, éd. Écosociété, 2014, 250 p., 25 euros.

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