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Labojeunes : un guide pour améliorer l'insertion des jeunes

Alter Échos n° 380 30 avril 2014 Julien Winkel

Le projet Labojeunes s’est clôturé. Il partait d’un constat : la difficile insertion socioprofessionnelle des jeunes peu qualifiés, un enjeu structurel en Région de Bruxelles-Capitale, qui repose sur un problème de transition entre l’enseignement et l’emploi. Un guide à l’attention des professionnels vient d’être publié. Interview avec le directeur du réseau Mag, Raphaël Darquenne.

Le Labojeunes est un partenariat entre Actiris, la CCFEE (Commission consultative formation, emploi et enseignement), les Facultés universitaires Saint-Louis, en collaboration avec le Réseau Mag, autour de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes peu qualifiés (voir encadré). L’un de ses axes de travail : constituer un diagnostic collectif de la situation. Raphaël Darquenne, qui a collaboré au projet, nous parle de ce diagnostic et du guide qui a été rédigé à la suite de celui-ci.

Alter Échos : Quel a été votre rôle dans le projet ?

Raphaël Darquenne : L’idée de base de la démarche était de dire : ne pensons pas que l’origine des problèmes d’insertion des jeunes se trouve uniquement dans leurs caractéristiques individuelles, leur manque de confiance, de compétences transversales, de connaissance, de formation. Disons-nous que l’ensemble des acteurs du système – l’enseignement, l’emploi, la formation, les opérateurs d’insertion socioprofessionnelle – ont aussi une part de responsabilité dans la disqualification de ces jeunes. Dans ce contexte, nous avons tenté d’impliquer tous les acteurs bruxellois de cette transition dans un diagnostic collectif.

A.É. : Quel enseignement majeur tirez-vous ?

R.D. : Tous les acteurs ont une incompréhension du système d’ensemble. Ils ne se connaissent pas. D’une part parce qu’il y a une grande complexité institutionnelle. D’autre part, parce qu’il existe une multiplication des dispositifs. Il y a des tas d’initiatives qui existent et un manque de coordination. Un des buts du Labojeunes était de reconstruire cette vision d’ensemble.

A.É. : D’autres constats ?

R.D. : Cette situation implique des tensions et des ruptures, aussi bien chez les professionnels que chez les jeunes, qui passent d’un statut à un autre sans que la transition ne soit sécurisée. Qui doit faire quel accompagnement ? Est-ce qu’il faut faire un accompagnement global ? Comment se partage-t-on le gâteau entre acteurs ? Un autre problème réside dans le fait que le jeune ne constitue pas l’élément central du dispositif. Il s’agit d’un système global d’activation qui passe en cascade du fédéral au régional, puis aux opérateurs comme les missions locales. Ce qui a des impacts énormes sur les pratiques. Les jeunes ne se retrouvent pas dans ce système « clinique » où on effectue un diagnostic de leur situation, avant d’identifier des manques et de leur prescrire des actions. Il y a aussi le caractère non substantiel de l’offre : qu’apporte-t-on réellement aux jeunes, si ce n’est le fait de les mettre en circulation ?

A.É. : Vous avez produit un guide sur base de ces constats. Quel est son objectif ?

R.D. : Comment professionnels et organisations peuvent-ils se doter au mieux des capacités et des outils nécessaires pour favoriser des transitions positives chez les jeunes ? C’est la question centrale de ce guide qui met en évidence les facteurs d’échec et de succès en matière de transitions des jeunes. Il faut prendre le jeune comme l’élément central de ce que les professionnels mettent en place dans leur pratique professionnelle. Il faut partir de la réalité du jeune pour construire une offre de service qui soit adaptée. Et pas partir d’un cadre politique pour lui imposer quelque chose.

A.É. : Cela n’est-il pas compliqué dans le cadre d’une activation massive et mécanique ?

R.D. : Il faut voir si on pratique l’activation pour tous les publics ou bien si on met l’accent sur des publics que l’on suit plus particulièrement. Il est tout à fait possible de se dire : on suit plus particulièrement les jeunes en mettant en place des outils spécifiques. Il faut co-construire avec le jeune un projet qui correspond à ses attentes, à ses réalités, à ses possibilités. Et éviter d’utiliser la motivation et la création de projet comme des critères de jugement négatif et de discrimination.

A.É. : Revenons au constat de base : la complexité institutionnelle. Les opérateurs sont aussi en partie responsable des problèmes ?

R.D. : C’est ça. Et le manque d’emplois joue aussi un rôle. Il faut que le professionnel se mette à côté du jeune dans un cheminement qui part de l’expérience de celui-ci et qui puisse l’accompagner dans des expériences concrètes. Il faut également lui permettre de sortir d’une situation victimaire, impuissante.

A.É. : C’est presque de l’empowerment

R.D. : Tout le guide est centré là-dessus : capaciter les professionnels pour qu’ils puissent être en mesure de capaciter les jeunes. La première partie du guide propose d’ailleurs une forme de posture professionnelle pour les accompagnateurs. La question principale c’est : « Comment pratiquer un accompagnement juste sur le plan éthique et efficace sur le plan pratique dans une perspective humaniste et émancipatrice ? » Il faut sortir d’une position trop asymétrique où il s’agit uniquement de dire au jeune ce qu’il doit faire et vérifier qu’il l’a fait. La deuxième partie contient quant à elle une série de propositions.

A.É. : Lesquelles ?

R.D. : Il y en a beaucoup : construire des dispositifs qui font sens pour les jeunes. Assurer les conditions d’une reconnaissance réciproque entre jeunes et professionnels en sortant d’une « clinique du soupçon ». Connecter les dispositifs à l’emploi. Favoriser les dispositifs axés sur l’acquisition de compétences par l’expérience. Etc.

A.É. : N’aurait-il pas été intéressant de continuer le projet ?

Il est difficile de faire autre chose que ce que nous avons déjà réalisé. Les politiques doivent maintenant s’en emparer.

Il faut sortir d’une position trop asymétrique où il s’agit uniquement de dire au jeune ce qu’il doit faire et vérifier qu’il l’a fait.

Labojeunes

Financé par la DG Emploi et Affaires sociales de la Commission européenne de 2011 à 2013, le projet Labojeunes a tenté d’élaborer, de manière participative et collective, une réponse à plusieurs questions : comment évaluer et renforcer la pertinence des divers dispositifs mis en œuvre ? Comment construire une action publique favorisant les transitions positives vers et dans l’emploi ? Comment favoriser l’échange des bonnes pratiques au niveau des intervenants de terrain ? 24 journées d’analyses en groupe ont été organisées, rassemblant une centaine d’acteurs : responsables institutionnels et d’organismes, enseignants, employeurs, professionnels de terrain, jeunes sans emploi, etc.

Quatre séminaires statistiques ont également eu lieu sous la direction de la CCFEE. Certains chiffres circulent concernant la transition des jeunes, mais ils sont pour beaucoup parcellaires, chaque organisme disposant de sa propre base de données. Il s’agissait donc de collecter ce qui existe, et de voir ce qui manque. Les résultats de ce travail n’ont pas encore été publiés.

Enfin, une démarche de benchmarking a été initiée auprès des services publics d’emploi européens, partenaires du projet  : le Forem (Wallonie), l’AMS (Autriche) et le BA (Allemagne). Menée par Actiris, ses résultats ne sont pas encore disponibles.

En guise de conclusion au Labojeunes, le « Guide pour un accompagnement humain vers l’emploi », à l’attention des professionnels, a été rédigé par Raphaël Darquenne, du Réseau Mag. Une note de synthèse a aussi été publiée dans le numéro 73 de la revue Brussels Studies. Ses auteurs, Abraham Franssen (Université Saint-Louis), Donat Carlier (CCFEE) et Anissa Benchekroun (Actiris), se sont largement inspirés des travaux de Labojeunes : www.youthlab.eu

Enfin, un rapport final du projet a été distribué lors du séminaire de clôture organisé le 13 septembre 2013. Il pourrait être publié sur le site du Labojeunes dans quelques temps.

 

En savoir plus

Réseau Mag : tél. : 479 76 17 82 – site : www.reseaumag.be – courriel : raphael.darquenne@reseaumag.be

A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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