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Economie

La dette à la loupe citoyenne

Alter Échos n° 358 19 avril 2013 Sandrine Warsztacki

A l’instar d’expérience menée dans les pays du Sud, la FGTB, son centre d’éducation permanente (Cepag) et le Collectif pour l’annulation de la dette dans le tiers monde (CADTM), revendiquent un audit citoyen de la dette belge

D’où vient la dette belge ? Dans quelles conditions a-t-elle été contractée ? Qui a emprunté et au nom de qui ? Avec quelle légitimité ? À quoi l’argent était-il destiné et comment a-t-il servi ? La FGTB, le CADTM1 et le Centre d’éducation populaire André Genot invitent les citoyens à ouvrir les livres de compte. Histoire de remettre en question les politiques d’austérité. « En exigeant des autorités publiques l’accès à toutes les informations sur notre dette publique, le mouvement citoyen pourra en analyser les composantes et en tirer des conclusions. Cela peut mener à une remise en cause totale ou partielle du remboursement de la dette », annoncent les organisateurs sur le site de la campagne http://www.onveutsavoir.be

D’ici la fin du mois, un comité composé d’experts économiques, de membres du syndicat socialiste et du CADTM se réunira pour définir la méthodologie à adopter. Parallèlement, des groupes locaux de citoyens et militants se mettent en place. Au-delà du travail d’analyse, l’objectif de l’audit est surtout de donner aux citoyens les clés pour se réapproprier les questions économiques. « Les informations relatives à la dette sont disponibles sur le site de la Debt Agency. Leurs rapports sont d’une transparence absolue. Mais ce sont des chiffres écrits par des techniciens spécialisés de la dette publique. Les concepts et les enjeux n’y sont pas explicités. C’est normal, ce n’est pas la mission de la Debt Agency », commente Xavier Dupret, économiste participant à la campagne et auteur de « La Belgique endettée ».

La Belgique, pas si dépensière ?

A travers cette initiative participative, les syndicats entendent aussi tordre le cou à l’idée selon laquelle les Belges auraient vécu au-dessus de leurs moyens. « Cette affirmation est fausse et il est fondamental de la déconstruire, car elle constitue l’argument principal pour affirmer que la rigueur budgétaire mise en place actuellement est une fatalité et qu’il est normal que les Belges se serrent la ceinture », s’emporte Olivier Bonfond dans une carte blanche publiée dans Le Soir du 24 septembre 2012. L’économiste, conseiller au centre d’éducation populaire André Genot (Cepag) et membre du Cadtm, rappelle que les sauvetages bancaires de 2008 et 2011 ont alourdi la dette de 32,5 milliards d’euros. Et de pointer, par ailleurs, les politiques fiscales favorables aux grosses fortunes et aux entreprises privées : intérêts notionnels, réduction de la progressivité de l’impôt, précompte mobilier libératoire, amnisties fiscales…

Pour Xavier Dupret, il convient également de souligner qu’une dette n’est ni mauvaise, ni bonne en soi. « Si, par exemple, on emprunte pour investir dans l’isolation des logements sociaux, on devra importer moins d’électricité. Ce qui nous permettra d’améliorer notre balance commerciale. Et notre indépendance énergétique par la même occasion. Les locataires devront consacrer moins d’argent à leur facture d’énergie. On pourrait imaginer, pourquoi pas, qu’ils l’investissent dans leur formation. Ce qui améliorerait alors la compétitivité du pays. » CQFD.
 

Un mouvement mondial

Les premières expériences d’audits citoyens ont été menées au Brésil, sous la forme de Tribunal populaire contre la dette en septembre 1999 et en janvier 2002 dans le cadre du deuxième Forum social mondial à Porto Alegre. De la France à l’Egypte en passant par la Grèce, l’Italie ou l’Irlande, aujourd’hui, les collectifs d’audits citoyens de la dette se multiplient de par le monde. L’audit de la dette peut aussi être effectué à l’initiative des pouvoirs publics. En 2007, Rafael Correa, président de l’Équateur a mis sur pied une Commission d’audit intégral du Crédit public qui a permis de dévoiler de nombreuses dettes illégitimes, ce qui a donné lieu à une renégociation en position de force avec les créanciers.

1. CADTM :
– adresse : avenue de l’Observatoire, 345 à 4000 Liège
– tél. : 04 226 62 85

En savoir plus

La Belgique endettée, édition Couleur Livre, février 2012

http//www.onveutsavoir.be

http://www.audit-citoyen.org

A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

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