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Jeunes à l'assaut des votes

Alter Échos n° 378 21 mars 2014 Alter Échos

Comment évoquer le lien entre jeunes et politique sans interroger ces juniors de la politique qui se lancent à la conquête des suffrages pour accéder à des postes décisionnels ? Mi-sérieuses, mi-décalées, ces interviews oscillent entre rêve et pragmatisme. Petit pot-pourri aux couleurs variées.

 

02_jeune_melisablotMR. Mélisa Blot, 28 ans, quatrième effective à la Région pour l’arrondissement de Mons. Par Marinette Mormont

Alter Échos : Qu’est-ce qui vous a mené au MR ? Voter comme papa et maman, ou vous en démarquer ?

Mélisa Blot : Mes parents étaient impliqués dans le monde syndical mais également au PSC. Je me suis rendu compte rapidement que les propositions du MR rejoignaient mon point de vue sur pas mal de thématiques. Ou c’était plutôt le contraire ? Un très bon ami m’a convaincue d’entrer chez les Jeunes MR. Par rapport à mes parents, je pense que c’est plutôt moi qui les ai convaincus de voter MR.

A.É. : Les Jeunes MR réclament la légalisation du cannabis, vous en fumez?

M.B. : En voilà une question ! Nous réclamons de revaloriser les statuts et les salaires des métiers en pénurie. Est-ce que j’en exerce un ? La politique répressive est un échec. En parallèle, la dette wallonne s’élève au minimum à 6 milliards d’euros. Dans l’État américain du Colorado, les ventes de cannabis ont rapporté 3,5 millions de dollars en impôts rien que pour janvier. Les moyens dégagés serviront à financer la prévention et des politiques nécessaires au redressement du pays.

A.É. : Qu’est-ce qui vous agace le plus chez les « vieux » MR ?

M.B. : Ne dit-on pas qu’un jeune con deviendra un jour un vieux con ? Ce qui m’agace chez les « vieux » m’agace aussi chez les « jeunes »… Et ce n’est pas une question de parti.

A.É. : Quelle tête au MR rêveriez-vous de voir sauter ?     

M.B. : Aucune. Mais je peux vous en citer beaucoup dans les autres partis ! Non ? (rires)

A.É. : Quelle opinion des Jeunes MR rêvez-vous de faire passer dans le programme du parti, alors qu’elle n’a aucune chance d’être acceptée ?

M.B. : La seule position sur laquelle les Jeunes MR et le MR ne sont pas d’accord, c’est la légalisation du cannabis. Ça laisse peu de marge ! Mon rêve, ce serait de trouver des jeunes à des places éligibles lors de chaque élection. Je suppose que mon point de vue changera au fil des années…

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PS. Deborah Geradon, 27 ans, deuxième suppléante pour l’arrondissement de Liège au Parlement wallon. Par Martine Vandemeulebroecke.

Alter Échos : Comment entre-t-on au Mouvement des jeunes socialistes ? Vocation ou hasard ?

Deborah Geradon : J’étais du genre bonne élève, s’intéressant à l’actualité parce que mes parents m’y obligeaient. Le déclic est venu lors des élections présidentielles en France qui ont vu Le Pen débarquer au premier tour. J’étais choquée aussi parce que cela avait été rendu possible par l’absence des jeunes au scrutin. J’ai commencé à lire les programmes des partis et c’est celui du PS qui correspondait le plus à mes valeurs. Même si à l’époque, le PS était secoué par les affaires à Charleroi.

A.É. : Être jeune PS, c’est jouer en seconde division ?

D.G. : Quand je suis entrée dans le mouvement, les « jeunes » PS à Liège avaient tous plus de 30 ans et il y avait presque une génération entre eux et moi. Avec des copains d’université et des mouvements de jeunesse, nous avons pris notre place, y compris au sein du parti.

A.É. : Peut-on aller boire un verre avec les jeunes des autres partis ?

D.G. : Je connais des jeunes MR pour lesquels je me demande parfois ce qu’ils font dans ce parti, car nous avons une vision sociale proche. Je m’entends bien avec les jeunes Ecolo. Il y a en effet plus d’affinités entre jeunes, à condition de ne pas être sur le terrain électoral.

A.É. : Quel projet des jeunes PS rêvez-vous de faire passer dans le programme en sachant qu’il n’a aucune chance ?

D.G. : La semaine des 32 heures. Nous avons défendu cela pour créer plus d’emplois tout en travaillant moins. Mais c’est une idée que ne passera jamais dans le programme du parti parce qu’on est toujours dans une coalition.

 

 

 

02_jeune_annecarolineburnetcdH. Anne-Caroline Burnet, 26 ans, secrétaire du Comité provincial des jeunes cdH à Namur et candidate présumée au fédéral. Par Julien Winkel

Alter Échos : Qu’est-ce-qui vous agace le plus chez les « vieux » CDH ?

Anne-Caroline Burnet : Ce qui m’interpelle le plus chez certains aînés de ma locale est la peur du changement amené par les jeunes. Cela concerne, par exemple, les moyens de communication (« les réseaux sociaux ?!? connais pas »), les moments choisis pour se réunir (« le dimanche midi, c’est mieux pour les aînés ! ») ou encore la forme des activités (« c’est quoi une action symbolique ? »). Rien de grave, mais cela fait parfois l’objet de nombreuses discussions !

A.É. : Être jeune et cdH, n’est-ce pas un peu un oxymore ?

 A-C.B. : On nous taxe souvent de conservateurs, mais finalement, parmi les partis traditionnels, c’est le cdH qui a effectué la plus grande mutation ces dernières années : un nouveau nom, de nouveaux visages, jeunes de surcroît, une ouverture manifeste de notre électorat et des propositions novatrices concrètes. Par ailleurs, les jeunes cdH sont bien présents ! Qui peut encore penser que le cdH est un vieux parti ou un parti de vieux ?!?

A.É. : Vous êtes une ancienne présidente du Conseil de la jeunesse (2009-2011). En juillet 2012, les jeunes cdH avaient paru hésiter lors de la remise de l’avis polémique du Conseil de la jeunesse sur le droit à l’avortement. Comment se positionnent les jeunes cdH sur cette question ?

A-C.B. : Quel parti peut s’enorgueillir de n’avoir qu’une position unique et partagée par l’entièreté de ses membres sur les questions d’éthique ? Nous avons tous des vécus différents, nous avons des sensibilités propres. Dès lors, sur des questions aussi sensibles, les hésitations sont légitimes. La question est complexe et il ne me revient pas de positionner les jeunes cdH.

 

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 Ecolo. Violette Leclercq, tout juste 20 ans, sixième suppléante pour la Région Hainaut-Picardie. Par Martine Vandemeulebroecke

Alter Échos : Comment devient-on jeune Ecolo ? Vocation ou un coup de foudre ?

Violette Leclercq : L’année passée, en mai 2013, je suis allée aux « Rencontres des nouveaux mondes » organisée par Etopia (NDLR le centre d’études d’Ecolo). Je ne connaissais pas vraiment Ecolo  mais sur le temps du midi, ici place Flagey, je rencontrais régulièrement des jeunes d’Ecolo J. Je suis allée à cette formation et c’est comme cela que j’ai été embarquée.

A.É. : Vous êtes sixième suppléante. Ces élections, c’est un match d’entraînement ?

V.L. : Oui, c’est cela. C’est un entraînement pour 2018.

A.É. : Et dans vos rêves, vous devenez quoi ? Députée, ministre ? 

V.L. : Je rêve d’être la future Isabelle Durant (rires).

A.É. : Qu’ont dit vos parents quand vous leur avez annoncé votre candidature aux élections ?

V.L. : Ma mère est membre d’Ecolo donc ils étaient contents. S’ils étaient au MR, je ne le leur aurais sans doute pas dit.

A.É. : Quelle est la réalisation la plus abominable de ce gouvernement ?

V.L. : Les exclusions des chômeurs. C’est imbuvable. Ne pas donner en 2014 une vie digne aux gens, c’est indéfendable, surtout pour le PS. Cela devrait entrer en vigueur en 2015. Il faut retirer cette mesure.

 

02_jeune_aureliedecoenePTB. Aurélie Decoene, 30 ans, présidente de Comac et tête de liste du PTB-Go pour les élections européennes. Par Maïli Bernaerts (St.)

Alter Échos : Votre idole ce serait plutôt Che Guevara, Mao, Lénine, Marx ou le Père Noël ?

Aurélie Decoene : Che Guevara. C’est le symbole d’une révolution qui tient encore debout aujourd’hui. Je sais que le PTB est fort critiqué sur Cuba. Nous on défend surtout que c’est un pays qui est un des plus pauvres au monde et qui assure malgré tout un standard en matière de soins de santé et d’éducation qui est loin devant ce qu’on a en Belgique alors qu’on est un des pays les plus riches du monde. Par ailleurs, j’invite tout le monde à lire Karl Marx parce que ça en vaut la peine aussi. (rires)

A.É. : Les patrons sont-ils tous des salauds ?

A.D. : Ce n’est pas ça qu’on dit. Peut-être que Mittal est sympa et qu’on peut passer une bonne soirée avec lui, mais ça n’a aucune importance. Tout comme il y a des travailleurs avec qui je n’ai pas envie de passer une soirée à discuter. Mittal aura toujours intérêt à mettre son intérêt personnel avant l’intérêt collectif et les deux sont en contradiction.

A.É. : Quelle critique envers le PTB vous énerve le plus ?

A.D. : « Le PTB n’a pas de propositions. » On est justement connus sur des propositions très très claires, beaucoup plus que d’autres partis. Sur la question de la taxe des millionnaires, la suppression des intérêts notionnels…

A.É. : Si vous pouviez envoyer une personnalité de votre choix au goulag, qui choisiriez-vous ?

A.D. : (Rires) C’est pas vraiment la solution qu’on propose ! Quand j’étais petite, j’étais inquiète de ce qui se passait au Zaïre avec Mobutu et je pensais qu’en tuant Mobutu ça irait mieux. Mais c’est pas du tout le modèle de société qu’on souhaite. Au PTB, on est d’ailleurs absolument contre la peine de mort.

 

 

 

02_jeune_gregoryvandenbruelPP. Grégory Vanden Bruel, 32 ans, probable suppléant de Mischaël Modrikamen dans le Hainaut pour les législatives. Par Cédric Vallet

 Alter Échos :  N’est-il pas difficile d’être jeune dans un parti de vieux ?

Grégory Vanden Bruel : Je tiens à vous rassurer, nos candidats ne sont pas séniles et affichent une jeunesse tellement éclatante que les élus des partis traditionnels, recroquevillés sur leur siège de député et vieillis par le pouvoir, envieraient.

A.É. :  Imaginez… vous, Grégory Vanden Bruel, hériter du portefeuille de la Jeunesse. Quelles seraient vos priorités ?

G.V. : La priorité absolue, c’est de donner aux jeunes les possibilités d’entreprendre, de créer, de faire vivre leurs projets. Mais la question de la jeunesse est beaucoup plus large que cela. Il en va de notre civilisation. Il faut réinstaurer le goût de l’effort, le civisme, le respect qui ont été oubliés depuis mai 68. Cela passe par une politique de l’enseignement plus ambitieuse et axée sur le mérite. Je suis scandalisé quand j’entends que les jeunes des autres partis veulent légaliser les drogues dures et douces.

A.É. : Le journal Le peuple s’insurge contre une école qui aurait décidé d’interdire les bonbons pour satisfaire les musulmans. Dénoncez-vous aussi un complot musulman contre les sucreries…

G.V. : Nous trouvons scandaleux que des enfants ne puissent plus manger de jambon dans leur tartine ou même des bonbons pour ne pas choquer une communauté. Nous répétons que les étrangers qui respectent nos valeurs sont les bienvenus.

A.É. : En Europe, des liens idéologiques sont désormais assumés entre votre parti et celui de Marine Le Pen. Que pensez-vous lorsqu’on qualifie le PP de parti d’extrême droite ?

G.V. : Nous ne sommes pas d’extrême droite. Nous assumons notre populisme car nous écoutons le peuple. ll n’y a aucun lien entre elle (Marine Le Pen) et nous. Je vais être honnête. Marine a beaucoup de courage. Mais à titre personnel, je préfère l’approche de Nigel Farrage ou, hors Union européenne, de l’UDC suisse.  

 

 

 

 

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