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Alter Echos n°26412 décembre 2008

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      • L’aide alimentaire : entre les saints et les communistes

        Aujourd’hui, en Belgique, 150 000 personnes recourent à l’aide alimentaire. Cette population est en constante augmentation. À Bruxelles, près de 90 organismes offrent des colis, tiennent un restaurant social ou gèrent une épicerie sociale1. En décembre 2006, la FCSSB-FBCMW2 a initié La Concertation aide alimentaire. Depuis mars 2007, elle réalise une étude sur les réalités de l’aide alimentaire en Région bruxelloise. Elle organisait ces 20 et 21 novembre un colloque pour en communiquer les premiers résultats et en livrer les questionnements. Une étude qui ne manque pas d’interpeller.

        L’aide alimentaire, un sujet de l’ordre de l’ « infra-ordinaire », qui fait partie de ces « pratiques cachées » qui restent au fond des tiroirs, qu’on sort tout au plus une fois l’an quand il s’agit de pousser le brave citoyen-consommateur à remplir son caddie Delhaize lors de la récolte annuelle de vivres. Un sujet qui préoccupe pourtant depuis longtemps les associations de terrain actives au niveau social. Qu’elles pratiquent ou non l’aide alimentaire, tous sont confrontés aux difficultés de leurs usagers de se nourrir correctement avec un budget de plus en plus corseté. Parmi ces associations, les centres de service social. Leur fédération, la FCSS (Fédération des centres de service social) organise depuis plusieurs années déjà différents groupes de travail qui réfléchissent à la question. En 2005, les services sociaux autonomes wallons ont contribué à la rédaction d’un essai : Aide alimentaire : dépasser le local ou l’histoire cachée d’un colis alimentaire3. En 2006, à Bruxelles, la FCSSB (B pour bicommunautaire) a initié la concertation « aide alimentaire » regroupant les organismes offrant une aide alimentaire en Région bruxelloise et depuis mars 2007, elle réalise une recherche-action sur les réalités de celle-ci. Les conclusions en seront livrées en février 2009. Mais dès à présent, une série de constats ont pu être dévoilés lors du colloque organisé par la FCSS.

        Un outil d’interpellation

        Le premier est chiffré : les associations font état d’une demande croissante d’aide alimentaire au sein de la population. Ce constat est corroboré par les chiffres de la Banque alimentaire. En 2006, pas moins de 106 900 bénéficiaires étaient recensés au niveau national ; ce qui correspond à une croissance de 45 % sur les dix dernières années et de 127 % depuis 1991. Si l’on ajoute les personnes aidées sans intervention de la Banque alimentaire, ce nombre s’élève à environ 150 000 sur le territoire belge. « Pratiquement autant que la population de la ville de Bruxelles. Si on y songe c’est farfelu et presque clownesque que 150 000 personnes en soient réduites aujourd’hui à quémander de la nourriture », relève Hugues-Olivier Hubert, sociologue et chercheur à la FCSS, auteur avec Céline Nieuwenhuys, sociologue, assistante sociale et chercheuse à la FCCS, de la recherche-action sur Les réalités de l’aide alimentaire à Bruxelles.

        Mais au-delà de la récolte de données, cette étude constitue un véritable outil d’interpellation. Comme l’évoquait Hugues-Olivier Hubert au début de son intervention, « la question alimentaire pose la question de la dignité de ceux qui ont faim, mais aussi la dignité de l’État et de tous »4.

        Les moyens des associations

        « De façon générale, notent les chercheurs, l’inflation de la demande d’aide place les organismes dans une situation de pénurie de moyens. Pour la grande majorité des associations, tant les vivres récoltés que les moyens humains sont insuffisants pour répondre à l’ensemble des demandes qui leur sont exprimées. »

        Les vivres proviennent de la Banque alimentaire (cf. Alter Échos n°224, "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les banques alimentaires…"), de dons ou d’achats ou encore d’un métissage de ces différentes sources. Un certain nombre d’associations expriment des difficultés à trouver, transporter et/ou stocker des vivres pour répondre à la demande de façon satisfaisante en termes de quantités (surtout pour la distribution de colis), de qualité et de diversité des produits.

        En ce qui concerne les moyens humains, les bénévoles sont très majoritaires (72 % avec une majorité de retraités et de sans-papiers !). À l’inverse les travailleurs sociaux qualifiés salariés sont relativement peu nombreux : 11 %. Les 17 % restants sont constitués de salariés qui ne sont pas nécessairement des travailleurs sociaux (ACS, art. 60, etc.).

        La question des moyens financiers, outre la distinction entre ceux qui en disposent et les autres (par ex. à Bruxelles, il n’y a pas de financement public, uniquement des dons), provoque l’expression d’avis contrastés. Si certains se montrent réticents, préférant, disent-ils, garantir leur indépendance ou encore respecter un idéal caritatif reposant sur la générosité ou le don de soi ; d’autres souhaiteraient une reconnaissance politique qui permettrait notamment une forme de subventionnement.

        Enfin, le réseau associatif peut aussi être mobilisé comme capital de solidarité et d’entraide, c’est ce qu’on peut appeler « la grande débrouille ».

        Entre aide alimentaire et travail social

        Parmi les associations délivrant l’aide alimentaire, certaines perçoivent le travail social comme obligatoire. Soit a minima, l’enquête sociale obligatoire afin de contrôler les critères d’accès ou de maintien de l’aide alimentaire, souvent alors une rencontre suffit. Soit a maxima le suivi social comme condition exigée pour les bénéficiaires, mais aussi comme condition nécessaire pour donner du sens à la pratique de l’aide alimentaire.

        D’autres associations perçoivent le travail social comme plus facultatif, comme une possibilité ouverte aux bénéficiaires. Certaines associations encore préfèrent laisser le soin à d’autres organismes plus professionnels (associatifs ou publics) d’effectuer l’enquête préalable ou le suivi. «Mais, soulignent les chercheurs, lorsque l’enquête ou le suivi sont effectués au sein même de l’association, vu la proportion importante de travailleurs non qualifiés dans le secteur, c’est la frontière du métier de travailleur social et sa définition identitaire qui s’en trouve parfois interrogée.»

        La plupart des associations s’accordent sur le fait que l’aide alimentaire fait partie du champ du travail social même si ce terme peut faire l’objet d’une interprétation très large. Les discussions informelles (« les papotes ») au cours desquelles les bénéficiaires viennent se confier, trouver une oreille, sont autant d’éléments qui, pour certains, s’apparentent à une forme de travail social. « D’autres vont plus loin encore, explique Hugues-Olivier Hubert, en s’appropriant des gestes, des techniques et des notions propres à la profession de travailleur social ; et la frontière devient floue entre l’écoute bienveillante et l’entretien social, entre la visite de courtoisie et la visite domiciliaire, le simple conseil et la guidance budgétaire, etc. Parfois – ce qui est plus dérangeant encore –, ces pratiques sont mobilisées principalement pour servir un contrôle et une sélection d’autant plus discutables qu’elles échappent à tout cadre déontologique. Et l’entretien peut tendre à l’interrogatoire, les discussions informelles peuvent devenir appels à la délation, la visite à domicile peu tendre à l’inspection impromptue ou encore à l’enquête de voisinage, le conseil peut se faire diktat, etc. La frontière franchie, certains bénévoles vont jusqu’à considérer que leurs compétences sont équivalentes, si ce n’est supérieure, à celle des professionnels, du fait de leur engagement ou encore de leur expérience personnelle : expérience de la précarité pour les uns, expérience de "bon père, bonne mère de famille" ou de "bon gestionnaire" pour les autres. »

        Loin pourtant pour les chercheurs l’idée de stigmatiser l’ensemble des bénévoles « dont il convient de saluer la générosité, la capacité d’adaptation et l’efficacité de la grande majorité, mais certaines dérives sont observables et leurs conséquences pour les bénéficiaires méritent aussi que l’on en tienne compte ».

        À noter que dans la répartition des associations autour de l’axe philosophique (qui s’étend entre caritatif et militance) et l’axe de degré de professionnalisation (qui s’étend entre faible et forte professionnalité), Bruxelles se situe clairement sur « plus de caritatif et de faible professionnalité ».

        Les critères de sélection

        La majorité des organismes délivrant l’aide alimentaire, on l’a vu, ne disposent pas des moyens qui leur permettraient de délivrer l’aide à l’ensemble de la demande (cf. encadré). Des critères d’accès et de maintien sont donc fixés. Si certains sont objectifs : les critères financiers, l’engagement obligatoire dans un suivi social, le critère territorial, les critères administratifs ou encore de durée, d’autres laissent davantage de place à la subjectivité. Ainsi, les chercheurs répertorient parmi ces critères le comportement (sobriété, violence, être « dérangé », arrogance) ou l’attitude (franchise, probité, ou encore le mérite qui passe par l’exacerbation soit de l’activation, soit des signes d’une réelle souffrance de la faim). Ces deux ensembles de critères (mais surtout les critères subjectifs) ne servent pas uniquement à la sélection des bénéficiaires, mais peuvent aussi servir à leur classement : grossièrement entre « méritants » et « profiteurs », entre « bons » et « mauvais » pauvres, une discrimination déjà ancienne puisqu’elle remonte, selon Robert Castel, cité par les chercheurs, à l’assistance caritative de l’époque médiévale. « À ce propos, si la grande majorité des intervenants rencontrés font preuve de compréhension à l’égard des bénéficiaires et de leur situation, la rudesse de certains jugements à l’égard des bénéficiaires nous a parfois interloqués », rapportent H-O. Hubert et C. Nieuwenhuys.

        Profils des bénéficiaires

        À l’exception de quelques organismes plus professionnalisés, la grande majorité ne dispose pas de données permettant de quantifier précisément les profils socio-économiques des bénéficiaires. Tout au plus dispose-t-on d’indications, d’estimations ou d’intuitions. Toutefois, si l’on en croit les associations qui disposent d’informations plus précises sur leurs publics : - on recense un certain nombre de travailleurs pauvres et précaires (croissance sensible). - un grand nombre de bénéficiaires reçoivent des allocations sociales (RIS, chômage, pension, etc.) :

        • les personnes vivant d’une petite pension sont nombreuses
        • les personnes bénéficiant du RIS constituent la proportion la plus importante
        • d’après les associations, il est fréquent que le CPAS leur envoient des gens. Bon nombre d’entre elles déplorent que ces renvois fassent trop rarement l’objet d’une convention et de contreparties dans le chef des CPAS bruxellois.
        • de nombreux organismes pointent la faiblesse des allocations sociales de base qui se situent sous le seuil officiel de pauvreté.- Une proportion non négligeable des bénéficiaires de l’aide alimentaire est durablement ou temporairement sans ressources, pour des raisons de procédures ou de sanctions administratives. Certains organismes pointent d’ailleurs le durcissement des critères d’octroi et de maintien des droits sociaux dans le cadre de l’État social actif.- Enfin le nombre de « sans-papiers » est très conséquent et est croissant. Pour certaines associations, ils représentent plus de la moitié de leurs bénéficiaires. Là, encore, les rapports avec les CPAS sont pointés. Mais plus fondamentalement, c’est la politique d’aide aux sans-papiers qui est interrogée.

        Il se fait aussi que le public à accueillir est particulièrement difficile, ce, pour de multiples raisons, . « Or, soulignent les chercheurs, la majorité des travailleurs de l’aide alimentaire ne sont pas des travailleurs qualifiés en travail social. Le paradoxe est donc que ce sont les moins bien outillés qui ont à accueillir et à prendre en charge les publics les plus difficiles. On comprend mieux, dans ce contexte, la possibilité de voir se développer, par-ci, par-là, des procédés de contrôle et de sélection ainsi qu’un manque de neutralité à l’égard des bénéficiaires qui s’avèrent parfois interloquants. On comprend mieux aussi que, du côté des bénéficiaires, les pauvres n’ont d’autre choix que de se tourner vers des associations où effectivement le seuil d’accès semble plus bas que dans les administrations du droit social ; mais où les pratiques et les décisions sont aussi moins garanties et cadrées que dans ces mêmes administrations. Ils obtiendront donc l’aide alimentaire avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins d’équité, plus ou moins d’arbitraire, plus ou moins de jugement, en fonction de l’organisme et/ou du travailleur auquel ils s’adressent. »

        Mais au-delà du travail social, ce sont les politiques sociales qui sont questionnées : niveau des allocations de base, activation aide aux sans-papiers, rapports entre services publics et associatifs subventionnés ou pas… « On observe que la fiscalité permet moins aujourd’hui qu’hier de réduire les inégalités, analyse H-O. Hubert. L’accroissement du recours à l’aide alimentaire dans un pays relativement riche ne peut que nous heurter ou, a minima, nous étonner. » Alors que faire ? Outre les classiques revendications de revalorisation des allocations de base et des petits revenus, d’accès à l’emploi, au logement, à l’énergie, de reconsidération de la politique des sans-papiers, d’autres perspectives d’actions se dessinent. « Sans pour autant capituler dans le projet d’une justice sociale plus efficiente, l’aide alimentaire reste en l’état une nécessité pour grand nombre de gens. Il convient donc à tout le moins d’en soutenir et d’en améliorer les pratiques », avancent les chercheurs. Plusieurs pistes pour ce faire :

        - envisager de formaliser davantage les collaborations entre les CPAS et les associations qui offrent une aide alimentaire. - donner la possibilité aux associations qui le souhaitent d’être reconnues et financées par les pouvoirs publics pour leurs activités spécifiques liées à l’aide alimentaire,- favoriser les partenariats et la solidarité entre les associations afin : - de consolider leur force d’interpellation, - de favoriser les échanges de moyens (vivres, infrastructures, etc.), - d’encourager les échanges d’idées (projets, pratiques innovantes, etc.) - de soutenir la formation des travailleurs sociaux et de nombreux bénévoles qui œuvrent dans l’aide alimentaire.

        Enfin, Hugues-Olivier Hubert avance une proposition qu’il sait « osée » et contre laquelle il sent déjà venir les arguments : « À la mission d’aide médicale urgente donnée au CPAS pour les sans-papiers, n’ajouterait-on pas l’aide alimentaire urgente ? ».

        Après ce pavé dans la mare, le chercheur conclura en rappelant cette phrase de Dom Helder Camara (prêtre brésilien, figure de la théologie de la libération en Amérique latine) : « Quand je dis que je donne de la nourriture aux pauvres, on dit que je suis un saint. Quand je pose la question : "pourquoi sont-ils pauvres ?", on me traite de communiste ! »

        Transformer en sujets de droit

        S’interroger sur ce non-droit, c’est aussi ce que prône Olivier De Schutter, invité au colloque en tant que tout récent rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. « L’aide alimentaire, c’est un palliatif pour rendre tolérable ce qui intolérable. Toute personne "a droit" à une alimentation suffisante et non ‘doit recevoir’ une aide suffisante ! La faim ne concerne pas que les agronomes et les économistes mais aussi les juristes car il s’agit bien d’un droit. Si donner une aide alimentaire à 150 000 personnes est en soi quelque chose de positif, il faut souligner que l’État belge ne respecte pas ses obligations en se déchargeant de celles-ci sur l’associatif. Il faut lui renvoyer la question. Transformer l’aide alimentaire en opportunité de mobilisation contre les mécanismes producteurs d’exclusion. Et chose importante : faire participer les bénéficiaires à l’évaluation, à répertorier leurs besoins, il faut les transformer en sujets de droit.»

        Agréer sans subventionner

        Côté politique, le ministre Emir Kir (PS) en charge de l’Action sociale au niveau de la Cocof, prévu dans les intervenants, a finalement délégué sa directrice de cabinet adjointe, Pascale Pensis, qui a avancé quelques pistes de son ministre pour le secteur : obliger les magasins à donner leur surplus, se concerter et obliger à relever les différentes pratiques, professionnaliser le secteur, soutenir de nouvelles demandes de restos sociaux. Un seul actuellement est subsidié par la Cocof, il s’agit de « Les uns et les autres » à la mission locale de Molenbeek.

        Enfin dernière piste évoquée et sans doute soufflée par l’état des finances de la Cocof : agréer sans subventionner, « c’est-à-dire octroyer une sorte de label qui permettrait d’accéder à la banque alimentaire », explique Pascale Pensis. Quant à intégrer l’aide alimentaire dans l’aide médicale urgente comme le proposaient les chercheurs de la FCSS, Pascale Pensis, s’y montre clairement défavorable : « si on applique cette proposition, ce sera difficile d’avoir une politique dissuasive et on risque de provoquer un appel d’air ». Quant aux bénéficiaires du revenu d'intégration sociale : « si le RIS est trop faible pour pouvoir manger, il faut l’augmenter, c’est de la responsabilité du fédéral. » Enfin, madame Pensis estime que les ONG doivent être reconnues et financées pour travailler en partenariat avec les CPAS.

        De la soupe populaire aux légumes bios

        Grands attendus aussi du débat : les CPAS. De nombreuses associations présentes dans la salle dénoncent en effet les renvois des CPAS vers les associations parfois sans aucune concertation ni convention et de manière très désordonnée, certains parlant même de « renvois sauvages ». Philippe Defeyt (Écolo), actuel président du CPAS de Namur, se dit conscient du problème et essaie dans la mesure du possible d’établir des conventions et d’obliger les différents acteurs à se rencontrer. « Nous avons à Namur une épicerie sociale, trois restos sociaux dont un est aidé par les pouvoirs publics. Loin de moi l’idée de ne pas mettre le CPAS le nez dans son assiette, si je puis dire, mais il y a aussi aujourd’hui une série de problèmes au niveau de l’associatif comme la multiplicité des interventions, le manque de lisibilité de celles-ci, la question autour de l’autonomie budgétaire, les questions d’inégalités dans l’accès, le caractère parfois humiliant aussi pour le bénéficiaire comme le non-choix du contenu du panier, une extrême dépendance aux donateurs et la rude concurrence avec des actions d'appel de dons comme le Télévie qui raflent tout parce que plus porteurs médiatiquement. Et parlons-en des médias, lorsqu’ils abordent le sujet de l’aide alimentaire, ils perpétuent une vision caritative de celle-ci, il suffit pour s’en convaincre, de se plonger dans la presse régionale. Et puis, je puis vous dire que, s’il n’est pas toujours simple de collaborer avec un CPAS, l’inverse est vrai aussi. Il n’est pas facile de mettre les associations autour de la table et de les faire travailler ensemble, elles ont des horaires, des congés et surtout des conceptions parfois radicalement différentes. »

        De son côté Michel Colson (MR), président du CPAS de Watermael-Boitsfort et président de la fédération des CPAS bruxellois, constate l’apparition d’une nouvelle catégorie de demandeurs d’aide alimentaire : les working poors. « Je veux éviter à tout prix le retour à la soupe populaire, prévient-il. Il faut qu’entre CPAS bruxellois, nous échangions sur nos bonnes pratiques et que nous nous entendions sur des pratiques communes, notamment au niveau du conventionnement avec l’associatif. Nous avons procédé de la sorte pour les médicaments, pourquoi pas sur l’aide alimentaire ? » La présidente du CPAS d’Ottignies ; Jeanne-Marie Oleffe (CDH) se montre quant à elle favorable à l’aide alimentaire mais pas à fonds perdus et donc conditionnalisée et indique que dans sa commune, le CPAS est occupé à réfléchir à des jardins partagés, des paniers groupés avec des légumes bios.

        Les syndicats étaient également invités à s’exprimer. Outre les pistes traditionnelles de hausse des revenus, de meilleure répartition de ceux-ci, de sauvegarde de notre régime de protection sociale, on retiendra dans les solutions pratiques celle de la CSC : « Nos délégués sont écœurés par les pratiques de mise au rebut de certaines grandes surfaces, explique Myriam Gérard, secrétaire régionale de la CSC Bruxelles. On nous a déjà rapporté que plus de 200 kg de viande non avariée sont jetés par semaine dans une grande surface. Nous avons donc une suggestion toute simple : en fonction du volume de déchets produits, les grandes surfaces alimentent une caisse pour le secteur de l’aide alimentaire. »

        Autant de micro-solutions qui, si elles peuvent améliorer l’aide, n’apportent pas le grand « chambardement » attendu. Sans doute faudra-t-il travailler à un niveau nettement supérieur. Charles Lejeune, secrétaire général de la FCSS-FCSSB, dans une carte blanche parue en mai dernier, ne dit pas autre chose : « On le voit bien les limites du travail social interrogent les politiques menées jusqu’ici en matière de lutte contre les inégalités, Sans la mise en place de leviers de régulation économiques à la hauteur des phénomènes de précarisation actuels, le travail social se réduira de plus en plus à une version professionnalisée et laïcisée de l’aide caritative d’autrefois5. »

        1. Répartition de l'aide alimentaire : 56 % de restos sociaux, 5 % d'épiceries sociales et 36 % de distribution de colis.
        2. Fédération des centres de service social :
          - adresse : rue Gheude, 49 à 1070 Bruxelles , Belgique49 rue Gheude 1070 Bruxelles Belgique
          - voice02 223 37 74
          - site : www.fcss.be
        3. Cahier Labiso n°73-74 à
          - télécharger gratuitement sur : www.labiso.be/ebooks/labiso_73_74/index.html
        4. Cet article a en partie été réalisé à partir de la synthèse d'H-O Hubert et C. Nieuwenhuys : Les réalités de l'aide alimentaire en Région bruxelloise.
        5. Carte blanche parue dans Le Soir du 29 mai 2008.

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