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Alter Echos n°26321 novembre 2008

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      • Tous les autres s'appellent Jean-Marc

        Jean-Marc, huit ans. Papa et maman divorcent. Banal. Jean-Marc, douze ans. Battu par son beau-père, mal-aimé. Il demande au juge de le placer dans une famille d’accueil. Ce sera non. Jean-Marc, 14 ans. Il s’est refait une famille dans la rue. Avec ses règles de bandits et ses lois du plus fort. Premières conneries, décrochage scolaire. Jean-Marc, 16 ans. Premier meurtre dans un braquage stupide qui tourne au cauchemar. Dessaisissement du juge de la jeunesse. Jean-Marc, 18 ans. Il quitte son IPPJ pour une vraie prison et 18 ans de réclusion. Jean-Marc, 19 ans, se fait la malle et tue un gendarme dans sa cavale. Cette fois, ce sera perpète. Trois vies gâchées en si peu de temps. Ce n’est pas un roman noir, c’est l’histoire de Jean-Marc Mahy. Une histoire qui raconte la spirale qui mène l’enfant en danger à l’enfant délinquant, et de l’enfant délinquant à l’adulte criminel. Elle est à ce point exemplaire de tout ce qu’il ne faut pas faire avec des gamins en souffrance, qu’elle aurait dû servir de fil conducteur pour les politiques Jeunesse.

        C’était il y a plus de vingt ans et aujourd’hui, Jean-Marc Mahy, sorti de taule, essaie de parler aux gosses qui dérapent avant qu’ils ne gâchent leur vie irrémédiablement (cf. "Se réinsérer pendant et après la prison : la puissance du témoignage"). « De son temps », il y avait déjà le dessaisissement, mais pas encore Everberg. Et l’on comptait 20 places en IPPJ pour toute la Belgique. C’est dire à quel point son exemple à servi la réflexion des ministres qui se sont succédé à la Jeunesse…

        Comme vient opportunément de le rappeler le rapport annuel du Délégué général de la Communauté française aux droits de l'enfant, on assiste depuis plusieurs années à une extrême mise sous pression des enfants et des jeunes. Et souvent du fait de l'État. Il ne se passe pas un mois sans que de nouvelles mesures répressives soient annoncées ou mises en œuvre par les pouvoirs publics… Le renforcement de la lutte contre l'absentéisme à l'école intègre maintenant de plus en plus l'intervention de la police et du judiciaire (cf. "Des moyens nouveaux pour dénicher les mineurs en décrochage"). Le nombre de places en IPPJ n’a cessé d’augmenter et l’on va créer de nouveaux centres fermés fédéraux pour les jeunes délinquants sur le modèle d’Everberg (cf. Alter Échos n° 262,"D’Everberg à Achêne, les nouvelles prisons pour jeunes"). La justice pour les jeunes ressemble de plus en plus à celle des adultes et certains n’hésitent pas à réclamer le dessaisissement à 14 ans. Certaines communes instaurent des couvre-feux pour jeunes. Et la liste n'est pas exhaustive.

        Alors que d'aucuns pointent l'incapacité de l'État belge à fonctionner correctement, ces mesures sont souvent issues de coopérations rondement menées entre le fédéral et les entités fédérées ou même entre les entités fédérées elles-mêmes. C’est dire si le consensus autour d’une certaine vision des politiques jeunesse est puissant. Quel que soit le parti ou le bord communautaire…

        Comme si cela ne suffisait pas, la pression sur les jeunes vient aussi de la situation sociale qui se détériore. Dans une récente étude, l'Unicef pointe l'augmentation de la pauvreté des enfants en Belgique comme l'une des plus importantes des pays européens. L'explosion du nombre de familles monoparentales étant un des facteurs explicatifs.

        Il arrive que des jeunes déconnent. Solidement. Mais ni plus ni moins qu'avant, selon les statistiques. Et pas plus que les adultes. La détérioration des conditions sociales est, elle, avérée. Continuons sur cette voie, celle du serrage de vis de l'étau, entre précarisation sociale et répression accrue… Et des Jean-Marc Mahy, on en verra arriver par centaines dans les IPPJ et les prisons.

        Aurore D'Haeyer et Alain Maron

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