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Alter Echos n°24911 avril 2008

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      • Et si on se passait de JO pendant huit ans ?

        On reproche à la Chine de ne pas tenir son engagement moral d’améliorer sa situation en matière de droits humains et de se contenter d’empocher les dividendes du grand show olympique. Tout le monde s’y met, y compris en bon dernier Jacques Rogge, patron du Comité international olympique (CIO), le grand argentier de l’affaire.

        On reproche – mais plus beaucoup – au CIO d’avoir misé sur ce canard boiteux de la démocratie. On fustige les procédures opaques pour désigner les villes olympiques (c’est même faire beaucoup d’honneur que de parler de procédures…). Et on l’accuse, à raison, de n’écouter que les multinationales partenaires qui instrumentalisent à outrance cet « idéal olympique » déjà tant décrié.

        Les jeux olympiques de Pékin sont controversés. Mais pose-t-on la bonne question ?

        À l’heure où les rapports entre argent et sport ne sont plus une question mais une tautologie, c’est bien de ce qui se passe de ce côté-là qu’il convient de s’alarmer. À combien s’élève le budget des jeux ? L’information n’est pas facile à trouver – en tout cas pas dans le temps réduit imparti pour rédiger le présent édito. Le chiffre qu’on a le plus cité est le fameux « 40 milliards de dollars ». Les JO 2008 coûtent 40 milliards de dollars à la Chine, dont 9 pour prolonger le métro de Pékin. C’est sans compter sur la mise du CIO, financée principalement par des droits de rediffusion télévisée, des licences pour l’accès aux retombées (merchandising, etc.), et la billetterie. Un vrai pactole.

        Retenons donc ce chiffre approximatif : 40 milliards pour célébrer la paix et la fraternité universelles. Tout cela a-t-il vraiment un sens?

        Connaissez-vous la notion de coût d’opportunité ? Pour les économistes, c’est l’évaluation de ce que vous pourriez gagner en allouant autrement une somme d’argent. Les dividendes de l’alternative à laquelle on renonce. Adressons cette question aux JO en s'interrogeant sur l'état de la planète : dans quoi vaut-il donc la peine aujourd’hui d’investir cette somme… ?

        Il se fait qu’il y a trois ans, la Banque mondiale a estimé, après une évaluation approfondie, le coût du troisième des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) : donner à tous les enfants un diplôme scolaire de niveau primaire en 2015. Avec des effets multiplicateurs considérables : sur l’accès à une scolarité plus longue et à des métiers, mais surtout sur le contrôle des naissances et sur l’amélioration de la qualité de l’hygiène et de la nutrition. 115 millions d'enfants à toucher1, et des progrès mondiaux sans précédent en matière de santé, de résorption de la pauvreté et de maîtrise démographique.

        Dont coût ? 12 milliards de dollars par an. Les JO (d’été) ont lieu tous les quatre ans. Le calcul est vite fait : serrons les dents en août pendant Pékin, puis arrêtons tout pendant huit ans…

        Agence Alter

        1. On ne vous dira pas si l'ONU a compté les quelques milliers de petits Bruxellois qui semblent échapper aux statistiques publiées tout récemment sur l'obligation scolaire…

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