Dans la foulée de son assemblée générale, l’Inter-fédérations des services agréés de l’Aide à la jeunesse en Communauté française (Ifaj)1 a convoqué, ce 3 mars, une conférence de presse et envoyé une délégation au cabinet de Catherine Fonck, ministre en charge de l’Aide à la jeunesse. Objectifs : demander à la ministre de "clarifier sa politique" et réclamer "des moyens supplémentaires" pour financer le secteur.
Le secteur de l’aide à la jeunesse est en colère et tient à le faire savoir. « Si l’Inter-fédérations ne peut nier le fait d’avoir été invitée à des rencontres avec la ministre Fonck et son équipe2, le terme de "négociation" nous paraît toutefois galvaudé et les décisions prises manquent pour le moins de cohérence… » En cause, les moyens alloués au secteur de l’aide à la jeunesse jugés insuffisants par l’Inter-fédérations qui dénonce la non prise en compte de son cahier de revendications. « Depuis 2005, rappelle Olivier Body, représentant de l’Ifaj, la ministre Fonck oriente l’action politique vers trois axes essentiels : les accords du non-marchand, avec une revalorisation salariale, les barèmes de l’aide à la jeunesse étant inférieurs à d’autres secteurs sociaux (Awiph, santé mentale, etc.) ; les Carrefours de l’aide à la jeunesse pour une offre de services renforcée (formations, etc.) ; et le mémorandum de l’Ifaj qui octroie une priorité à l’encadrement et au fonctionnement des services agréés. C’est précisément sur ce dernier point que les avancées tardent ou ne rencontrent pas les demandes du secteur. »
Parmi les revendications de l’Ifaj exprimées dans son mémorandum, certaines concernent l’augmentation des normes d’encadrement pour trois types de services :
• Trois équivalents temps plein (ETP) pour deux centres d'orientation éducative (COE) qui travaillent, selon l’Inter-fédérations, avec des normes d’encadrement moindres que celles fixées par leur législation de référence. Ces trois ETP ouvriraient cinquante-cinq prises en charge supplémentaires.L’Inter-fédérations a essuyé une fin de non-recevoir par rapport à ses dernières propositions visant à remettre a minima ces services dans les normes. • 0,5 ETP au minimum pour les Services d’accueil et d’aide éducative (SAAE) et ce, au moins pour les services de 6,5 ETP. « Une revendication pour laquelle le cabinet a également signifié une fin de non-recevoir, précise Daniel Martin de l’Ifaj. Alors que ces services travaillent 24 heures sur 24, souvent dans des conditions d’urgence, avec des enfants en difficulté et généralement en danger dans leur milieu de vie. Les normes d’encadrement prévues par les textes légaux pour ces services sont nettement insuffisantes et ne permettent pas un travail respectueux et adéquat pour des enfants du XXIe siècle. Ces emplois supplémentaires dans les SAAE permettraient de faire face à la nouvelle réglementation des heures de nuit (1 heure de nuit = 1 heure prestée) qui a déstabilisé l’encadrement des jeunes accueillis. »• Enfin, pour les Services de placement familial (SPF), qui encadrent quelque 2 000 jeunes, 1,4 ETP supplémentaire serait nécessaire. Une demande ici entendue et comprise dans le budget annuel d’1,5 million d’euros alloué à partir de 2008. L’Ifaj espère toutefois que la promesse sera tenue sans que de nouvelles missions soient exigées en retour.
Mais ce qui fâche l’Ifaj, c’est « qu’après avoir annoncé que le secteur de l’Aide à la jeunesse disposerait d’1,5 million d’euros annuels (récurrents)3 affectés à des mesures à négocier ensemble, la ministre et ses collaborateurs découvrent subitement que les Services d’accueil spécialisé de la petite enfance (Saspe) sont en difficulté financière et travaillent avec des normes insuffisantes. Ils en font alors une priorité, diminuant du même coup l’impact budgétaire à affecter aux propositions contenues dans le mémorandum de l’Inter-fédérations et dans une note déposée début janvier, propositions encore largement en deçà de nos besoins. »4
« Les Saspe ont toujours été traités dans une autre enveloppe budgétaire, argue Guy Vanesse de l’Ifaj, alors pourquoi les inclure maintenant dans la négociation ? » L’Inter-fédérations ne nie toutefois pas leurs difficultés : « Les Saspe, rappelle André Thome de l’Ifaj, sont quatorze services en grande difficulté dont un au moins est menacé de fermeture. Ces services sont en fait cofinancés pour un tiers par l’ONE et pour deux tiers par l’AAJ alors qu’ils travaillent à 90 % pour l’aide à la jeunesse ! Il faudrait au minimum 350 000 euros. »
Pour l’Ifaj, il serait urgent de recevoir des documents de travail du cabinet afin que les rencontres entre partenaires « soient une co-construction et non juste une séance d’information où le principe de transversalité se perd ».
« Lorsqu’il s’agit de renforcer la sécurité publique et le contrôle social et lorsque les médias sont présents, fait remarquer Daniel Martin de l’Ifaj, le cabinet trouve alors des moyens (citons les places en institutions publiques de protection de la jeunesse, les stages parentaux). L’Ifaj ne partage pas cette option politique sécuritaire qui semble oublier les familles pour lesquelles il y a des listes d’attente, un manque de places en institution, etc. Notre priorité essentielle, celle de tous les services agréés qui constituent 80 % du secteur, c’est le renfort des moyens humains et des moyens de fonctionnement. Non pour jouer à l’enfant gâté qui en veut toujours plus, mais bien pour pouvoir assurer un travail de qualité pour toutes les familles prises, ou à prendre, en charge. »
Reste que, à la suite de la rencontre entre la délégation improvisée de l’Ifaj et le cabinet Fonck ce 3 mars, un plan de financement pour l’affectation du budget d’1,5 million d’euros devrait être ébauché pour le 19 mars et précisé après Pâques. Ce qui devrait baliser et, peut-être, apaiser la négociation. Nous ne manquerons pas d'y revenir...