Après la préparation d’une note d’orientation générale et sa présentation à la Commission consultative des organisations de jeunesse (CCOJ), le processus de réforme du décret organisations de jeunesse initié par la ministre de la Culture, de l'Audiovisuel et de la Jeunesse, Fadila Laanan1 entame une troisième étape, celle de l’évaluation. Cette évaluation portera sur trois points, intimement liés : la connaissance de l’existant (quelles sont les pratiques des OJ et les autres formes d’implication des jeunes ?), mais aussi les pratiques à l’épreuve du décret actuel et les pratiques à l’épreuve de la note d’orientation générale déposée par la ministre.
Ce processus d’évaluation se poursuivra jusqu’en novembre 2006. Il doit permettre de dégager des propositions concrètes à valider par les différentes parties prenantes au processus. Elles devraient servir à rédiger le projet de décret. Des panels mixtes (CCOJ, administration et inspection) devraient être constitués d’ici à la fin du mois d’avril afin de mettre en lumière les points de divergence et de se mettre d’accord sur des propositions communes. Ces groupes aborderont cinq thèmes qui traduisent les différents enjeux en présence. Le premier panel traitera des valeurs, des définitions, des objectifs généraux, des articulations avec les autres secteurs et du rapport de l’associatif avec les pouvoirs publics. Le deuxième portera sur le(s) public(s) et sur les pratiques mises en œuvre au sein des OJ. Le troisième panel débattra des critères et des modalités de reconnaissance ; le quatrième réfléchira aux moyens mis en œuvre et aux modalités de subventionnement. Le cinquième enfin s’axera sur l’évaluation, le contrôle et le rôle des différents acteurs.
Ces cinq axes sont à mettre en perspective avec la note d’orientation de la ministre, dans laquelle elle a d’emblée annoncé sa priorité. « À la différence d’autres politiques à l’égard des jeunes, écrit-elle, l’objectif primordial de la politique culturelle que je veux mener c’est l’émancipation individuelle et collective. Favoriser l’émancipation des jeunes c’est d’abord leur donner une place dans la société et le droit à la parole. Aujourd’hui, ce droit et cette place sont menacés, peut-être parce que nous sommes dans une société vieillissante où les jeunes deviennent une minorité. » La ministre poursuit en soulignant que c’est le rôle de la politique culturelle de la jeunesse de construire avec les jeunes leur parole sur le monde, leur esprit critique, et de renforcer leur potentiel créateur. Elle souhaite que cet enjeu de formation à la citoyenneté s’appuie sur cette finalité de l’émancipation ainsi que sur cinq objectifs généraux : soutenir des espaces d’expérimentations et de construction de choix individuels et collectifs qui tiennent compte des pratiques actuelles des jeunes et des multiples formes que prennent leurs engagements ; développer leur sens de l’analyse et leur esprit critique ; multiplier leur capacité créatrice de sens et d’œuvres symboliques ; favoriser la culture de la transaction indispensable pour être sujet et non pas objet dans l’espace collectif ; favoriser la rencontre des multiples publics jeunes pour contrer l’isolement, l’intolérance et le repli sur soi que produit la société contemporaine.
Des experts et des acteurs extérieurs ont été appelés pour enrichir ce processus (le Centre d'études sociologiques des Facultés Saint-Louis et le département recherches de l'Agence Alter), ils ont été choisis avec le secteur, les observatoires, les représentants du service jeunesse et par l’inspection du cabinet. Un comité d’accompagnement de l’évaluation s'est également constitué, il se compose des représentants du cabinet, des observatoires, du service jeunesse, de l’inspection, de la CCOJ et de Jean Blairon de l’asbl RTA2, qui a piloté l’évaluation prospective préliminaire à ce processus de réforme. Ce comité d'accompagnement devrait, une fois le travail d'évaluation clôturé, se transformer en comité de concertation et de négociation. C'est du moins le souhait de plusieurs de ses membres.