En 2012, l'avortement suscite encore des débats passionnés. Ces échanges ne sont pas toujours de haut vol. Les noms d'oiseau fusent. « Intégriste » par-ci, « inquisition » par-là. On pourrait en rire. Une bonne polémique pendant l'été a toujours un côté divertissant.
Celle-ci laisse pourtant un goût désagréable. Les « représentants des jeunes », élus certes démocratiquement – par seulement cinq mille jeunes de la Communauté française – n'arrivent pas à se mettre d'accord sur un sujet aussi fondamental. Depuis février, ils tentent désespérément de trouver un terrain d'entente. Après avoir refusé d'adhérer à la Charte pour le droit à l'avortement, nos jeunes compères ont palabré pour sortir un avis en demi-teinte. D'un côté, les jeunes « soutiennent la loi de 1990 qui dépénalise l'avortement » mais de l'autre, ils n'arrivent pas à se prononcer sur la notion de « droit à l'avortement ».
« Nous n'avons pas eu peur de nous attaquer à un sujet tabou » nous dit-on du côté du Conseil de la Jeunesse. Oui, l'avortement est considéré comme tabou. Affirmer que l'avortement est un droit de la femme, un droit humain, un droit tout court, c'est trop demander à une bonne moitié des membres de l'assemblée générale du Conseil de la Jeunesse qui se sont prononcés sur le texte.
Certains défendent avec acharnement cet avis « équilibré, qui défend la loi actuelle tout en faisant émerger les différences de vue ». Justement, une lecture attentive du texte en question fait transparaître à chaque ligne la réticence d'une partie des membres du Conseil à soutenir cette loi qui, faut-il le rappeler, fut une des grandes avancées dans l'histoire du droit des femmes.
Le Conseil de la Jeunesse insiste par exemple pour que l'avortement ne devienne pas « un acte contraceptif ». Mais qu'entend-on exactement par là ? Que des femmes auraient recours à « l'avortement de confort », pour paraphraser les mots d'extrémistes bien connus outre-Quiévrain ? On n'ose l'imaginer.
Si les rédacteurs de cet avis insistent pour que l'avortement soit « le fruit d'un réel consentement », « pour que les conditions formelles soient scrupuleusement respectées » (on parle de l'information sur les risques médicaux, sur les possibilités d'accueil de l'enfant à naître), on ne lit pas vraiment d'empathie, ni de volonté de soutenir les femmes qui font le choix – toujours douloureux – d'avorter.
Quelques jeunes aux motivations obscures – religieuses ou politiques – viendraient donc grignoter sur les droits des femmes – chèrement acquis. On pourrait n'accorder qu'une importance relative à ce fait marginal. Mais on le sait, une grande partie des membres du Conseil de la Jeunesse sont les élites et les élus de demain. Ils se font les dents politiques au sein d'une institution qui leur offre visibilité et – qui sait – une forme de respectabilité. Une telle division au sujet de l'avortement n'augure rien de bon. Le message qu'ils envoient est clair : demain, l'avortement pourrait être remis en cause.
Qu'un débat contradictoire puisse être tenu au sein du Conseil de la Jeunesse, quoi de plus normal ? Surtout lorsqu'il touche à des convictions intimes. Mais avec quels interlocuteurs ? « Génération pour la vie » est une association extrémiste, assimilant l'avortement à un meurtre. Reçue au même titre que le Conseil d'action laïque, ils ont pu, en toute tranquillité, diffuser leur discours sans nuance. Ce qui dérange profondément.
Car finalement, revenir sur le droit à l'avortement, c'est remettre en question le droit des femmes à disposer de leur propre corps.