Première étape, Renovassistance1 installée dans le quartier de Cureghem. Se positionnant comme un promoteur immobilier social, elle s’occupe de la rénovation de logements, insalubres à l’origine, qu’elle met ensuite sur le marché à des tarifs sociaux, selon la grille des agences immobilières sociales (AIS). Pierre Denis, directeur de Logement pour tous, l’AIS qui pilote le projet, a constaté une évolution positive sensible dans les souhaits de ses clients. « Ce n’est pas simple de tenir le budget car il sera plus tard répercuté dans le loyer. En quelque sorte, la performance énergétique et la performance sociale s’opposent. Mais les subventions liées à la rénovation permettent de convaincre nos clients d’investir dans des travaux visant l’économie d’énergie. »
Même son de cloche chez Le Trusquin2, une entreprise de formation par le travail (EFT) spécialisée dans les travaux. Bernhard Neumann, maçon et éco-formateur en isolation, rappelle qu’il fait beaucoup de propositions en la matière pour améliorer le coefficient U (mesure de l’isolation des bâtiments), mais que l’entrepreneur ne fait, en fin de compte, que les travaux voulus par l’architecte ou le client.
S'adapter aux normes
Du côté des pouvoirs publics, les normes évoluent rapidement. Simon Verstraeten, coordinateur de Casablanco3, une initiative locale de développement de l’emploi (ILDE) à Bruxelles, souligne les contradictions entre certains appels d’offres qui ne prévoient pas les normes, notamment dans les communes. « Il y a peu, nous avons fini un chantier où l’appel d’offres de la commune demandait une isolation de la toiture de 8 cm alors que la norme de Bruxelles Environnement-IBGE est de 16 cm. Mais reconnaissons que les choses bougent. La même commune se sert aujourd’hui d’une guidance énergétique très pointue. »
L’adoption des normes sur le terrain nécessite toujours un peu de temps... Point crucial : l’information. Tous les acteurs le soulignent : le public n’est pas bien informé sur ce qui existe pour améliorer la performance énergétique de son logement. Initiative à épingler : Ekowatt4, nouvelle société spécialisée dans la pose de panneaux photovoltaïques, a eu l’idée d’utiliser son réseau d’information (seize agences en Wallonie et à Bruxelles)5 pour informer et donner de l’aide administrative aux particuliers dans leur dossier en matière de panneaux photovoltaïques. « La diversification à partir d’une même logistique est la clé du succès de notre entreprise », explique Eric Guyot, administrateur délégué d’Ekowatt et du groupe Âge d'or services.
Techniques et formation
Du côté des matériaux et techniques utilisés, Bernhard Neumann nous décrit la cohérence de l’ensemble. « Un seul matériau ne suffit pas. Il faut tout d’abord un freine-vapeur intérieur. Ensuite, un matelas isolant comme de l’ouate de cellulose et enfin une protection extérieure qui sert à la fois de pare-vent et de pare-pluie. Pour ce faire, on emploie beaucoup un produit bio : le Celit4D qui est constitué de fibres de bois mou sans ajout de colle. » Outre l’étanchéité, il faut aussi prévoir la ventilation. Soleil vert6, société à finalité sociale (SFS) active dans le domaine depuis juin 2007, en a fait une spécialité. « Rendre étanche est la première étape, ventiler est la seconde. Le placement d’un système de ventilation double-flux est essentiel », nous explique Francis Krauth, administrateur délégué de Soleil vert.
Quant à la formation, elle est cruciale pour le secteur. Pierre Denis souligne bien la question. « L’isolation est un travail très précis car on doit obtenir une étanchéité totale. L’entreprise générale est souvent inattentive. » Du côté de Casablanco, on y attache beaucoup d’importance. « La question de la performance énergétique est insérée dans le programme global de formation de tous les stagiaires. De plus, les chefs d’équipe ont suivi des formations spécialisées au Centre scientifique et technique de la construction7. Nous avons aussi en projet un module spécifique pour les instructeurs que nous montons avec le centre de formation Groupe intro », nous explique Simon Verstraeten. Pour sa part, Soleil vert a envoyé ses trois ouvriers suivre une formation en Autriche dans le bureau d’études d’un architecte spécialisé.
En plein boom, le secteur des économies d’énergie donne de nouvelles perspectives aux entreprises d’économie sociale, et celles-ci n’ont pas l’air de laisser passer leur chance.