Ce jeudi 19 avril le premier « midi-débat labiso » s'est penché sur l'accès à l'emploi des personnes avec des troubles psychiques. Deux invités: Jean-Michel Stassen, directeur de l'asbl Article 27 (Liège) et Silvano Gueli, responsable du programme de réhabilitation professionnelle de l'Espace Socrate (Hôpital Vincent Van Gogh, Marchienne-au-Pont). Deux structures qui, avec leurs méthodes propres, permettent à des personnes avec des troubles mentaux d'accéder à l'emploi.

L'emploi n'est pas ici un but en soi. Il est plutôt considéré comme un moyen thérapeutique. Mais l'entrée dans un monde du travail parfois très dur (rythmes de travail, nécessité de rentabilité...) n'est-il pas risqué pour des personnes souvent déstructurées et fragiles? « Le travail apporte plus de bénéfices que de souffrances, répond Jean-Michel Stassen. S'il y a des personnes extrêmement déstructurées, on teste les choses, on teste encore. Soit on pallie aux risques, soit on réoriente la personne, vers le bénévolat par exemple. C'est vrai que c'est un risque qui existe. Mais il y a plus de situations qui se passent bien que de situations qui se passent mal. »

Dépasser cette fragilité

Pour que cette insertion dans l'emploi se passe bien, quelques éléments clés peuvent être mis en place: par exemple, donner aux entreprises quelques outils pour détecter les problèmes et passer le relais au bon moment vers un service de santé mentale (SMM). Ou encore mettre sur pied un accompagnement dans l'emploi, comme le propose l'Espace Socrate. « Il faut faire attention aux petites choses qui ne se passent pas bien, qui s'accumulent et peuvent déborder, explique Silvano Gueli. Il faut aussi savoir tirer profit des échecs pour pouvoir rebondir. » Il y a donc des réponses à cette fragilité. Mais attention, soulignent Silvano Gueli et Jean-Michel Stassen, contre toute attente, il y a parfois une meilleure acceptation du handicap et des pathologies chez les employeurs privés que dans le secteur de l'insertion...

Santé mentale et insertion: l'indispensable décloisonnement

L'insertion, un secteur parfois mal à l'aise face à des problématiques de santé mentale qu'il connaît mal, qu'il ne maîtrise pas. Les personnes avec des troubles mentaux sont déroutantes voire suscitent une certaine peur. D'où la nécessité de donner aux travailleurs sociaux et de l'insertion des outils pour travailler avec ces publics: apprendre à détecter les problèmes, trouver les relais adéquats, savoir poser des limites. Cela passe par un travail d'information et de déstigmatisation.

Décloisonnement, passage de relais, travail en réseaux... Des mots bateau? Peut-être. Mais il reste que le fossé à combler entre les mondes de la santé mentale et de l'insertion semble grand. Des ponts sont à jeter, des passages de relais à créer. A ce titre, Le projet 107 de réforme de la santé mentale devrait permettre une meilleure coordination entre acteurs.

A Liège, un cartographie des ressources existantes est réalisée: à qui faire appel dans quelle situation? Soulignons aussi le rôle de certains Centres de réadaptation fonctionnelle (CRF) de la région liégeoise qui peuvent être un soutien à la formation et à l'emploi. Aux employeurs et aux entreprises d'insertion d'y faire appel! Enfin, dépasser les freins existant dans l'insertion professionnelle de ce public devra passer par une harmonisation des législations. A la demande de la Région wallonne, un travail est aujourd'hui en cours afin faire le point sur « ce qui coince » entre les secteurs de la formation, l'emploi et la santé mentale.

Plus d'infos: lire les Labiso « Article 27 » et « Socrate Réhabilitation ».