Organisée par le CBCS en collaboration avec l’Agence Alter, la première rencontre irisée de la nouvelle législature accueillait ce 25 janvier le secrétaire d’État chargé de l’Urbanisme et de la Propreté publique à Bruxelles, Emir Kir (PS). Mais c’est surtout sa casquette Cocof qui intéressait ce jour la cinquantaine de personnes qui avaient fait le déplacement. Le secrétaire d’État a en effet « doublé » ses compétences à la Cocof par rapport à la législature précédente et cumule pas moins de sept compétences : Formation professionnelle, Culture, Transport scolaire, Action sociale, Famille, Sport et Relations internationales. Parmi les gros dossiers qui occuperont le Tennodois dans les cinq années à venir, la formation arrive en tête.
« Inutile de le répéter, les chiffres sont connus, plus de 30 % de chômage chez les jeunes, 40 % dans les quartiers. Si on passe à côté de cette problématique maintenant, on va tous payer la note. Ce qui s’est passé dans certains quartiers bruxellois en août et en septembre risque de devenir quotidien parce que ce n’est pas tenable. Nous devons prendre le taureau par les cornes. »
Pour y remédier, une série de choses se trouvent coulées dans l’accord de gouvernement. Et Emir Kir de citer l’obligation, par exemple, d’avoir pour Bruxelles Formation, un contrat de gestion. « C’est le moment opportun pour organiser une concertation, des rencontres avec tous ceux qui travaillent sur la matière. Il a aussi été décidé de travailler de manière conjointe entre la Cocof et la Région. Le ministre de l’Emploi et moi-même avons tout de suite décidé que Bruxelles Formation et Actiris devaient unir leurs forces dans un accord de coopération. Dans le cadre de la mise en oeuvre très prochaine du plan stratégique de formation, il a été demandé qu’on travaille tantôt avec la Région dans le cadre du Pacte de croissance urbaine durable, tantôt aussi avec la Communauté française dans le cadre de gouvernements conjoints. Un groupe de travail a été créé à cet effet la semaine passée. Son objectif est de revoir l’offre d’enseignement sur le territoire bruxellois et de le mettre en adéquation avec l’offre de formation à Bruxelles, une initiative attendue depuis des années. »
Parmi les constats du secrétaire d’État, la nécessité d’une meilleure collaboration entre Bruxelles Formation et Actiris, qui en prend au passage pour son grade : « Actiris se limite trop souvent à un travail administratif. La manière dont on y diagnostique les chercheurs d’emploi est très limitée. On part du déclaratif : un jeune peut arriver à Actiris et dire qu’il est plombier, personne ne vérifie. On se retrouve alors à la tête d'une série de problèmes. »
Atteindre les jeunes
Autre sujet de préoccupation : une partie de la jeunesse échappe à tous les dispositifs en place. « Bruxelles Formation organise des formations pour un type de public, les 25-40 ans, qui ont déjà une certaine instruction et les idées claires. Or, dans beaucoup de missions locales, censées toucher les plus jeunes, on a un souci. Elles font un travail remarquable, mais de plus en plus, on se rend compte qu’elles n’arrivent plus à toucher les jeunes entre 18 et 25 ans. Je pense que tout cela mérite réflexion. Dans le cadre du plan stratégique formation qui va être étendu à l’enseignement et à l’emploi, il faut qu’on dispose d'un plan jeunes. On doit se réapproprier aujourd’hui cette jeunesse qui nous échappe. Les contrats de quartier sont à mon avis une bonne porte d’entrée. Ils ont une approche plus territoriale, moins théorique et partent du concret. Autre piste : des projets aussi tels que celui de Béa Diallo, ex champion de boxe et échevin à Ixelles, qui arrive à faire venir des jeunes complètement désocialisés en alternant entraînements de boxe le matin et coaching individualisé de recherche d’emploi et de formation l’après-midi. »
Emir Kir insiste également sur le travail de resocialisation de ces jeunes, souvent un préalable avant l’entame de toute formation et épingle le peu d’ouverture de l’Onem à ce sujet. « Quand on est en décrochage scolaire depuis plusieurs années, qu’on se cherche, on n’a pas toujours les bonnes manières pour se rendre dans une formation. Je rencontrerai prochainement la régionale de l’Onem pour leur expliquer que quand on fait de la resocialisation dans le cadre des modules d’orientation et de détermination professionnelle, il s’agit aussi de formations. Il faut qu’ils reconnaissent le travail effectué sur le terrain, par exemple par les missions locales, et arrêtent de sanctionner à tour de bras. Ce qui se passe pour l’instant avec l’exclusion des demandeurs d’emploi des allocations de chômage n’est pas normal. A contrario, dans les accords de coopération entre Bruxelles Formation et Actiris, il nous a paru important de distinguer les deux métiers que sont le contrôle et l’accompagnement. Il faut être en complémentarité, non en contradiction. Nous avons veillé par exemple à ce que les documents qui sont délivrés par les organisations d’insertion socioprofessionnelle ne puissent servir de moyen de sanction contre le jeune. »
Pas de démarche de sanction
Le désormais célèbre CPP (contrat de projet professionnel, cf. Alter Échos n°283), qui sera rendu obligatoire en septembre 2010, n’a pas manqué de susciter quelques questions dans l’auditoire. L'obligation de signer un CPP pour les jeunes gens âgés de 18 à 25 ans, prévue dans l'accord de gouvernement bruxellois, engendrera en effet des besoins logistiques et humains supplémentaires, pas évidents à dégager au vu des finances de la Cocof, et nécessitera aussi un peu de temps. La mesure augmentera sérieusement la demande de formation alors que la plupart des opérateurs se disent déjà saturés. Emir Kir, s’il a rappelé que son parti n’était pas initialement demandeur, a tenu à jouer la loyauté vis-à-vis de ses partenaires tout en se voulant rassurant. « Nous avons pu limiter le CPP aux 18-25 ans. Reste qu’il faudra être au rendez-vous en septembre 2010 pour qu’il y ait suffisamment d’offres de formation et je dois me débrouiller avec les moyens budgétaires qui sont les nôtres. Mes collaborateurs et moi-même essayons de trouver des synergies, mais si je ne suis pas prêt pour septembre 2010, il va de soi que les jeunes ne seront pas sanctionnés parce qu’ils n’ont pas trouvé de formation. Mon objectif est de faire du CPP un vrai outil d'insertion sociale et professionnelle, et non une démarche de sanction. »
2010 sous le sceau de la réflexion
Quant au volet Action sociale du ministre, il en a également été question lors de la rencontre, quoique dans une moindre mesure. Emir Kir a ainsi fait savoir que l’année 2010 sera celle de la réflexion pour le secteur de l'Action sociale : « Nous mettrons à profit cette année pour poursuivre le travail d’état des lieux entamé en 2009. » Il a tenu également à tranquilliser le secteur de l’ambulatoire, qui englobe l’action sociale, la famille et la santé, et qui lui prêterait une volonté d’assainir le secteur avec le tout récent décret de l’ambulatoire (cf. Alter Échos n°269 et 262) : « Je sais que ça occupe les esprits. Pendant la dernière ligne droite un peu avant les élections, certains nous ont prêtés 1 001 idées derrière la tête. Moi, je suis très content du travail réalisé sur le terrain. Ce n’est pas vous le problème, ce n’est pas à vous qu’on va demander de payer la crise. Je le dis parce que ça me revient très régulièrement. Je n’ai jamais conçu le décret ambulatoire comme un moyen de remettre en question les secteurs. Pour moi, la démarche d’évaluation qualitative à laquelle vous êtes soumis doit essentiellement servir à améliorer la qualité vers les Bruxelloises et Bruxellois et à améliorer le fonctionnement de chaque service. C’est tout. Vous aurez parallèlement à cela un agrément à durée quasi indéterminée, c’est quand même la garantie d'une stabilité des équipes, d'une stabilité financière. »
Et pour faire taire les rumeurs selon lesquelles il limiterait le nombre de planning familiaux, Emir Kir a tenu à préciser qu’il comptait ouvrir sous cette législature un 27e planning familial à Laeken dès qu'il en aura les moyens. « Au contraire, l’idée est d’octroyer une meilleure offre territoriale. Même chose pour les espaces-rencontres2 [ndlr : au nombre de deux en Région bruxelloise], c’est clairement trop peu. »
Le secteur des maisons de repos n'a pas été oublié et a interpelé le ministre. D’aucuns ne pouvant que constater la baisse de l’offre en matière de places pour des populations moins aisées au profit de grands groupes français ou hollandais venus construire des palaces pour têtes argentées dans des communes fortunées de Bruxelles. Un constat partagé par le secrétaire d’État qui a assuré travailler sur une offre diversifiée. « Je suis de plus en plus inquiet quand je vois fermer des maisons de repos qui offraient des places aux couches populaires. Il faudra revoir la programmation avec le fédéral. Il faut diversifier l’offre, d’abord au niveau des revenus mais aussi pour soulager les proches. Il faut pouvoir créer des possibilités de courts séjours, moins de nonante jours/an, des accueils de nuit, des maisons communautaires, pour lesquelles j’ai par ailleurs déjà noué des contacts avec mon collègue au Logement, les centres de jour aussi. Et aussi étendre l’offre à d’autres communes peu desservies en maisons de repos. »
On l'aura compris, avec un budget étriqué et du serrage de ceinture à tous les étages, seules d'hypothétiques marges pourront permettre d'initier de nouvelles politiques. Un secrétaire d'État Cocof donc, entre réassurance, prudence, et créativité.