Tout est parti d'un rapport d'un conseiller de la Vlaamse Maatschappij voor Sociaal Wonen (VMSW). En novembre et en décembre de l'année passée, à la demande du nouveau conseil d'administration de l'IVMH mis en place après une longue période de conflits internes, ce conseiller s'est penché sur les comptes des trois années précédentes de la société de logement. En parallèle, l'Inspection flamande du logement RWO a également fait son rapport. Les conclusions des deux sont accablantes : la Inter-Vilvoordse Maatschappij voor Huisvesting (IVMH) n'a pas respecté la loi comptable entre 2008 et 2010 (nombreuses pièces comptables manquantes), a « un problème financier chronique » du fait de frais de fonctionnement anormalement élevés. Les locataires défectueux ne sont pratiquement pas poursuivis. Des chantiers de rénovation ont été systématiquement saucissonnés afin de pouvoir tous les attribuer aux mêmes entrepreneurs sans passer par des appels d'offre, ce qui a aussi eu pour conséquence que l'IVMH n'a pas pu obtenir des subventions auxquelles elle aurait autrement eu droit. A cela s'ajoutent de coûteuses activités de "team building", des notes de restaurant allant jusqu'à 2 000 euros par mois et des frais de personnel « dépassant de 800 000 euros ceux d'une société de logement normale de cette taille ». Le rapport pointe encore des suspicions de fraude et d'une manière plus générale, « la situation chaotique de cette administration ».
Le président actuel du conseil d'administration, Herman Dewaerheid (CD&V), en place depuis 2010, a déclaré que sa société porterait plainte et se constituerait partie civile si les allégations de fraude s'avéraient fondées. Le nouveau conseil a également écrit à l'administration flamande pour lui demander d'effectuer un audit approfondi. Quant à la ministre flamande du Logement, Freya van den Bossche (SP.A), elle a dit vouloir faire toute la lumière sur cette affaire. Le service d'audit de l'administration va également examiner les comptes et, « s'il s'avère qu'il ne s'agit pas seulement de mauvaise gestion, nous n'hésiterons pas à porter ce dossier devant les tribunaux », dit-on au cabinet de la ministre. L'IVMH a reçu un mois pour présenter un plan de redressement. La ministre se réserve le droit de démettre le conseil actuel et de nommer elle-même un administrateur, mais elle souhaite en tout cas que la société ne doive pas déposer le bilan, ce dont les locataires des logements pourraient faire les frais.
Quand la politique locale s'en mêle
Le bourgmestre de Vilvorde lui-même, Marc Van Asch (CD&V), se retrouve dans l'oeil du cyclone, en tant qu'ancien président du conseil d'administration de l'IVMH. Il dément toutefois avoir eu la moindre connaissance de problèmes au sein de la société. Pour lui, « si des fautes comptables ont été commises, elles ont dû être camouflées par un grand nombre de personnes » et il ajoute que les comptes de la société ont été approuvés par un réviseur d'entreprises. Mais pour Anneliese Simoens, qui lui a succédé brièvement en 2010, il est impossible que le bourgmestre, qui a dirigé l'IVMH pendant trois ans et demi, n'ait pas été au courant des pratiques douteuses au sein de sa société. Anneliese Simoens a été mise à l'écart peu de temps après son intronisation. Elle est en conflit avec le bourgmestre, suite au licenciement d'un collaborateur, et l'affaire a fini par diviser en deux camps tout le CD&V local. Entre-temps, la liste d'attente pour des logements sociaux s'allonge à Vilvorde, alors que plus d'une centaine d'habitations sociales sont vides et que, chaque année, l'IVMH en vend entre dix et vingt pour arriver à financer la rénovation de ceux qui restent.
Si tous ces problèmes ont pu être mis en lumière à Vilvorde, c'est aussi parce que la RWO a décidé en 2011 de tourner un tour de vis et de contrôler plus sévèrement les sociétés de logement social. Au total, neuf sociétés sur cent sont dans son collimateur, notamment à Aarschot (jetons de présence plus que doublés en 2009, alors que la société était en déficit) et à Ninove (adjudications douteuses et durée de vacance moyenne de cinq ans entre deux locations).