L'intérim d'insertion est-il une voie d'accès à l'emploi pour les femmes en recherche d'insertion ? Vaste question débattue ce 15 juin lors d'une réunion de travail organisée par le projet Jump "employeurs" 1 qui favorise l'insertion professionnelle de femmes peu scolarisées qui ont mené à bien un parcours de formation d'adulte. Etaient présents : employeurs, organismes d'insertion, organisations intermédiaires, syndicalistes et responsables politiques.

Point de départ de la réunion : le plan de printemps adopté par le gouvernement en mars dernier, qui vise notamment à diminuer le nombre de minimexés. Parmi les moyens proposés : l'interim d'insertion (v. ci-dessus détails sur le projet de loi déposé au Parlement).

L'intérim - on le sait, il suffit de voir l'argent englouti dans les campagnes de pub -, est demandeur de main-d'oeuvre, y compris pour des postes d'exécution. Alors, s'agit-il du filon tout trouvé pour les peu qualifiés ? Pas si sûr, lorsqu'on entend employeurs et syndicats, qui chacun, pour des raisons opposées, contestent le projet.

M. Muyldermans, présent à la réunion et représentant l'Upedi 2 qui regroupe les agences privées d'intérim, a souligné que sa fédération aurait souhaité pouvoir tester la formule du contrat à durée indéterminée avec un public cible moins "à risque", c'est-à-dire plus qualifié. Il a par ailleurs fait remarquer que le subside de 20.000 frs (activation) envisagé sur le salaire de l'employé représentait beaucoup moins que le subside accordé aux entreprises d'insertion, surtout la première année, alors que le public cible est identique... Néanmoins, M. Muyldermans affirme que la plupart des membres de l'Upedi ont bien accueilli le projet. Il s'interroge toutefois sur les chiffres avancés en matière d'emploi. "On parle de 15.000 intérims d'insertion en vitesse de croisière mais je pense qu'il va falloir un certain temps avant qu'on arrive à ce chiffre". Et de conclure sur quelques propositions : "La mobilité et la garde des enfants sont les deux problèmes majeurs rencontrés par le public-cible, pourquoi dès lors ne pourrait-on pas collaborer avec des sociétés comme De Lijn, par exemple, pour un transport semi-public vers les entreprises et organiser des garderies ?"

Côté syndical, on récrimine aussi. Jacques Michiels de la FGTB 3 craint que, sous couvert de social, l'intérim constitue un nouveau pan de recrutement de manière "subsidiée" et fidélise finalement plus les travailleurs très qualifiés via le CDI que les peu qualifiés. "Nous allons également aboutir à une situation paradoxale, c'est que les peu qualifiés vont pouvoir travailler sous contrat CDI via l'intérim alors que les plus qualifiés n'en bénéficieront pas." Autre sujet d'inquiétude : le manque de garantie du projet de loi quant à la possibilité de refuser une mission confiée par l'agence d'intérim."

Quant aux CPAS, qui seront notamment chargés d'établir le "screening" des futurs candidats, il n'en a pas été question, sinon via l'Upedi qui souhaite renforcer sa collaboration avec eux.

Différents responsables d'expériences en cours d'intérim d'insertion sont venus témoigner. Pour la partie wallonne; la collaboration entre le T-Intérim et la Mission régionale de Charleroi (Mirec) et les Passerelles Intérim du Forem. Côté flamand : Plus Uitzendkrachten et bien d'autres comme Vitamine W, Instant A, Vlaamse interim brugproject, etc. Des projets qui ont chacun leur particularité mais semblent, dans l'attente d'évaluations sérieuses, jusqu'à présent donner de bons résultats en matière d'insertion.

Parmi les informations recueillies lors de la réunion, on a entre autres appris que la condition de 6 mois d'attente pour les minimexés serait sans doute ramenée à quelques jours, que le volet formation entre deux missions serait "assuré" (?) par "TOK-EFD" (ASBL fédérale par laquelle transitent les cofinancements Objectif 3 des CPAS) et qu'un partenariat allait être établi avec Fabrimétal en matière d'insertion (activation du minimex)...

En final, s'il n'a pas été vraiment répondu à la question initiale, chaque participant a pu néanmoins partir mieux informé des avantages et limites de la nouvelle formule. Reste maintenant à faire le tri et à dégager les recommandations susceptibles d'optimiser les effets du projet pour les femmes en recherche d'insertion.

Jump employeurs, Eliane Blomme (Bruxelles - 02 250 35 60), Marie-Rose Clinet (Wallonie - 04 253 24 15), Karima Amezian (Flandre - 016 20 70 24) ou Valérie Verzele (02 233 40 31) au Ministère de l'Emploi.

2 Upedi, av. de l'Héliport 21 bte 3 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 203 38 03, fax : 02 2203 42 68, e-mail : info@upedi.be

3 Centrale egénérale de la FGTB, rue Haute 26-28 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 549 05 35, fax : 02 514 16 91, GSM : 075 56 86 43.

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