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Inclusion mode d'emploi

Alter Échos n° 381 14 mai 2014 Julien Winkel

Être handicapé et travailler en milieu « ordinaire » à Bruxelles, c’est possible. Des aides et des services existent. Même si certains fantasmes ont la vie dure.

Les personnes handicapées constituent-elles un gisement de talents non exploités par les employeurs bruxellois ? S’il est difficile d’obtenir des chiffres pour venir étayer l’une ou l’autre réponse à cette question, tous les intervenants du secteur en conviennent : l’emploi de personnes handicapées en milieu de travail « ordinaire » reste un sujet compliqué. Thierry Conrads est administrateur fondateur de l’asbl Wheel it. L’homme qui se définit lui-même comme un « chaisard actif ». La structure qu’il a crée joue notamment le rôle de plate-forme permettant, grâce à son site internet, la rencontre entre le curriculum vitae de personnes handicapées et des offres d’emploi en provenance d’entreprises. Pour notre homme, le constat est clair. « L’imagerie des handicapés véhiculée au sein de notre société est en général assez misérabiliste. En gros, c’est celle du pauvre type spectateur de sa vie et que l’on doit aider. » Les conséquences de ce véritable « habitus » seraient nombreuses.

Thierry Conrads pointe une série de fantasmes et de craintes qui travailleraient certains employeurs au corps. « Nous vivons dans une société où les handicapés sont peu visibles, et où l’on a peur de ce que l’on ne voit pas. Les employeurs sont peu informés, et la seule image que certains d’entre eux ont, c’est une image dramatique. Ils pensent qu’en engageant un handicapé, ils vont engager le handicap, et pas les compétences de la personne. Ce qui peut amener certains à évacuer, consciemment ou inconsciemment, ce “groupe” de travailleurs handicapés lors de leur recrutement. » Un constat que l’on retrouve également du côté de Beci (Brussels entreprises, commerce and industry), où Jan De Brabanter, son administrateur délégué, note que beaucoup de responsables de ressources humaines craignent des complications : jours de maladie ou d’absence supposés plus nombreux,  complexité administrative préjugée.

Handicap et compétences

Pour faire face à cette situation, Wheel it organise une formation à l’intention des employeurs. But de l’opération : les entendre et les rassurer.
« Nous sommes là presque plus pour “défendre” l’entreprise face au handicap que l’inverse, continue Thierry Conrads. Il s’agit de dire que compétences et handicap ne sont pas incompatibles. Les employeurs ont besoin de compétences, pas de handicap. Une personne handicapée ne se définit d’ailleurs pas par celui-ci. Et une fois qu’un éventuel aménagement a été fait pour la recevoir, c’est une employée comme une autre. »

Du côté de Beci, on fait remarquer qu’un Livre blanc de la diversité – élaboré en collaboration avec les entreprises – est en préparation. Ce texte prendra notamment en compte la question du handicap. Ce qui n’allait pas de soi au début. « Il existe une tendance à considérer que la diversité concerne les personnes d’origine étrangère et, dans un second temps, la parité homme/femme. Or, il s’agit aussi des personnes handicapées », note Jan De Brabanter. D’après l’administrateur délégué, le Livre blanc devrait permettre à Beci de s’adresser aux politiques pour leur demander de mettre en place des services destinés à informer les entreprises en ce qui concerne la question du handicap.

Pool H

Détail cocasse : un service de ce type existe déjà à Bruxelles. Mais, admettons-le, il est plutôt jeune. Il a été lancé officiellement le 12 mars 2014 par Céline Fremault (cdH), ministre bruxelloise de l’Emploi, et Évelyne Huytebroeck (Écolo), ministre Cocof de l’Aide à la personne handicapée. Son nom : Pool H. Institué au sein de la cellule diversité d’Actiris, Pool H est pour l’heure un projet pilote d’un an. « Son objectif est de servir d’interface au service des entreprises, principalement celles qui n’ont jamais travaillé avec une personne handicapée, explique Michaël Lans, consultant diversité au Pool H. L’idée est d’avoir un point de contact unique pour toutes leurs questions relatives à l’emploi et au handicap. »

Notons que le Pool H va plus loin, car il propose également des rencontres en face-à-face avec les employeurs pour répondre à leurs questions. Des employeurs qui sont aussi contactés de manière proactive histoire de faire connaître Pool H : une brochure intitulée « Handi-cap-emploi » a été envoyée à 3 500 d’entre eux. Une fois le contact établi, Pool H peut orienter les entreprises vers une série de partenaires sensibilisés à la question. Parmi eux, des missions locales, la Ligue Braille, l’enseignement spécialisé, des services œuvrant à l’aménagement de postes de travail… ou encore Phare (Personne handicapée, autonomie recherchée). Ce service de la Cocof propose notamment une série d’aides à l’emploi aux personnes handicapées domiciliées en Région de Bruxelles-Capitale (voir encadré). « L’idée est de faire tomber au maximum les barrières à l’engagement que les employeurs pourraient voir », explique Étienne Lombart, agent Cocof chez Phare. Notons que ces aides, existantes depuis un certain temps, sont reprises dans la mouture du nouveau décret inclusion de la Cocof. Sans changements. « Ces aides à l’emploi sont adéquates », explique Véronique Gailly, directrice de Phare. Reste à les faire connaître, ce à quoi le service semble s’employer actuellement…

Des aides à l’emploi

Le service Phare propose plusieurs aides à l’emploi aux personnes handicapées :

1°) Le stage découverte : d’une durée de maximum dix jours, il n’est pas rémunéré. Il permet à une personne handicapée de s’initier à un métier et de «vérifier l’adéquation de son projet professionnel en rapport à ses capacités d’intégration professionnelle et sociale».

2°) Le contrat d’adaptation professionnelle vise à promouvoir la mise au travail de personnes handicapées en aménageant une période d’adaptation mutuelle entre l’employeur et le travailleur. Ce contrat est conclu pour un maximum d’un an. Il peut être reconduit pour une deuxième année, voire une troisième, exceptionnellement. La personne handicapée conserve son statut principal vis-à-vis de l’Onem, de l’Inami ou du SPF sécurité sociale, ainsi que ses allocations. Le bénéficiaire reçoit également une indemnité de formation de 0,99 euro par heure prestée durant la première année de formation. Cette indemnité s’élève à 1,49 euro à partir de la deuxième année.

3°) L’adaptation du poste de travail : intervention financière accordée à l’employeur pour couvrir les frais qu’il engage pour adapter le poste de travail – ou l’environnement du travailleur – d’un travailleur en situation de handicap.

D’autres aides sont prévues. Elles sont toutes consultables sur le site : www.phare.irisnet.be à la section « Emploi ».

Actiris

En plus du Pool H, Actiris dispose également d’une consultation sociale qui s’adresse aux personnes ayant des problèmes à trouver un emploi ou à en garder un à la suite d’un handicap ou des problèmes de santé. Les entreprises bruxelloises peuvent également introduire un plan de diversité auprès d’Actiris. L’Office peut alors leur octroyer un incitant de 10 000 euros au maximum pour une période de maximum 24 mois.

Des quotas dans la fonction publique

L’arrêté de la Commission communautaire francophone du 21 février 2013 – modifiant l’arrêté du 13 avril 1995 concernant le statut des fonctionnaires des services du Collège de la Cocof – stipule que les services du Collège de la Cocof sont tenus d’occuper un nombre de personnes handicapées fixé à 5 % des emplois prévus au cadre organique.

 

 

Aller plus loin

Alter Échos du 12.06.2009 : « Un site qui roule pour les personnes handicapées ».

En savoir plus

Wheel it – tél.: 02 529.58.16 – site : www.wheelit.be

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A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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