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Il n'y a pas que les nuits qui sont froides

Alter Échos n° 349 19 novembre 2012 Sandrine Warsztacki

Jusqu’au 31 mars, les dispositifs hivernaux sont renforcés pour accueillir les sans-abri. L’objectif principal est d’éviter coûte que coûte qu’une personne ne passe lanuit dehors. Mais l’afflux du public vers les services de jour n’est pas sans poser question.

Comment se réchauffer l’hiver, quand les abris de nuits ont fermé leurs portes et que les services de jour n’ont pas encore ouvert les leurs ? Et vice-versa.Où passer le début de soirée, quand les services de jour ferment et que les abris de nuit ne sont pas encore ouverts ? Où s’abriter quand le hall de la gare estbalayé par des courants d’air glacés ? Où trouver une consigne pour poser son sac ? En hiver, les journées à la rue peuvent paraître trèslongues. « Les difficultés de ceux qui occupent l’espace public la journée, et sensiblement l’hiver (mais pas uniquement), pour trouver un endroit où se (re)poser sontau moins aussi importantes que celles qui consistent à trouver un abri pour la nuit », dénonce le Centre d’appui au secteur sans-abri bruxellois (Strada1) dans lerapport d’évaluation du dernier Plan hiver.

Hormis quelques initiatives locales ou communales, l’ouverture de l’un ou l’autre chauffoir par un CPAS, à Bruxelles, rien n’a été mis en place de façonspécifique et concertée pour renforcer le dispositif hivernal de jour. « Durant cette période, le public qui fréquente les services de jour explose. Maisceux-ci ne reçoivent aucun moyen supplémentaire pour gérer cette fréquentation. Les bâtiments sont trop petits, les travailleurs manquent. Les sans-abri sont plustendus, des bagarres éclatent », commente Romain Liagre, qui rappelle qu’Andréa Réa pointait déjà le problème dans son rapport sur le secteur en2001 ! Une décennie plus tard, la situation ne semble donc pas avoir beaucoup évolué : « On voit trop régulièrement des services d’accueil dejour fermer, de manière temporaire, pour des raisons diverses (vol, violence, problème de gestion du nombre d’usagers), afin de se poser, de réfléchir à leursconditions de travail et à leur éthique. Certains services réduisent parfois leur offre, confrontés à une surpopulation difficilement gérable. Cet hiver, leresponsable de La Fontaine expliquait qu’ouvrant son service à 10 h, à 10 h 15 certains jours il était déjà complet et dansl’incapacité d’accueillir plus de personnes ! »

Comme disait Coluche

Une tasse de café fumant, quelques journaux, un jeu de cartes… Beaucoup de sans-abri trouvent dans les restaurants sociaux un refuge bienvenu contre les rigueurs hivernales. A titred’exemple, la fréquentation des Restos du cœur grimpe en moyenne de 20 % durant la saison froide, signale-t-on à la fédération des Restos ducœur2. Mais davantage que le nombre de clients, c’est le temps que ceux-ci passent sur place qui augmente de façon considérable. En hiver, de nombreux Restos ducœur ou restaurants sociaux élargissent leurs horaires pour proposer des petits-déjeuners. A côté des bénévoles réguliers, on fait appel auxbonnes volontés ponctuelles pour servir les croissants offerts par les boulangers du cru. « Les gens passent souvent la journée sur place. Ils viennent le matin, quand lesabris de nuit ferment et restent jusqu’au soir. Ils boivent du café, jouent aux cartes. Les journaux aussi ont un énorme succès. On voit aussi beaucoup de personnesâgées. Elles viennent parce qu’elles se sentent seules, parce qu’elles ne savent plus chauffer leur maison avec leur petite pension. Elles arrivent vers 11 h et restent toute lajournée pour faire des économies sur la facture d’énergie », observe Yvonne L’Hoest, présidente de la fédération des Restos du cœur.« A partir de 18h, quand les abris de nuit ouvrent, c’est le rush sur le téléphone pour trouver une place. J’ai toujours l’angoisse de devoir fermer sans avoir trouvéune solution pour tout le monde. En hiver, les tensions sont exacerbées, on essaie d’intervenir dès que le ton monte un peu. Il faut comprendre les gens, en hiver, la question dulogement devient vitale », souffle Isabelle Bariseau, coordinatrice de Resto du cœur de Saint-Gilles.

Plan grand froid 24 h/24

En Wallonie, l’objectif du Plan grand froid, financé à hauteur de 405 000 euros, par Eliane Tillieux (PS), ministre de l’Action sociale, est de renforcer le dispositif d’accueil pourassurer une prise en charge des personnes sans-abri 24 h/24 et 7 jours sur 7. Si l’accent est mis sur l’hébergement de nuit, contrairement à Bruxelles, des moyens sont aussidisponibles pour renforcer l’accueil en journée. Au Relais social de Liège3, explique son président Yvon Henri, les horaires des opérateurs ontété adaptés pour mieux couvrir les périodes sensibles du début et de la fin de journée et un mi-temps supplémentaire a été engagéen renfort. « Mais les choses se compliquent le week-end, quand les services sociaux et les associations sont fermés », note Yvon Henri.

A Charleroi, un accueil de soirée a été mis en place depuis la première édition du Plan grand froid, il y a cinq ans. « Il ouvre en débutd’après-midi et ferme à 20 h 30. En plus de l’éducateur de rue, qui coordonne le projet, l’équipe est composée de travailleurs qui ont connu dessituations précaires par le passé. Il y a une certaine proximité qui s’est créée ainsi entre l’équipe et les personnes accueillies », sefélicite Jeremy Wilmot, coordinateur adjoint au relais social de Charleroi4.

Mais renforcer le dispositif de jour n’est pas toujours possible. A Tournai, où la problématique du sans-abrisme est toutefois moins prégnante, le subside hivernal estentièrement investit dans l’hébergement de nuit. « Les gens qui dorment à la caserne se retrouvent un peu perdus le jour. Ils zonent dans Tournai, en attendant que lerestaurant social ouvre à midi. Ils traînent dans les services sociaux, dans les salles d’attente des CPAS », regrette Corinne Villée, coordinatrice du relais social deTournai5.

Sortir du calendrier

On le voit, si le renforcement des dispositifs hivernaux met l’accent sur l’hébergement de nuit, à Bruxelles surtout, le renforcement des services de jour pendant cette périodedélicate ne serait pas un luxe. Faut-il imaginer des Plans hiver de jour à l’instar de ce qui se fait la nuit ? Pour Romain Liagre, de la Strada, la question est plus large.« Faut-il un dispositif hiver standard de novembre à mars, chaque hiver, mobilisant toutes les énergies à cette période ? Cela n’a pas de sens delancer le dispositif hivernal alors qu’il fa
it 10 degrés et de le fermer alors que les températures sont encore sous les 0°C, parce que c’est la date prévue. Ce qu’ilfaudrait, c’est un dispositif intégré, modulable tout au long de l’année en fonction des aléas climatiques, mais aussi de la vulnérabilité du public. Onpourrait fonctionner avec un système d’alerte activé par palier, en fonction des risques pour la vie des personnes en rue », conclut-il.

Plan hiver 2.0

A Bruxelles, où le Plan hiver est coordonné par le Samu social, le manque de communication entre les acteurs du secteur sans-abri et le Samu a longtemps été pointédu doigt. Pour y remédier, la Strada a mis en place l’hiver passé une plate-forme informative pour permettre à ces acteurs de mieux communiquer. Les résultats sontencourageants.

Cet hiver, la Strada voudrait rendre le dispositif plus interactif, en permettant aux travailleurs sociaux et aux personnes à la rue de recevoir les informations directement sur leur GSM.Qu’il s’agisse d’informations sur le Plan hiver (horaires d’ouverture des abris de nuit, nombre de places restantes) mais aussi plus générales (séance de dépistagegratuite de la tuberculose, par exemple). « On est bien conscient que tous les sans-abri n’ont pas de GSM. L’idée serait d’identifier une vingtaine de personnes qui peuvent fairesuivre l’information dans leur réseau en veillant à avoir des représentants de public différent : sans-abri, squatteur, demandeurs d’asile… »,explique Romain Liagre.
www.lstb.be

Image : asbl Comme chez nous

+ d’infos :
Alter Echos n° 335 du 01.04.2012 : « Fin des dispositifshivernaux : bilan positif d’une crise anticipée »

1. Strada :
– adresse : avenue Louise, 183 à 1050 Bruxelles
tél. : 02 880.86.89
– courriel : rliagre@lastrada.irisnet.be
– site : www.lstb.be
2. Fédération des Restos du cœur :
– adresse : rue du Tronquoy, 5 à 5380 Fernelmont
– tél. : 081 22 88 26
– courriel : federationrestosducoeur.be
– site : www.restosducoeur.be
3. Relais social de Liège :
– adresse : rue des Guillemins, 52 à 4000 Liège
– tél. : 04 230 53 70
– courriel : info@rspl.be
– site : www.rspl.be
4. Relais social de Charleroi :
– adresse : boulevard Jacques Bertrand, 10 à 6000 Charleroi
– tél. : 071 506 731
– courriel : relais.social.charleroi@skynet.be
– site : www.relaissocialcharleroi.be
5. Relais social de Tournai :
– adresse : rue des Sœurs de Charité, 11 à 7500 Tournai
– tél. : 069 777 842
– courriel : rsut@skynet.be

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A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

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