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Emploi/formation

Holacratie, la marque de l’émancipation

Alter Échos n° 410 30 septembre 2015 Cédric Vallet

L’holacratie est un mode d’organisation du travail qui veut en finir avec la hiérarchie. Si l’holacratie suscite beaucoup d’intérêt, peu d’entreprises ont franchi le cap du changement. Ce qui n’empêche pas Holacracy One de vendre ses licences à prix d’or.

L’holacratie est à la mode. On trouve plus d’articles consacrés aux entreprises qui choisissent ce modèle de gouvernance que d’entreprises qui l’adoptent réellement. Précisons que l’holacratie est une idée neuve. C’est en 2001 qu’elle a été inventée dans une entreprise américaine de logiciels, par un certain Brian Robertson.

Son principe est simple et complexe à la fois.

Simple car l’objectif affiché est de «créer un management sans subordination», pour citer Bernard-Marie Chiquet, fondateur de IGI Partners, organisme français de consultance en holacratie. Pour ce faire, les patrons «cèdent leur autorité aux règles», ajoute-t-il. Des règles qui sont inscrites dans une constitution de 30 pages.

Et c’est là que tout se complique, du moins pour le novice. Dans le modèle holacratique, le pouvoir est réparti en divers cercles autonomes, au sein desquels on trouve autant de «rôles» nécessaires au bon fonctionnement de l’activité de la structure. Une personne peut occuper plusieurs rôles, «en fonction de ses talents». Au sein de chaque cercle on trouve un «premier lien», qui «s’assure de la meilleure affectation des rôles et des personnes» et représente son cercle dans des réunions.

C’est lors de différentes réunions – de stratégie, de gouvernance, opérationnelles – que le travail est organisé, et les objectifs fixés. Pour que ce modèle fonctionne, il suppose que l’entreprise redéfinisse précisément sa «raison d’être», afin de mobiliser les équipes autour de ce but clairement affiché.

L’holacratie, une marque sous licence

Les entreprises qui s’intéressent à de nouveaux modes de gouvernance sont nombreuses. Certaines grandes entreprises multinationales se penchent sérieusement sur la question. Danone par exemple. Mais l’entreprise préfère pour l’instant ne pas communiquer sur ce thème. Kingfisher, propriétaire de Castorama, a pratiqué partiellement l’holacratie. Mais les entreprises qui appliquent à la lettre la «constitution» de Brian Robertson, sont rares. Quelques exemples sont régulièrement cités. Zappos, entreprise de vente en ligne aux États-Unis ou Scarabée Biocoop à Rennes, une chaîne de produits bio.

La nouveauté de l’holacratie explique très certainement l’engouement encore limité qu’elle suscite. La durée d’un accompagnement – de six mois à un an – peut être un frein, ainsi que la crainte des patrons et managers de perdre leur pouvoir.

La rigidité, voire la complexité du système, est parfois pointée du doigt. Stéphanie De Raikem, accompagnatrice en gouvernance collaborative chez Conscious Partners, qui elle-même est séduite par les principes de fond de l’holacratie, estime que le système devrait être plus intuitif.

« L’holacratie est un système de gouvernance qui coûte la peau des fesses »

C’est aux États-Unis, à Spring City, que l’entreprise Holacracy One a son siège. C’est là que le «système» est centralisé. Car l’holacratie est désormais une marque sous licence. Faire du «coaching» estampillé Holacratie n’est pas à la portée de tous. «C’est un outil de gouvernance qui coûte la peau des fesses», résume Stéphanie De Raikem. Prenons l’exemple de coaches individuels occasionnels. Ils devront débourser 12,5% de leurs recettes à Holocracy One. De quoi décourager pas mal de futurs formateurs qui devront en plus s’acquitter de frais de formation importants. Quant aux individus, mais surtout aux organisations, qui veulent «faire partie du groupe», et utiliser la licence, ils devront par exemple débourser 10.000 dollars comme une avance sur les 12,5% de leurs recettes qu’il faudra débourser (d’autres tarifs sont en vigueur).

En Belgique, on ne connaît pas d’exemple d’entreprise ayant passé le cap de l’holacratie. On sait seulement que certaines structures (comme Mediamarkt Liège) ont été accompagnées pour adopter des modèles assez similaires. Ça a le goût de l’holacratie, la couleur de l’holacratie. Mais est-ce que ça en a le prix?

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A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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