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Justice
© Fabienne Denoncin

Fabienne Denoncin : «Valérie est ma première vraie photographie»

Alter Échos n° 377 10 mars 2014 Jacques Remacle

Fabienne Denoncin est juge de paix à Châtelet. Depuis quatre ans, elle s’est découvert une passion pour la photographie documentaire. Elle expose du 12 au 31 mars à Charleroi dans le cadre du festival du film au féminin.

« Je ne suis pas belle, je suis sale, parce qu’on est laide et sale quand on vit dans la rue. »

C’est la première phrase que Valérie a adressée à Fabienne. « Quand j’ai rencontré Valérie, je n’avais pas encore commencé la photo. J’avais fait une première petite formation avec Véronique Vercheval et je devais faire mon premier devoir. Je suis allée à Charleroi en décembre 2009. Comme elle refusait, j’ai insisté un peu et je lui ai promis de ne la garder que si elle le voulait. Finalement, c’est ce contact qui m’a donné envie de continuer. Valérie est ma première vraie photographie », confie Fabienne.

Restait à retrouver la figurante. « J’ai gardé la photo en poche pendant plus de huit mois pour le jour où je la recroiserais. Quand je l’ai revue, elle avait oublié l’histoire, mais était contente de voir la photo. Maintenant, cela fait trois ans qu’on se voit. Elle n’a plus de repères, pas de calendrier, pas de lieu fixe. Pour ma part, j’ai construit des repères avec elle. Le lien est basé sur une envie sincère. Je la retrouve désormais plus facilement. Une confiance s’est installée. »

Quand Fabienne lui parle de publier un livre, les yeux de Valérie s’allument. « J’ai présenté ce travail pour la fin de mes études de photographie aux Arts & Métiers. Le livre, elle est la première à l’avoir reçu », nous confie la photographe qui a choisi le noir et blanc. « Valérie m’a demandé si c’était parce que sa vie est triste. En fait, je le préfère car c’est plus beau. Cela manifeste une certaine pudeur. »

Rendre visible

Au moment de titrer l’ouvrage, inVISIBLE s’est imposé. « Parce que l’invisibilité des personnes pauvres me frappe. Cette situation induit solitude, perte d’estime de soi à nos yeux et surtout à leurs yeux. C’est quoi, voir ? La pauvreté peut aussi se cacher derrière les murs. J’ai demandé à Valérie de signer un document acceptant la prise de photos et la publication. Quatre lignes qui officialisaient notre contrat moral. C’est là qu’elle m’a dit ne plus se souvenir quand elle avait signé un document. C’était donc là l’objectif : rendre visible. »

Le livre souligne des conversations passionnées. « Les besoins immédiats sont toujours très présents. Mais elle réfléchit beaucoup et tout sort en condensé. Ses grands sujets ? L’amour et la mort. La relation aux autres en général. Elle a un grand sens des valeurs et s’exprime très bien. Elle se livre beaucoup. Mais elle a trois filles dont elle ne parle jamais », observe la photographe.

Des nouvelles de Valérie ? « Par mes fonctions, c’eût été facile d’en avoir, mais je m’y refusais. Valérie m’a contactée pour m’en donner. Elles vont bien. J’ai pu le lui dire. Cela a clos le sujet », glisse Fabienne, émue.

En savoir plus

Expo à la Maison de Presse de Charleroi du 12 au 31 mars : rue Tumélaire, 15 à 6000 Charleroi – tél. : 071 50 91 90 – courriel : maison.presse@skynet.be

inVISIBLE est disponible à la Librairie Molière, boulevard Tirou, 68 à 6000 Charleroi – tél. : 071 32 89 19

 

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