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Environnement
© Colin Delfosse

Égouts: voyage dans l’antre de Bruxelles

Alter Échos n° 405 18 juin 2015 Cédric Vallet

Vivaqua dresse un état des lieux du réseau d’égouts bruxellois. Reportage aux côtés d’une équipe d’égoutiers.

La taque est ouverte sur un monde souterrain. Un monde parallèle. Celui des égouts de Bruxelles. Comme chaque jour, Murat Ozbakar et ses collègues de Vivaqua pénètrent dans ces couloirs sombres dont les remugles ne laissent pas indifférent. «On ne s’habitue jamais à l’odeur», marmonne l’un des membres de l’équipe.

© Colin Delfosse
© Colin Delfosse

Et tout au fond, coule une rivière. Un cours d’eau grisâtre et agité, constitué de tout ce que rejettent les communes de Bruxelles, et qu’arpentent deux égoutiers, Karim et Ammar. «Même pour nous, c’est encore un voyage dans l’inconnu», affirme Karim, évoquant des tronçons en piteux état où l’effondrement menace, où les fuites sont nombreuses.

La lampe frontale bien accrochée, ils observent chaque tuyau, chaque fissure et les raccords. Ils notent tout méthodiquement. La position des conduits, la matière dont ils sont faits. Chaque syllabe prononcée se démultiplie en un écho inquiétant.

Dans ce tronçon de la rue Courtois, à Molenbeek, les raccords sont en grès. Un matériau qu’on n’utilise plus pour la tuyauterie. Ils témoignent donc de l’âge ancien de cette partie des égouts de la ville, comme le confirment les briques rouges, utilisées avant les années 60, qui forment le conduit principal.

Karim et Ammar scrutent l’état des joints, des raccordements et avancent lentement dans ce grand couloir à la forme ovoïde, qui semble les avaler. «Il n’y a pas de rats aujourd’hui, observe Karim. Il y a des rats, mais ils ont peur. Parfois ils sont très nombreux, près des restaurants. Certaines rates attaquent car elles protègent leurs bébés.»

Les égoutiers font parfois des rencontres atypiques. Ils tombent nez à nez sur des crabes, des poissons. «Notre peur c’est de croiser des serpents domestiques que les propriétaires auraient jetés dans les toilettes. On sait que ça existe.» Dans les égouts, on trouve de tout. Ou presque. Des lingettes à foison et des seringues. «Nos bottes ont des semelles en métal pour nous protéger», ajoute Ammar.

(c) Colin Delfosse
(c) Colin Delfosse

 

Un métier pas sans danger

Ammar et Karim participent à l’élaboration de l’état des lieux du réseau d’égouttage de la Région de Bruxelles-Capitale. Un travail essentiel, comme le rappelle le chef d’équipe, Murat Ozbakar: «Le week-end dernier, l’avenue Rogier s’est effondrée sur un diamètre de 4 à 5 mètres à la suite d’un effondrement des égouts. L’asphalte, les pavés, tout est tombé.»

Alors ils glissent dans les canalisations, toujours un peu courbés. Ce tronçon molenbeekois est haut de 1,65 mètre. Il leur arrive de parcourir des canalisations de 1,20 mètre de hauteur. Un métier qui use le dos et les vertèbres.

Un métier qui n’est pas sans danger. «Quand on reste longtemps, on peut avoir la tête qui tourne», explique Ammar. Alors l’équipe ne transige pas sur la sécurité. Tous enfilent leur combinaison de «tortue ninja», comme l’appelle Karim. Et tous sont munis d’un «masque de fuite», pour s’oxygéner en cas de perte de connaissance. Un détecteur vérifie en permanence la présence de gaz explosif, d’hydrogène sulfuré, le niveau d’oxygène et de dioxyde de carbone.

Karim évoque les jours où des «vagues» imprévues déferlent dans les canalisations. «Il suffit que nous inspections en aval et qu’en amont il y ait une énorme drache, ça peut faire de grosses vagues.»

Malgré ces dangers, les accidents sont rares. «Nous n’avons dû utiliser qu’une seule fois le masque de fuite en sept ans», assure le chef d’équipe.

En remontant à l’air libre, Karim rappelle l’importance de ce à quoi nous venons d’assister: «Nous rendons un service aux citoyens. Si on ne le fait pas, qui va le faire? Et s’il n’y a plus d’égoutiers, qu’est-ce que la ville va devenir?»

Aller plus loin

Lire aussi dans ce numéro : «Olivier Lagneau: ‘Le réseau d’égouts est en mauvais état’»

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A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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