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Santé

Didier Gosuin: une médecine par quartier pour les patients précarisés

Alter Échos n° 397 17 février 2015 Marinette Mormont

Didier Gosuin est chargé de la Politique de la Santé à la Cocom. Régionalisation, Plan de santé bruxellois sont au programme de la nouvelle législature.

Alter Échos: Vous êtes fédéraliste, mais vous êtes chargé de mettre en œuvre la sixième réforme de l’État. Celle-ci est-elle malgré tout une opportunité pour plus de cohérence dans le paysage bruxellois?

Didier Gosuin: Vous n’entendrez pas de moi dire que, après coup, la sixième réforme est une bonne invention. Mais, dans la vie, même les erreurs sont des opportunités. Quelle va être notre démarche? C’est le Plan de santé bruxellois. Pas pour faire un nouveau plan, mais pour essayer de mettre tout le monde autour de la table. Qu’est-ce que l’on constate actuellement? C’est à Bruxelles qu’on a le report de soins le plus important; c’est à Bruxelles que les patients fréquentent le moins un généraliste; c’est à Bruxelles où il y a le moins de médecins qui vont à domicile… Mais c’est à Bruxelles où on a la plus grande offre de soins. On est devant des situations pas faciles à assumer. Devant ces chiffres, ces diagnostics, on va réunir et voir ce que l’on peut faire. Et j’interpellerai les différents niveaux de pouvoir afin de voir si on veut la même chose, ou pas.

Didier Gosuin, à propos de la régionalisation: «Même les erreurs sont des opportunités.»

A.É.: Qu’est-ce qui est déjà à l’agenda de ce Plan de santé bruxellois?

D.G.: Dès 2015, on va commencer par le financement d’un réseau de soins (le Réseau de santé bruxellois permet un partage informatique des informations médicales des patients bruxellois entre les hôpitaux et les médecins extra-hospitaliers, NDLR). Aujourd’hui il n’existe qu’au niveau des hôpitaux bruxellois. Il faut connecter cette seconde ligne avec la première ligne, les médecins généralistes, et puis demain avec les autres formations paramédicales. On commence à mettre des moyens supplémentaires dès 2015. Il faudra ensuite sensibiliser tout le monde à entrer dans ce réseau.

Pour le reste, j’ai préparé la note structurante: quels constats, quels enjeux, les partenaires que je voudrais voir autour de la table, comment on va travailler, avec quels timings. Cette note est quasi finalisée et pourrait être déposée sous peu au gouvernement. À partir de là, on va entamer une concertation avec les différents partenaires institutionnels et se mettre d’accord sur les objectifs.

A.É.: Quel est votre calendrier concernant la construction du nouvel OIP «santé» bruxellois?

D.G.: Nous avons adopté l’ordonnance (le 24 octobre 2014, le Collège réuni a approuvé en première lecture l’avant-projet d’ordonnance portant création de l’Office bruxellois de la santé et de l’aide aux personnes, NDLR). Maintenant, c’est au Conseil d’État, puis ça sera voté au Parlement. Puis seulement après, on pourra la constituer. J’espère que l’on sera prêt fin 2015. Après cela, il faudra engager la structure, mettre en place les différents conseils…

A.É.: Faut-il développer une nouvelle offre pour le public des personnes en grande précarité ou faut-il travailler avec l’offre existante?

D.G.: Au niveau de la première ligne, on va devoir développer des approches davantage par quartier. On ne peut plus avoir de réponse homogène à Bruxelles. Avoir un médecin de famille, c’est un concept très européen. Les populations d’Afrique, par exemple, ont une conception de la première ligne qui relève davantage du dispensaire que du médecin de famille. On a aussi à Bruxelles un phénomène de nomadisme médical. Comme on est une région avec une forte densité d’hôpitaux, un certain nombre de personnes ont près de chez eux des urgences et sont tentées d’y aller. On va sans doute devoir mettre en place des structures qui ont une approche plus territorialisée.

Autre chose, il y a 18.061 bénéficiaires de l’aide médicale urgente (AMU) au niveau national. Bruxelles supporte 55% de cette aide. Qui paie ça? Les CPAS, donc les communes, donc le citoyen bruxellois. Moi, je vais interpeller le fédéral pour qu’il y ait une solidarité nationale (il est à noter que le fédéral, plus exactement le SPP Intégration sociale, rembourse déjà aux CPAS les frais de soins portant un code de nomenclature Inami. Par contre il est vrai que les frais de gestion et la charge de travail incombent aux CPAS, NDLR). La précarité, c’est beaucoup ces personnes-là. Alors, oui, on va devoir faire quelque chose. Mais nos moyens ne sont pas étendus à l’extrême.

Aller plus loin

Alter Échos n°397 du 17.02.2014: «Didier Gosuin: ‘Je ne suis pas un faiseur de miracle’»

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A propos de l'auteur

Marinette Mormont

Originaire d’Arlon, « le trou de la Belgique », Marinette pense un moment devenir guide de montagne ou Tintin reporter avant de s’orienter vers des études d’histoire. Qui l’aménent au final à faire du journalisme parce que, dixit, elle ne sait faire que ça… À ses yeux, le social est un savant mélange d’attention à l’autre et de justice avec un grand J. Et l’information ? C’est parler du manque de prise en compte de l’autre et du manque de justice. Contact : marinette [dot] mormont [at] alter [dot] be

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