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Edito
CC- Steffen Geyer

Edito : Filet de sécurité

Alter Échos n° 421 14 avril 2016 Sandrine Warsztacki

Maelbeek. Rideaux de bâches noires pudiquement tirés sur les quais. Le métro ralentit sans s’arrêter. Dans la rame, des visages fermés. Sentiment étrange de traverser une tombe. Silence. Trois stations plus loin, des passagers osent des chuchotis discrets. Une note de musique s’échappe d’un écouteur. Quinze jours après les attentats, la rumeur des conversations quotidiennes reprend tout doucement son train.

Pendant ces deux semaines, nous n’avons cessé de nous interroger. Essayer de comprendre pour tenir la peur à distance. Les médias ont tendu le micro aux experts, noirci des pages pour pointer les responsabilités. Et de désigner, tour à tour, les carences de la justice et des services de police, la lourdeur institutionnelle de l’État, la politique internationale…

Investir dans le social, c’est aussi investir dans notre sécurité.

La faute à qui? Pas au social, se fâche Didier Gosuin, ministre bruxellois de l’Emploi dans une interview sur Matin Première1. «On n’explique pas et on n’excuse pas la barbarie, la monstruosité qu’est l’islamo-fascisme par des causes sociales. (…) Vous ne trouverez pas d’explication au nazisme, vous ne trouverez pas d’explication au fascisme. Qu’il y ait des situations sociales difficiles, c’est vrai, mais ce n’est pas ça: ce serait une insulte pour les 99% de gens qui ont des difficultés dans nos quartiers.»

Lier sans réfléchir radicalisme et situation socio-économique est une équation tout aussi dangereuse que celle qui voudrait établir des relations simplistes entre délinquance et intégration. On ne fait pas sauter une bombe parce qu’on est discriminé sur le marché de l’emploi, et des jeunes bien intégrés ont tout aussi facilement basculé du côté de la folie terroriste. Il faut d’abord lutter contre les prêcheurs de haine. Mais la fragilité sociale dans laquelle sont plongés certains jeunes aujourd’hui les désigne comme des proies faciles pour les recruteurs sans scrupules. De la même façon que les sectes, avec leur idéologie prêt-à-penser rassurante, peuvent séduire des personnalités en quête d’un sens qu’ils n’ont pas pu cerner dans notre société de consommation. Ou que les hooligans peuvent trouver, au sein de leurs groupuscules violents, une famille, un statut, un lieu où construire leur identité.

 Le CPAS de Molenbeek compte 5.000 bénéficiaires du revenu d’intégration, dont 2.000 jeunes de moins de 25 ans. Aujourd’hui sous plan d’assainissement, la situation de la localité bruxelloise et de son CPAS n’a pas de quoi réjouir: non-remplacement des personnes qui partent à la pension, non-reconduction des contrats à durée déterminée, annulation de projets d’investissements, frein dans l’expansion de la politique d’insertion socioprofessionnelle via les articles 60… Le cas de Molenbeek n’est pas isolé. C’est l’objet du dossier de l’Alter Échos n°421 (avril 2016), de nombreuses communes bruxelloises et wallonnes sont désemparées face à l’augmentation des besoins. Investir dans le social, c’est aussi investir dans notre sécurité.

  1. Interview du 29 mars sur les ondes de La Première.

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  1. Interview du 29 mars sur les ondes de La Première.

A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

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