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Emploi/formation

Come together, right now

Alter Échos n° 346 28 septembre 2012 Julien Winkel

Le « premier salon bruxellois de l’économie sociale d’insertion », intitulé « Let’s meet & work », s’est déroulé le 25 septembre dernier. Son but : faire se rencontrer les secteurs de l’économie sociale d’insertion et de l’économie classique. Alter Echos y était et en a ramené certains morceaux choisis.

Entre deux gorgées de café et un petit biscuit, une jeune femme, la trentaine joliment affichée, semble évoquer avec passion une expérience professionnelle récente. Les mots qui s’échappent de sa bouche peinent cependant à se répandre dans le vaste espace des ateliers des tanneurs, vaincus par le brouhaha matinal d’une foule déjà bien compacte. Tout au plus parvient-on à distinguer un mot, un seul, mais cependant bien suffisant : « transversalité ». Dès lors, plus de doute, c’est bien un public « du social » qui se presse au centre de Bruxelles pour prendre part à ce qui est présenté comme le premier salon bruxellois de l’économie sociale d’insertion. La « transversalité », un concept qui peut faire peur, parfois, tant il fleure « bon » les longues journées de colloque débouchant sur une série de pistes de réflexion parfois sans issues…

« Let’s meet and work »

Or la Febisp et la Febio, les deux fédérations bruxelloises des entreprises et des asbl d’économie sociale d’insertion, organisatrices du salon, l’ont bien martelé : cette journée a pour objectif concret de permettre à deux secteurs qui se connaissent mal, ceux de l’économie sociale d’insertion et de l’économie « classique », de se rencontrer, de tisser des liens, et, pourquoi pas, des collaborations futures. Pas question donc de procrastiner, place au « réseautage ». Pour ce faire, le salon est parrainé par toute une série d’acteurs comme Daoust Intérim, Lunch Garden, Sodexo, Bruxelles-propreté et Carodec. « Il s’agit de montrer que l’économie classique, ce n’est pas le diable et que nous, nous ne sommes pas des babas cools aux cheveux longs », sourit à ce propos Alice Berger, attachée communication de la Febisp.

Plus prosaïquement, le secteur de l’économie sociale d’insertion est aussi en recherche de débouchés pour ses travailleurs une fois leur parcours terminé au sein des structures du secteur. Au fil des 39 stands représentant 50 organismes du milieu qui garnissent le salon, on ne s’en cache d’ailleurs pas. « Notre but principal pour cette journée est de rencontrer des employeurs puisque nous formons de la main d’œuvre qui leur est destinée. Or je dois bien dire qu’il est plus facile pour des travailleurs de rentrer chez nous que d’en sortir, par manque de places chez des employeurs, justement », explique Pierre Hertogs, coordinateur/directeur de l’Ilde Schaerbeek Action Emploi, active dans les métiers de rénovation et « ouvrier de voirie », qui confie également disposer de très peu de temps pour démarcher les entreprises.

Une ambiance très « savoir-faire »

Toujours à parcourir les stands, on se rend bien vite compte qu’il s’agit également pour le secteur de l’économie sociale d’insertion d’effectuer une sorte de démonstration de force. Tout est ici orienté « savoir-faire ». Une bonne partie de l’intendance du salon a d’ailleurs été prise en charge par des membres de la Febisp ou de la Febio, qu’il s’agisse du catering, des imprimés de promotion, du site Internet ou encore de l’installation du salon. Le but de l’opération est notamment d’inciter les entreprises « classiques » à faire appel aux services de l’économie sociale. Ce que certains n’excluent d’ailleurs pas. « Il est clair qu’une entreprise classique peut sous-traiter une partie de son activité à certaines structures d’économie sociale, déclare à ce sujet Michel Croisé, CEO de Sodexo. Mais il faut éviter qu’une ou plusieurs entreprises d’économie sociale ne fasse une concurrence déloyale au secteur classique. Ce qui importe, c’est de pouvoir trouver un équilibre. » Un équilibre que la Febisp a d’ailleurs tenté d’établir puisque pour elle, la collaboration entre les deux secteurs doit se faire dans une optique « win-win ». Aux motivations déjà exposées pour le secteur de l’économie sociale doit venir s’ajouter un gain pour les employeurs, notamment en termes de solutions à la pénurie de main d’œuvre dans certains secteurs.

Rencontrée au sortir d’une des quatre tables rondes mises sur pied sur des thèmes comme « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie sociale d’insertion sans oser le demander » ou « Que faire pour améliorer la transition à l’emploi des travailleurs des entreprises de l’économie sociale en fin de contrat ? » et au cours desquelles on parlera notamment, comme en écho aux propos de Michel Croisé, de concurrence déloyale, sujet de crispation récurrent entre les deux secteurs depuis longtemps, une représentante de Mestdagh fait d’ailleurs état des difficultés de recrutement rencontrées par le groupe. « Dans ce cadre, ce salon est une bonne occasion de nouer des contacts avec un secteur qui est encore un terrain inconnu pour nous », explique-t-elle avant d’estimer que les « les barrières entre les deux secteurs ne sont pas insurmontables même si pour certaines personnes de l’économie sociale à qui nous avons parlé, le terme « rentabilité » est encore parfois perçu comme un gros mot. »

Existerait-il tout de même encore un fossé « philosophique » entre les deux secteurs, malgré les efforts déployés par le salon ? Sans aller aussi loin, certaines réalités pratiques peuvent néanmoins jouer un rôle. « La plus grande partie de nos clients viennent du secteur social. Nous en avons assez peu en provenance du privé, qui n’a pas toujours connaissance des réalités du secteur et nous donne des délais parfois impossible à tenir avec notre public, explique-t-on en guise d’illustration du côté d’un opérateur actif dans l’infographie.

Et on se prend la main

Pour briser la glace, une séance de « speed dating » a d’ailleurs été organisée sur le temps de midi entre représentants des deux secteurs. Et ça commence plutôt dans la bonne humeur puisque tous les participants sont invités à se prendre par la main afin d’entamer une série de jeux qui suscitent une bonne dose de fous rires. Avant de se retrouver à plusieurs, « mind mapping » à la main, pour se présenter. A l’issue de l’exercice, une représentante du secteur des ALE titre-service déclare l’expérience « intéressante » même si les acteurs de l’économie classique présents ne lui offrent pas beaucoup de débouchés pour son public. Un bémol qu’elle veut également plus général. « Pour moi il n’y a pas encore assez de représentants de l’économie classique, peut-être n’y a-t-il pas eu assez de pub. Nous n’en avons pas vu beaucoup à notre stand, même si j’ai le contact facile et que je me suis dirigée vers eux dès que je voyais quelqu’un approcher avec un badge différent de celui des exposants, dit-elle en souriant avant de dresser un constat tout de même positif. C’est une bonne initiative, qui ira en s’améliorant s’il y a de prochaines éditions. »

Ça tombe bien : la Febisp nous confirme qu’il devrait y avoir une suite, sans s’avancer sur la forme qu’elle pourra prendre. « On peut imaginer des business lunch, ou même un nouveau salon, mais pas avant deux ans alors en ce qui concerne le salon, explique Alice Berger. Notre vrai travail va commencer après cette journée, notamment avec les nouveaux partenaires que nous espérons avoir convaincus. Nous allons aussi dégager des propositions de travail suite aux tables rondes. »

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A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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