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Cinq indicateurs complémentaires pour la Wallonie

Alter Échos n° 360 21 mai 2013 Arnaud Gregoire

C’était prévu par le plan Marshall 2.Vert, et nous vous l’annoncions dans notre fil d’infos mi-avril, la Wallonie se dote de cinq indicateurs complémentaires au PIB. Fort bien ! Mais quel sera leur effet ?

« La Wallonie met en place ses cinq indicateurs phares complémentaires au PIB », titre fièrement le communiqué de presse commun aux cabinets Demotte (PS) et Nollet (Ecolo). De fait, si l’on peut légitimement se demander quel impact réel auront ces indicateurs sur les décisions du gouvernement, et en particulier du prochain gouvernement, je crois que l’on peut saluer une démarche à la fois politique et scientifique longue de plusieurs années. Une démarche qui a fait le constat de l’insuffisance du PIB pour mesurer le bien-être de notre société et qui est passée à l’action en menant une étude approfondie auprès des citoyens pour connaître leurs aspirations. Ils ne sont pas nombreux, les Etats et les gouvernements, de par le monde, qui ont déjà été aussi loin dans la réflexion et dans la mise en œuvre d’outils de mesure complémentaires au PIB !

Voici donc notre petite région dotée de cinq indicateurs complémentaires au PIB (voir encadré). Ceux-ci ont été sélectionnés sur la base des travaux de l’IWEPS1, d’un panel d’experts et d’une enquête participative.

Les cinq indicateurs sélectionnés :

  1. L’indice de Situation sociale (ISS) : il mesure le capital social et humain de la société ainsi que les inégalités socioéconomiques ;
  2. L’indice de Bien-Etre (IBE) : indice mesuré par l’IWEPS sur base d’une méthodologie participative,
  3. L’empreinte écologique et la biocapacité : ces indices mesurent les limites de la planète par rapport à la consommation de ses ressources ;
  4. L’indice de situation environnementale (ISE) : cet indice mesure la qualité de l’environnement et tient compte aussi de l’impact sur la santé humaine ;
  5. Un indice sur le capital économique : cet indice, différent du PIB, reste à déterminer par l’IWEPS et sera validé par le CESW et le CWEDD.

Cette enquête – par souci de transparence, signalons ici que j’ai participé à la création de l’interface web de cet outil de sondage – a été menée à l’aide d’un site web intuitif qui proposait aux Wallons de sélectionner, parmi 18 dimensions de la vie, leurs dix dimensions prioritaires pour être heureux, puis de les coter sur une échelle de 1 à 3 http://www.indicateurswallonie.be.

La santé d’abord !

Il ressort de cette enquête sur le web que pour les Wallons, les principaux critères à mesurer sont : 1. la santé, 2. l’éducation et 3. l’emploi et le travail. Cette enquête a aussi été menée avec des personnes précarisées, avec le même protocole de questions, non plus par Internet mais par groupe de discussions. Ce volet a été conduit par Riccardo Cherenti, de la Fédération wallonne des CPAS. Pour ce public, les trois éléments prioritaires sont le logement, la santé et le niveau de vie.

Notons que, dans les deux cas, les dimensions d’engagement citoyen, d’égalité des chances ou de bien-être subjectif ne recueillent que très peu, voir pas, de suffrages. Et que dans les deux cas les dimensions de spiritualité, la philosophie et la religion sont carrément les moins choisies, voir pas du tout.

Les résultats de l’enquête n’ont toutefois pas de valeur scientifique. Ils donnent une indication, une tendance. Par contre, l’outil Internet développé pour ce coup de sonde contribue à la communication didactique et à la sensibilisation à portée pédagogique sur ce sujet complexe et a priori très théorique.

Comment seront utilisés les indicateurs dont la Wallonie s’est dotée ? Pour Paul-Marie Boulanger, directeur de l’Institut pour un développement durable (IDD)2 et maître d’œuvre des recherches WellBeBe basées sur des panels citoyens sur le bien-être, la réponse est claire : « Je ne crois pas que les indicateurs vont servir de guide pratique à des politiques ! Par contre, souligne le directeur de l’IDD, ces indicateurs complémentaires doivent servir à lancer le débat. Il nous faut effectivement redéfinir la notion de progrès et le faire tous ensemble. »

Du côté du cabinet du ministre-président Rudy Demotte, on souligne que les cinq indicateurs qui ont été sélectionnés seront mis à disposition des institutions publiques, que ce soit le gouvernement ou d’autres organismes comme le CESW par exemple, comme une boîte à outils pour éclairer l’impact de leurs décisions. « Il ne s’agit pas de données qui doivent servir à définir des objectifs », souligne Geoffrey Joris, conseiller au cabinet Demotte sur les questions de politique économique.

Geoffrey Joris souligne par ailleurs que ces cinq indicateurs représentent une simplification des outils statistiques mis à disposition des instances de décision. En effet, depuis les années septante, de nombreuses recherches ont été menées et de nombreux indices ont été mis au point. Entre les indicateurs de l’OCDE, du PNUD ou encore de certaines ONG, il est vrai que l’on ne sait plus à quel saint se vouer !

Le choix de cinq indices devrait donc simplifier la vie de tout qui doit appuyer son travail sur des données chiffrées représentatives de l’état de la société. Et qui pourrait aussi simplifier le travail de l’IWEPS, en le recentrant sur ces cinq indicateurs, explique le conseiller du cabinet Demotte.

PIB or not PIB ?

Relevons enfin que, derrière cette question des indicateurs complémentaires au PIB, un débat de fond pointe le bout du nez. Il s’agit d’un débat très sensible, que l’on a encore peu pris en compte, qui concerne le statut du PIB comme indicateur-roi. Le terme même de « complémentaires » (et non, « alternatifs », par exemple) assigné aux cinq indicateurs wallons dans la communication des cabinets Demotte et Nollet est symptomatique : on ne veut bien sûr pas remplacer le PIB !

A ce sujet, les opinions divergent, entre les tenants du PIB – plutôt du côté socialiste – et les défenseurs des indicateurs alternatifs (destinés donc à remplacer le PIB), que l’on retrouvera plutôt chez les Verts. Sachant toutefois que chez ces derniers, divers courants s’opposent aussi sur la question.

Le PIB reste l’indicateur utilisé dans le monde entier, et un changement dans ce domaine relève de la révolution lente, selon l’expression communiquée par Rudy Demotte et son équipe. Une révolution lente où la Wallonie se positionne comme pionnier.

La révolution sera donc (peut-être) lente, et la question de la position ultra-dominante du PIB reste aujourd’hui fondamentale puisqu’elle revient à remettre en cause la notion de croissance.

Laissons la conclusion à Paul-Marie Boulanger, pour qui un débat binaire entre croissance et décroissance est stérile. « Il est évident que des choses devront croître et d’autres pas », affirme-t-il. Et il prend comme critère la manière dont la population rencontre ses besoins fondamentaux, la plus ou moins grande liberté de les satisfaire, l’équité dans la satisfaction de ces besoins et le niveau de satisfaction lui-même.

Aller plus loin

Sur les indicateurs alternatifs, voir le webdocumentaire Le bonheur Brut

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