Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression
Hommage aux dessinateurs de Charlie par Domenico Rosa

C’est dur d’inventer un modèle démocratique

Alter Échos n° 395 21 janvier 2015 Aude Garelly

À sa modeste échelle, l’Agence Alter a été fortement ébranlée par les événements de la semaine dernière en France. Ébranlée parce que c’est une rédaction qui a été visée et que notre équipe est composée majoritairement de journalistes ayant comme projet de travailler pour un média indépendant, qui ne se fait pas dicter sa ligne Editoriale par la publicité ou par les politiques qui le subventionnent. Ébranlée parce que l’attentat contre Charlie Hebdo met à mal l’une des expressions occidentales de la liberté – celle de la presse – mais aussi un certain contrat social. Attaquer Charlie Hebdo, c’est attaquer une presse libre.

L’attachement montré hier, à travers le monde, à l’idéal de liberté, de solidarité, à la démocratie, pour la plupart des pays solidaires dans leur dénonciation des attentats, est l’occasion inédite de se poser la question de l’effectivité de ces valeurs dans nos mécanismes de gouvernance.

De l’indignation des derniers jours, nos sociétés, nos dirigeants vont devoir faire quelque chose. Et non pas juste un coup de boost bienvenu à leur popularité. Sans tomber dans la caricature, difficile de vouloir la liberté d’expression, l’égalité, la solidarité tout en prenant des décisions politiques et économiques qui détricotent sans cesse le contrat social.

On ne pourra plus s’offusquer que des journaux soient attaqués et, dans le même temps, baisser chaque année les aides à la presse indépendante. Il ne sera plus aussi facile de s’étonner que des individus pètent des câbles, au cœur de nos villes et soient happés par des extrémismes, si le seul horizon qui leur est proposé – et notamment par 20% des Français –, c’est l’humiliation, le mépris pour leurs traditions, leur manière de vivre et l’exclusion du marché de l’emploi.

Comme le dit très justement Mathieu Delori, pour Mediapart ce jeudi 8 janvier, «ces cérémonies nous enseignent quelles vies il convient de pleurer mais aussi et surtout quelles vies demeureront exclues de cette économie moderne et humaniste de la compassion»1. Notre propre modèle occidental libéral génère son lot de violences, moins explosives, moins visibles (quoique…), mais qui laissent des traces indélébiles chez des individus qui n’ont plus de repères, qui entraînent la peur des autres et qui rendent insoluble le travail des structures de terrain, services sociaux en première ligne.

Aujourd’hui, ce sont aussi nos modèles de société qui explosent en vol. En France, et en Belgique, nombre de dispositifs visent à faire de «l’intégration», via le mariage mixte, via l’école, via les accommodements raisonnables, via les organisations d’éducation permanente, via encore des chartes diversité dans les entreprises… Il faut les soutenir. Mais avant tout s’attacher à l’effectivité des droits fondamentaux et s’assurer de l’égalité des chances et de la réussite. Après les concepts d’assimilation, d’intégration, de mixité, nous devons inventer ce qui nous accompagnera comme modèle démocratique dans les années à venir.

 

1. Ces morts qui nous n’allons pas pleurer : http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

Pssssttt, cher.chère visiteur.euse du site d’Alter Échos !!!

Sache que ta présence sur notre site nous réjouit. Sache aussi que nous sommes heureux que vous soyez si nombreux.ses à nous suivre sur le web. Nous avons choisi de mettre en accès libre une grande partie de nos articles … pour le partage & pour répondre à notre mission d’éducation permanente. Mais produire une information de fond & de qualité implique un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous à nos revues !

A la Une