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Manifestation pour un accueil digne des réfugiés, Bruxelles, septembre 2015, CC / Miguel Discart

CBAR, disparition inquiétante d’une institution

Alter Échos n° 416 19 janvier 2016 Cédric Vallet

Le Comité belge d’aide aux réfugiés devrait disparaître cette année. Derrière des réaffectations de subventions européennes point le choix politique d’un gouvernement.

Ci-gît le CBAR. Le Comité belge d’aide aux réfugiés, véritable institution de l’accompagnement juridique des demandeurs d’asile, est en passe de disparaître.

À 48 ans, elle va faire les frais de réorientations budgétaires aux niveaux européen et belge. Cette structure de huit salariés n’en comptera, au mieux, plus que trois en 2016 et, au pire, fermera ses portes.

Des soutiens s’expriment ici ou là, même s’ils ne sont pas dupes de l’issue qui attend l’association. Myria, le centre fédéral Migration, a publié une déclaration où il «déplore cet événement particulièrement regrettable alors que l’Europe fait face à un large afflux de réfugiés». Au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la porte-parole, Vanessa Saenen, espère que le CBAR «survivra, même sous une forme moins importante. Le travail sur les procédures d’asile, les dossiers de regroupement familial, tout cela ne doit pas disparaître». Plus largement, le HCR s’inquiète de ces coupes de subventions qui ratissent large dans le domaine de l’aide aux réfugiés: «C’est une expertise accumulée sur plusieurs années qui se perd peu à peu. Il est important de garder cette voix des ONG pour conserver une bonne protection des demandeurs d’asile.»

Une aide individuelle précieuse

Depuis 1993, le CBAR est le partenaire opérationnel belge du HCR. À ce titre, l’association examine des dossiers d’asile et interpelle le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, qui reconnaît son expertise. Elle aide aussi nombre de demandeurs d’asile dans les méandres du regroupement familial. Le CBAR contribue aux rencontres des multiples acteurs de l’aide aux réfugiés et étrangers, via des réunions de contact.

« C’est une expertise accumulée sur plusieurs années qui se perd peu à peu », Vanessa Saenen, HCR

Si toutes ces activités sont aujourd’hui menacées, c’est tout simplement parce que les subsides vont disparaître. En cause, la réorientation du Fonds européen «asile migration et intégration», qui regroupe trois anciens fonds connus de l’associatif, dont le Fonds européen pour les réfugiés. Ce dernier finançait en Belgique plusieurs projets d’aide juridique, dont le CBAR.

Trois fonds en un… et les priorités sont multipliées. Des choix doivent être opérés. Si, dans un document adressé à la Belgique, la «qualité de la procédure d’asile» fait bien partie des priorités de la Commission européenne, cet enjeu ne se retrouve pas dans les appels à projets rédigés par le gouvernement belge. «Les États ont une grande liberté dans l’affectation de ces fonds», regrette Ruben Wissing, du CBAR. En effet, les projets financés se focalisent sur le retour ou l’intégration de personnes vulnérables, à l’instar des Mena. Exit l’aide juridique offerte par le CBAR.

Autre perte sèche pour le CBAR: l’arrêt soudain d’un financement de Fedasil. «Avec la crise de l’accueil, ce financement n’était plus une priorité», regrette Ruben Wissing. Mais ce qui froisse ce dernier, c’est le choix politique qui, sous couvert d’orientations européennes, est bel et bien le reflet des aspirations du gouvernement fédéral: «L’objectif politique aujourd’hui c’est d’axer sur l’accueil matériel puis le retour, la détention ou, éventuellement, l’intégration. Dans le domaine de l’asile, c’est l’accueil matériel qui prévaut. Un toit, un lit, du pain; l’assistance juridique n’est plus considérée comme une priorité aujourd’hui.»

Lire le dossier d’Alter Echos n°411 : « Réfugiés – associatif, le survivre ensemble ? », 15 octobre 2015

A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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