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Bruxelles Pionnières, l'incubateur d'entreprises au féminin

Alter Échos n° 358 19 avril 2013 Julien Winkel

« Bruxelles-Pionnières »1 est un incubateur d’entreprises dédié aux femmes. Présentation.

Les structures susceptibles d’aider de jeunes entrepreneurs à monter leurs projets sont nombreuses à Bruxelles, qu’il s’agisse des centres d’entreprises ou de projets plus « iconoclastes » comme « The Hub ». Il faut croire cependant qu’il existait encore certaines niches inexplorées puisque l’initiative « Bruxelles Pionnières » a été créée il y a de cela un an et demi en proposant une approche genrée pour le moins intéressante : un incubateur d’entreprises spécifiquement dédié aux femmes. « Les femmes connaissent souvent plus de freins au fait de devenir entrepreneuses », lance en guise d’explication Isabelle Hanouet, responsable de l’accompagnement à Bruxelles Pionnières.

Une plus grande prudence

A l’entendre, les porteuses de projet éprouveraient plus de difficultés à se lancer dans le bain de la création d’activités, à cause notamment d’une plus grande prudence. « Elles ont une mesure du risque différente de celle des hommes, qui peuvent parfois se lancer sans trop réfléchir. Les femmes vont en général plus loin dans l’analyse des choses, elles sont plus perfectionnistes. C’est bien, mais cela peut aussi avoir comme effet de les faire s’arrêter en cours de route », illustre Isabelle Hanouet. Le but de « Bruxelles Pionnières » est donc de tenter de lever ces obstacles, ces craintes, sans toutefois cacher les risques inhérents au fait de se lancer en tant qu’indépendantes. « Elles ont parfois besoin qu’une structure leur dise : « C’est possible. » »

Depuis sa création, Bruxelles Pionnières a ainsi suivi quinze projets, dont trois ont déjà mené à la création d’une activité, la plupart des autres étant encore en cours de maturation. Il s’agit ici d’avocates lançant leur société, d’une photographe ou encore de services aux personnes ou aux entreprises. Les porteuses sont issues de tous les horizons, même si une partie importante d’entre elles sont des femmes se trouvant dans la quarantaine. « Certaines sont dans une optique de repositionnement professionnel ou en reprise d’activité après avoir pris du temps pour élever leurs enfants. D’autres sont au chômage et se disent que c’est le moment de se lancer ou bien ont déjà créé un projet avant de l’arrêter », précise notre interlocutrice qui note que cette deuxième année d’activité de Bruxelles Pionnières a vu arriver des projets « plus matures » portés par des femmes pour qui la création d’une entreprise constitue une vraie réponse à leurs envies « alors que ça pourrait être une solution par défaut ».

Un accompagnement, trois étapes

Cela dit, Bruxelles Pionnières ne retient pas tous les projets. Il faut en effet que ceux-ci aient un caractère innovant, un potentiel de création d’emplois, et qu’ils se déploient sur le territoire de Bruxelles. « Nous demandons aux porteuses de projet de le présenter en cinq points par le biais d’un formulaire. Si nous voyons qu’il y a du potentiel, nous programmons alors un entretien d’une heure. A l’issue de celui-ci, nous voyons si le projet peut être suivi », explique Isabelle Hanouet qui souligne l’attention portée à « ce que le projet apporte de plus par rapport à l’existant ». « Si c’est pour créer une boutique identique à ce qui existe, ce qui est bien, nous orientons alors vers d’autres structures », détaille-t-elle.

Une fois accepté, le projet est accompagné par Bruxelles Pionnières. Un accompagnement qui peut se faire en trois étapes (NDLR : les porteuses peuvent intégrer Bruxelles Pionnières à chacune de celles-ci, selon le niveau de maturation de leur projet) et qui est payant. « Les prix demandés ne sont pas énormes (voir encadré), le fait de payer permet de solidifier l’engagement de part et d’autre. Et puis nous avons cinq coachs qu’il faut également rémunérer », justifie la responsable de l’accompagnement en détaillant le premier accompagnement possible, du nom d’« Emergence ». Il s’agit ici d’un accompagnement individualisé de deux séances de deux heures permettant d’explorer les objectifs financiers de la porteuse de projet, de voir si elle a bien mesuré l’ensemble des enjeux qui y sont liés. « Il s’agit notamment de voir si elle est faite pour être une cheffe d’entreprise, si elle peut supporter financièrement la période de transition de son projet où elle n’aura pas ou peu de revenus », détaille Isabelle Hanouet qui précise ainsi que certaines idées peuvent se mettre en stand-by dès ce moment faute d’être assez réfléchies avant, peut-être, d’être retravaillées plus tard. « Certains projets tombent également parfois du fait de l’entourage. Ce sont tout de même encore souvent les femmes qui s’occupent le plus des enfants et cela peut avoir un effet dont il faut être conscient », ajoute-t-elle.

Deuxième étape du travail : la préincubation, qui « permet de balayer les questionnements et études concernant le projet » et qui dure entre six et neuf mois. Composée de neuf séances individuelles de deux heures, de cinq à six ateliers de formation collectifs de formation et de petits-déjeuners entre créatrices permettant à celles-ci de « réseauter » et de se sentir moins seules, cette phase inclut notamment une analyse du marché, de la concurrence, l’identification d’une clientèle cible, un plan marketing, un plan d’affaires ou encore le dépôt d’une marque ou d’un brevet. « Nous expliquons également aux femmes qu’elles peuvent essayer d’obtenir des financements, que ce soit par des banques, des ouvertures de capital ou des subsides. »

Enfin, l’incubation, troisième étape, permet quant à elle de suivre le projet tous les mois pendant un an (avec un accès aux ateliers de formation), avant que Bruxelles Pionnières ne passe la main à d’autres réseaux. Un hébergement est également possible, sous la forme d’une mise à disposition « classique » d’un bureau, d’un téléphone. De manière plus générale, Isabelle Hanouet nous apprend également que des projets sont en préparation en Flandre et en Wallonie. « Nous sommes cependant attentifs à ne pas entrer en concurrence avec des projets de même type déjà existant, ce qui est le cas en Wallonie. Nous pourrions dès lors peut-être venir nous adosser à une structure préexistante. »

« Bruxelles Pionnières en bref »

Le concept des « Pionnières » est né en France en 2005. Ce pays compte d’ailleurs onze initiatives du même genre, comme « Normandie Pionnières », « Paris Pionnières », etc. Des projets existent également à Belgrade (Serbie), Fès, Rabat et Casa (Maroc) ou au Luxembourg. Ils sont tous membres de la « Fédération Pionnières », qui rassemble l’ensemble des incubateurs.

Bruxelles Pionnières est notamment financée par le ministère de l’Emploi de la Région de Bruxelles-Capitale et par des fonds privés. Elle peut également compter sur certains partenaires dont BECI (Brussels enterprises commerce and industry) et l’ABE (Agence bruxelloise pour l’entreprise), qui lui prête d’ailleurs ses locaux situés à Tour & Taxis. Ce réseau permet également à Bruxelles Pionnières de bénéficier de l’apport d’experts. Les prix demandés aux porteuses de projets sont les suivants : forfait de 250 euros pour « Emergence », forfait de 1 000 euros pour la préincubation et 300 euros par mois pour l’incubation avec hébergement et 200 euros par mois pour l’incubation sans hébergement.

1. Bruxelles Pionnières :
– adresse : av. du Port 86c à 1000 Bruxelles
– tél. : 0476 83 18 52
– courriel : contact@bruxellespionnieres.org
– site : http://www.bruxellespionnieres.org

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A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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