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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Les mécanos du pouvoir

Benoît Van der Meerschen, la logique de l’éjaculateur précoce en politique

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Benoît Van der Meerschen, Secrétaire général du CNCD jusqu’en avril 2008, président de la ligue des droits de l’homme de mai 2006 jusqu’en décembre 2011, est actuellement directeur de la Cellule Etude et Stratégie du Centre d’action Laique. Lors de cette interview, il a donné son opinion sur les coulisses de la prise de décisions politiques concernant la coopération au développement. Le CNCD est la coupole politique des ONG de développement. Mais celles-ci ont également ce que l’on appelle une fédération professionnelle, ACODEV, plus large puisque elle regroupe aussi les humanitaires.

Interview réalisée par des étudiants du MIAS1 de l’IESSID, catégorie sociale de la HE Paul-Henri Spaak.

Alter Échos : Benoit Van der Meerschen à propos de la coopération au développement, la logique de l’éjaculateur précoce en politique AE – En tant que Secrétaire général du CNCD, aviez-vous un réel impact sur la législation belge en matière de politique d’aide au développement ?

Benoît Van der Meerschen : J’ai tendance à penser que la législation est l’oeuvre de ceux qui sont désignés pour ce faire. Participer à un réel processus législatif est potentiellement délicat parce qu’alors on participe à l’exercice, on participe au compromis. Or pour moi les associations doivent rester sur des positions de principes. Par contre, on peut donner aux politiques des orientations, des directions. Pour ma part, je sollicitais des concertations régulières lors desquelles j’apportais de vrais arguments afin d’orienter, de nourrir le politique, que ce soit au Parlement ou auprès de l’exécutif. Mais en cas d’inertie trop pesante, le recours à la médiatisation pouvait s’imposer. Les stratégies de communication ne sont pas aisées dans le secteur associatif. J’ai beaucoup utilisé l’outil des conférences de presse et aussi celui des négociations avec tel ou tel journaliste pour faire la Une sur un sujet donné, la recherche du scoop.

Aujourd’hui, le problème du politique c’est selon moi qu’il est trop souvent « dans une logique de l’éjaculateur précoce. On se fait plaisir, et on laisse l’autre en plan ». Cette logique est malheureusement trop fréquente. Il y a de plus en plus de législations émotionnelles. Un fou furieux tire à Anvers, on fait une législation sur les armes. Un gamin se fait poignarder à la gare centrale, on modifie les lois sur la protection de la jeunesse. On a rassuré la population en instaurant un nouveau cadre légal, mais on n’a jamais vérifié son efficacité, sa pertinence et sa fiabilité dans le temps. Souvent on ne règle rien en apportant une réponse immédiate. Même constat dans d’autres domaines, et certainement dans les rapports Nord-Sud, et dans tout ce qui concerne les Droits de l’Homme au sens large. On invoque sans cesse la performance alors même que l’évaluation des politiques publiques est notoirement insuffisante en Belgique, et qu’on s’occupe peu de savoir si les mesures mises en oeuvre participent réellement à la résolution des problèmes qu’elles sont censées résoudre. Le secteur associatif est un secteur particulier. On imagine que ses objectifs sont désintéressés, qu’ils vont transcender les aspirations humaines, les intérêts institutionnels. Or c’est un monde d’egos surdimensionnés, où existent aussi beaucoup de rivalités. Et parfois les rivalités structurelles cachent les rivalités personnelles.

Alter Échos : Comment la société civile (ONG, associations, syndicats) influence-t-elle les prises de décision politique ?

Benoît Van der Meerschen : La société civile est financée par le pouvoir. Le pouvoir finance le contre-pouvoir, c’est classique dans un système démocratique. Mais c’est aussi un système pervers. Où se trouve alors la marge de manoeuvre ? Certaines ONG, associations sont très directes, elles y vont à la hussarde. D’autres réfléchiront à deux fois. Par exemple : une association comme la Ligue des Droits de l’Homme n’hésitera pas à critiquer durement en public, à la radio, ou à introduire des recours contre les décisions de l’Etat. Parfois avec un effet boomerang. Le CNCD, lorsque je le dirigeais, a été en procès avec le ministre de la coopération au développement. Les membres -le CNCD est une coupole d’ONG- se demandaient « est-ce que je peux aller au bout, au bras de fer avec mon ministre qui me paie ? » Ce n’est pas trivial comme calcul, c’est juste une question de priorité, savoir ce qui en vaut la peine ou pas. Cette société civile organisée a toujours des mécanismes qui sont identiques. Publications de rapports, cénacles de discussions, conférences de presse, spots. Tous ces mécanismes sont parfois efficaces et parfois pas. Ce qui bouge réellement ce sont certaines mentalités, certaines consciences et cela représente des petites victoires. De ce fait, c’est un exercice qui peut avoir son influence, mais c’est davantage un travail de fond basé sur le long terme qui sera le plus porteur. Il faut faire évoluer les mentalités, aller directement à la rencontre des gens, les faire changer en espérant qu’eux-mêmes vont avoir d’autres types de revendications qui vont peut-être faire réfléchir autrement ceux qui les représentent. Dans le bras de fer sur un sujet immédiat, il faut une très bonne couverture presse, qui sans cela, ne fait pas bouger le politique. La coopération au développement c’est moins « excitant », c’est un travail fondé sur le long terme, sur la conviction, et beaucoup moins dans le bras de fer, en tout cas visible, médiatique.

Alter Échos : D’après vous, la coopération est plus liée à des intérêts géostratégiques que réellement attachée à une dynamique altruiste ?

Benoît Van der Meerschen : Il y a deux types de coopération. Il y a la coopération d’Etats à Etats, qui est certainement une coopération tout sauf altruiste. Pourquoi est-ce que subitement la Flandre s’intéresse à l’Afrique du sud ? Peut être pour qu’une communauté linguistique voie le jour ? Pourquoi est-ce que l’Espagne investit énormément en Mauritanie ? Elle lui donne de l’argent pour la culture, elle a édité de magnifiques livres sur les déserts mauritanien et la Mauritanie joue un rôle de gendarme zélé pour empêcher les migrants de grimper jusqu’au Maroc et, peut-être ensuite jusqu’en Espagne. Donc oui, les coopérations d’Etats à Etats sont souvent orientées. Tout est toujours avec le politique, question de rapports de force.

Alter Échos : Y a-t-il encore des réseaux de connaissances inter-personnelles qui influencent les décisions politiques ?

Benoît Van der Meerschen : L’inter-personnel facilite toujours tout, cela ne veut cependant pas dire connivence. J’ai tendance à croire que l’inter personnel permet de parler cash. La Belgique francophone est un petit pays. C’est toujours plus facile, lorsque l’on a usé ses fonds de culottes sur les mêmes bancs d’école, de pouvoir discuter par après. J’ai fait mes études avec un ancien chef de cabinet, et l’un de mes anciens amis est animateur d’une émission de débats à la RTBF. Donc, je n’ai pas de problème à l’appeler pour lui demander de faire une émission sur un sujet. Dans le secteur associatif, tout le monde se connaît étant donné qu’on y a travaillé pendant des années. Certains sont devenus attachés de cabinet, d’autres ont été des conseillers de ministres. L’argumentation reste la plus forte et c’est la manière dont on peut rapprocher les positions. Avoir des systèmes, des jeux de positionnements individuels, institutionnels crée plus de difficultés.

Mais on peut se demander si cela reste encore à ce point prégnant dans les relations Nord-Sud. On a vu une explosion du nombre d’Etats et une distension des liens entre les anciennes puissances coloniales et les pays décolonisés. Je ne pense pas que ce soit encore aussi marquant que dans les années 60-70. On voit les choses sous un angle beaucoup plus pragmatique et commercial. Entre les réseaux qui existent depuis des années et ceux qui arrivent avec des « espèces sonnantes et trébuchantes », le choix est vite fait. Donc la force du réseau, je n’y crois que dans une certaine mesure, parce qu’en fonction des intérêts en question, on n’hésitera pas à faire son shopping.

Alter Échos : Au niveau des derniers ministres, il y eu P. Magnette. Maintenant il y a J.P. Labille. Ont-ils vraiment une influence, une marge de manœuvre ?

Benoît Van der Meerschen : Premièrement, je pense que l’erreur de Paul Magnette et Jean Pascale Labille, est d’accorder plus d’importance, au parti socialiste et aux entreprises publiques qu’à la coopération au développement. Le cumul de différents postes n’est pas porteur pour la coopération au développement qui mérite un ministre à temps plein. Je trouve dommage que Mr Labille n’aie pas un ministère plein et entier dans ce domaine. Je crois que c’est quelqu’un qui a une véritable sensibilité pour les questions de solidarité. Sa marge de manoeuvre est d’abord budgétaire. Je pense que sur les discussions que l’on peut avoir sur certains axes prioritaires dans la coopération ou les droits de l’enfant par exemple, il y a moyen de faire des choses. La Belgique ne va pas révolutionner le monde, au même titre que la coopération au développement. Toutefois, je crois qu’il y a moyen d’imprimer une marque, pour autant qu’on le veuille.

Alter Échos : Est-ce que les piliers ont encore un poids dans la politique de développement ? De quelle manière le changement de ministre soutient d’avantage des associations catholiques ou libres penseurs laïques en matière de coopération ?

Benoît Van der Meerschen : La Belgique est la Belgique. Pour commencer, on a un problème au niveau belgo belge, la répartition des niveaux de pouvoir. Entre ce que décide l’AWEX (agence wallonne à l’exportation et aux investissements) en région wallonne et ce que décidera la coopération au développement, il faut arriver à coordonner le tout et ce n’est pas toujours évident. La pilarisation est d’abord transversale et pas réservée uniquement à un seul niveau de pouvoir. J’ai dirigé une coupole politique qui regroupait les différents piliers. Les présidents s’y succèdent avec une étiquette différente, donc il y a une tournante entre les piliers pour justement assurer une cohérence. Le secteur associatif est morcelé.

Dans les activités menées par les ONG d’Etats à Etats je ne crois pas qu’il y a de la pilarisation. Par contre d’ONG à ONG c’est évident, il y a des affinités qui se créent. Une ONG laïque ne va pas aller aider « Justice et Paix » au Cameroun. Et vice et versa. Solidarité Mondiale ne va pas aller aider la Maison de la laïcité de Kinshasa. Il y a donc effectivement des logiques pilarisées qui demeurent.

Tout reste dans ce rapport de domination Nord-Sud. On est dans une dynamique qui n’est pas égalitaire. Les décisions se prennent au plus haut niveau international. C’est un système où 98 % des pays du monde sont exclus et donc un système inégal. C’est une question de domination, de pouvoir. Et on aura beau utiliser des arguments très rationnels, à partir du moment où on dispose d’un pouvoir on le garde.

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