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(Aide à la) jeunesse

Une petite école pour faire atterrir les enfants de passage

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  • Par Martine Vandemeulebroucke
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De grands dessins affichés au mur, un chevalet pour peindre, des poissons rouges, des livres… cela ressemble à une école, cela s’appelle d’ailleurs «La Petite École», mais ce n’en est pas une. Ou pas tout à fait. Les élèves sont des enfants réfugiés syriens qui n’ont jamais été scolarisés. Depuis février, la Petite École leur fait découvrir le français, les codes de la scolarité mais aussi le plaisir d’être ensemble, en toute sécurité.

Article publié dans Alter Échos n°418, 29 février 2016.

Logée dans le centre culturel García Lorca (Bruxelles), la Petite École avait ouvert ses portes depuis trois jours seulement lorsque nous avons rencontré les trois initiatrices du projet au sein de l’asbl RED/Laboratoire pédagogique, Khawla, Juliette et Marie. Ce matin-là, six enfants étaient venus. Le premier jour, cinq. Pas les mêmes élèves mais des points communs tout de même: ils ont entre 6 et 12 ans. À l’exception d’une petite Brésilienne envoyée par la commune de Forest, ils sont tous Syriens, appartenant à la minorité dom (lire ci-contre). Même s’ils résident à Molenbeek ou à Saint-Gilles, ils ont un lieu d’attache commun à toute la communauté dom à Bruxelles: le parc de la Rosée dans le quartier Cureghem, à Anderlecht où la diaspora syrienne s’est installée depuis longtemps. Ils s’y retrouvent seuls «mais le contrôle social est très fort», nuance Marie. Ils n’ont jamais été scolarisés. Leurs parents sont sur la route de l’exil depuis quatre ans au moins. La Petite École ne les scolarise pas. «C’est un lieu de transition entre le voyage et l’école belge, explique Juliette. Les enfants qui fréquentent la Petite École n’y viennent parfois que quelques heures. Juliette et Marie ont rencontré ces Syriens au cours de cet été. Dans le parc de la Rosée se trouvaient alors une centaine d’enfants qui, en août, n’étaient encore inscrits dans aucune école de l’enseignement fondamental et secondaire.»

Beaucoup d’enfants syriens ne seront pas inscrits, au mieux, avant la rentrée 2016, et le fait qu’ils soient analphabètes ne facilite pas les choses.

Le Centre Infor-Jeunes de Laeken, l’antenne scolaire d’Anderlecht et d’autres associations se sont mobilisés pour scolariser la majorité d’entre eux. En principe, ces enfants auraient dû se trouver un Daspa (Dispositif d’accueil et de scolarisation pour les élèves primoarrivants). L’outil est nouveau et conçu pour répondre à la crise migratoire mais toutes les places disponibles ont été prises très rapidement. Et il n’y en a plus dans les autres établissements scolaires de la Région. Beaucoup d’enfants syriens ne seront pas inscrits, au mieux, avant la rentrée 2016, et le fait qu’ils soient analphabètes ne facilite pas les choses.

Une communauté très soudée

La Petite École n’est pas pour autant une école alternative pour enfants réfugiés. «Ce sont des enfants de passage. Nous n’essayons pas de les alphabétiser mais nous leur apprenons à se familiariser avec la langue française et avec les codes de la scolarité», précise Juliette.

Les rituels sont importants. Tous les matins, il y a cours d’écriture «comme un dessin». L’après-midi, les volontaires de l’asbl se relaient pour lire Les Trois Brigands de Tomi Ungerer. Les enfants ne parlent pas français mais ils s’habituent à l’écouter. Chaque jour, une activité principale est prévue: modelage, théâtre, peinture, calligraphie. La journée est courte, de 10 à 15 heures et la semaine s’achève le jeudi. Deux bénévoles syriens, Walid et Alia, épaulent les trois animatrices de l’école. Eux non plus ne parlent pas français. «On travaille sans interprète, on se débrouille», résume Juliette. Walid, 18 ans, encadre les enfants comme éducateur. Il a été scolarisé pendant trois ans, a fréquenté un Daspa mais a décroché. Dans cette école, dit-il, on ne parlait qu’arabe entre élèves. Khawla est syrienne également. Elle est arrivée de Damas, il y a un an et est aujourd’hui étudiante en linguistique à la VUB. Mais Khawla et les enfants ne se comprennent pas. Ils ne parlent pas la même langue. Les Doms parlent le domari, une langue indo-européenne totalement différente de l’arabe. Et surtout ils se méfient des autres Syriens. «Les enfants sont étonnés parce que je veux les aider», sourit Khawla. Ils ont un fort sentiment de discrimination et des liens familiaux puissants. «Ils sont très soudés, constate Juliette. Pour les parents, cela n’a rien d’évident de laisser leurs enfants venir ici. Et les enfants ont beaucoup de mal à être séparés de leur mère.» Le fait de se retrouver entre eux, en parlant la même langue, rassure. Et c’est une étape importante pour se sentir bien à l’école.

Doms comme Roms

Expériences de discrimination, sentiment ethnique important, société patriarcale plutôt fermée… La comparaison avec les Roms se fait naturellement. Chez les Roms aussi se pose le problème de l’exclusion des enfants du système scolaire. La commune d’Ixelles vient d’ailleurs de demander à la Petite École si elle pouvait prendre en charge des enfants roms présents dans la commune et qui n’ont jamais été scolarisés non plus. «Nous avons accepté. Ce n’est pas une école pour Doms seulement.»

« (…) Après une longue période de rupture avec la scolarité, il est difficile d’être à l’école huit heures par jour, cinq jours par semaine. Les espaces de transition sont importants. » Juliette, institutrice à la Petite École

Juliette et Marie sont toutes deux enseignantes dans l’enseignement secondaire. Pourquoi s’être investies dans ce projet? «Je suis prof depuis 15 ans dans un milieu populaire, raconte Juliette, et j’ai vu les effets néfastes d’une scolarisation brutale. Pour tous les enfants réfugiés, après une longue période de rupture avec la scolarité, il est difficile d’être à l’école huit heures par jour, cinq jours par semaine. Les espaces de transition sont importants. Et puis, je retrouve le plaisir de travailler avec des tout-petits.» Pour Marie, tout est parti de la rencontre de ces enfants dans le parc de la Rosée: «L’école ne fait plus beaucoup rêver les enfants. On leur demande trop. On tente d’intégrer rapidement les enfants réfugiés dans le système scolaire sans leur donner le temps de se poser. Or ils ont besoin de le faire. Ce sont des enfants qui ont vécu des choses très dures pendant leur voyage.»

N’est-ce pas frustrant d’établir des liens avec des enfants qui ne resteront peut-être que quelques jours, quelques heures à la Petite École? «Le décrochage fait partie de la frustration du métier d’éducateur», constate Juliette, philosophe. «Oui, on peut se sentir frustré de les voir partir, enchaîne Marie. Mais on les recroisera. Après un jour d’école chez nous, un petit Syrien de 8 ans est venu à pied de Saint-Gilles, sous la drache, pour nous apporter un poisson rouge. Le lien ne se perd jamais.»

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