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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Logement et territoires

« Transitionneur », un métier d’avenir

  • 371-372
  • Par Rafal Naczyk
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Face au coût environnemental et social des énergies fossiles, plus de 1 800 villes dans le monde préparent leur transition. En Wallonie et à Bruxelles, le mouvement se structure en réseau et crée ses premiers emplois.

Alimentation, vêtements, transports, chauffage… La majorité des besoins humains sont devenus dépendants de l’or noir. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la fin du pétrole abondant et à bas prix approche et bouleversera complètement notre économie mondiale. Le pic de Hubbert – le moment où la production de pétrole commence à décroître – a été dépassé depuis quelques années. Fatalité ? Pas forcément. Si beaucoup pensent que l’humanité est en train de basculer d’une ère de croissance à une ère de décélération à cause de la pénurie d’énergie, les Villes en transition proposent une réponse constructive.

Ce mouvement est né en 2005 à Totnes, une petite ville de 7 700 habitants dans le Devon (sud-ouest de l’Angleterre). Sous l’impulsion de Rob Hopkins, professeur de permaculture, des étudiants ont noué un partenariat d’un genre nouveau avec les habitants : faire de Totnes la première ville en transition énergétique au monde, ambitionnant d’abandonner le pétrole et ses dérivés d’ici 2030. Plus d’une trentaine de projets sont en cours. Au programme : des potagers collectifs, des bourses d’échanges de savoirs, des ateliers de permaculture, des groupes d’achats solidaires, des zones de gratuité temporaire et même une monnaie complémentaire… Dans ce laboratoire ouvert, tout s’articule autour de la résilience locale. « Sur une terre où l’énergie fossile sera plus rare, plus question de faire venir des produits du bout du monde, il faudra relocaliser la plus grande partie de notre économie à l’échelle de nos territoires », analyse Hopkins.  

En sept ans, Totnes est devenue la vitrine mondiale de la transition énergétique et continue de faire des émules. Aujourd’hui, 1 800 villes ou territoires à travers le monde se sont joints au mouvement, et si la Belgique ne compte que deux villes labellisées, une vingtaine de territoires se sont déclarés « en transition » : Ath, Forest, Ixelles, Grez-Doiceau, Gelbressée, Liège, Soignies… Ni ONG, ni groupe informel, Villes en transition est devenu un rassemblement international, non partisan, de citoyens agissant à l’échelle de leur quartier sur les questions du réchauffement climatique et du pic pétrolier. « Des actions réelles sont conduites en privilégiant une concertation locale, combinant saines habitudes de vie et convivialité. Le but étant de s’assurer une résistance plus efficace aux chocs et aux crises, notamment la fin du pétrole », explique Josué Dusoulier, coordinateur du mouvement à Bruxelles et en Wallonie. « L’effort passe beaucoup par la mobilisation citoyenne et le recours à l’action démocratique au niveau local. » La transition joue sur une dynamique d’ouverture – on parle d’« inclusivité » : tout le monde peut faire de la transition, sans discrimination. Mais ce flou tolérant crée la confusion.

Sans existence juridique, le projet belge de support aux initiatives de transition est d’abord soutenu par les Amis de la Terre, avant d’être financé par le ministre wallon de l’Agriculture jusque fin 2012. « Pendant cette phase, il s’agissait surtout d’informer le public et de soutenir les premières grappes de bénévoles qui souhaitaient créer des groupes de travail », confie Dusoulier. Le concept a fait tache d’huile, et s’est propagé en Belgique. Mais ce n’est que depuis octobre, cette année, que le Réseau transition Wallonie-Bruxelles a officiellement pris forme. Grâce à un subventionnement obtenu auprès du ministre wallon du Développement durable et de l’Énergie, Jean-Marc Nollet, quatre salariés travailleront à temps partiel pour soutenir les initiatives de transition wallonnes et bruxelloises. Pendant une année. « Les axes principaux du projet seront développés avec les initiatives de transition locales, explique Josué Dusoulier. Ils auront pour objets le développement d’une économie locale résiliente, la formation, la dynamique de groupe, la transition intérieure. Nous travaillerons aussi sur la structuration du réseau ainsi que sur son financement. » Le Réseau Transition étant pour le moment une association de fait, deux asbl hébergent les contrats de travail : Les Amis de la Terre-Belgique et Exposant d.

Emplois locaux

« Un peu partout, nous constatons que des adhérents se prennent au jeu. Ils veulent quitter leur activité professionnelle pour créer leur propre projet d’économie locale », observe Josué Dusoulier. Certaines initiatives finissent même par créer des emplois. À Grez-Doiceau, les « transitionneurs » construisent une micro-brasserie et une boulangerie artisanales. À Ath, une épicerie s’est ouverte en novembre et ne vendra que des produits locaux. À Liège, pour relocaliser l’alimentation et développer les liens intergénérationnels, les transitionneurs bâtissent une « ceinture alimentaire » autour de la ville, avec sept structures d’économie sociale et une quarantaine de partenaires. « Nous travaillons, par exemple, à l’élaboration d’un système d’approvisionnement en produits locaux pour les restaurateurs liégeois, ou encore sur l’implantation d’une épicerie locale dans le futur quartier du Val-Benoît à Liège », confie Christian Jonet, l’un des coordinateurs du projet Ceinture aliment-terre. Et de préciser : « Nous avons calculé qu’il est possible de créer 5 000 emplois si 150 000 ménages liégeois consomment une fois par semaine des produits locaux. » Ce chiffre inclut les emplois liés à la production, à la transformation et à la logistique.

À Fernelmont, près de Namur, une trentaine de transitionneurs impliqués dans le Pale (Plan d’action locale pour l’énergie) ont créé une coopérative d’énergie, Champs d’énergie. Objectif : acquérir une éolienne citoyenne dans le futur parc EDF-Luminus. « Ce projet offre une occasion à tous les citoyens d’investir de façon éthique, locale et solidaire dans les énergies renouvelables, à partir de 125 euros la part, et d’en tirer des avantages directs », confie Roger Bourgeois, transitionneur à Gelbressée. À première vue, ce n’est guère compliqué. Il suffit de réunir une majorité de fonds propres provenant de particuliers pour financer le parc. En réalité, cela suppose une belle détermination. Car investir dans une éolienne commune pour couvrir ses besoins en énergie n’est pas rentable à petite échelle. Pour rendre le projet viable, cette coopérative citoyenne tente de rassembler à terme 300 personnes. « Le permis définitif a été accordé par le ministre wallon de l’Environnement, Philippe Henry, le 6 septembre pour quatre mâts pendant vingt ans. Mais un nouveau recours vient d’être déposé », confie Roger Bourgeois. En cause ? Plusieurs groupes de pression antiéoliens, dont le lobby Vent de raison. Pour l’heure, les négociations avec le promoteur et les partenaires communaux se poursuivent. En Belgique, les expériences de ce type n’en sont qu’à leurs débuts, mais elles gagnent du terrain. À l’image des éoliennes d’Arlon, dont les travaux ont débuté cet été et qui ont été financées par un millier de citoyens.

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