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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Psylence Radio : grain de folie sur les ondes !

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  • 385
  • Par Gilda Benjamin
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Quand les dingos ont leur émission de radio. C’est avec cette affirmation que Psylence Radio, émise sur Radio Panik, donne le ton. Pour (mais pas seulement) et par des personnes atteintes de troubles de la santé mentale. De quoi secouer les a priori.

L’Autre «lieu» est une asbl qui s’intéresse à tous les liens existant entre santé mentale et société. Dans le cadre de ses activités, elle produit Psylence Radio, une émission qui se déroule en direct depuis les studios de Radio Panik, de 17 à 18 h, les troisièmes lundis du mois. Informer, débattre, témoigner représentent autant d’objectifs pour les participants, patients pour la plupart, le sourire en prime.

Aurélie Ehx, chargée de projets à L’Autre «lieu», est l’une des chevilles ouvrières de l’émission, s’occupant de la technique et de la régie. Elle met en avant un point essentiel : il ne s’agit pas d’une émission dans un centre ou un hôpital psychiatrique mais bien sur une vraie chaîne de radio communautaire qui n’a rien à voir avec le monde de la santé mentale. En 2008, plusieurs radios ont été contactées, des refus essuyés. À Radio Panik, il y avait aussi des craintes mais tout le monde s’est montré soulagé après les premiers contacts. Aujourd’hui, il y a un public pour Psylence Radio, des retours via le Net et le répondeur de la chaîne, même si les réactions se font encore timides. En février, tout le monde était présent sur la scène du festival Images mentales, aux côtés des Z’Entonnoirs, l’équipe d’une émission analogue hebdomadaire à Roubaix composée de patients et de soignants. Depuis, les échanges se multiplient, Psylence s’apprête à aller rendre visite à leurs camarades roubaisiens.

Usagers et chroniqueurs

Au cinquième étage, sans ascenseur, d’un immeuble de Saint-Josse, se situent les studios de Radio Panik. Pas de quoi décourager les chroniqueurs de Psylence, toujours nombreux le jour de la diffusion. Thomas, Tanguy, Yannick, Éric, Aline, Pascale et Laurence se retrouvent avec plaisir pendant qu’Aurélie s’active en régie. Aline Rigaux est, pour cette fois, celle qui va mener l’émission. Dix minutes avant de prendre l’antenne, tout le monde prend place face à son micro, la conduite (déroulement écrit de l’émission) devant les yeux. Seulement deux chansons ponctueront l’émission d’une heure car, comme ils le disent tous : «Ça parle beaucoup!»

Le décompte commence. Tout le monde se concentre. Aline prend la parole : «Bienvenue sur Psylence Radio : la radio pour les schizos, les dingos, les pas réglos.» Nul n’occulte sa relation avec la santé mentale, comme le révèle Pascale Francelet, à l’origine du projet : «Je suis usagère, ça fait partie de moi et de ma vie, Psylence se situe dans la continuité de mes expériences. J’avais le désir de réaliser une émission qui n’utilise pas le jargon des professionnels du milieu tout en délivrant un certain nombre d’informations. Informer avec sérieux et crédibilité.»

L’émission du jour traite de la psychiatrie dans la BD. Chacun des participants a lu un ou plusieurs ouvrages. Tanguy a parcouru trois livres, parle avec aisance alors qu’il ne s’agit que de sa deuxième émission. Il aborde les sujets des bouquins : la dépression, l’anorexie, l’acceptation de soi… Les autres mettent les mêmes éléments en avant : l’importance d’accepter la maladie. Et celle d’en rire aussi…

Je parle si je veux

Thomas Ferdin, un des piliers de l’émission, ne prendra pas la parole. Il ne le sent pas, d’habitude il réalise des sujets, des petits reportages. «Les sujets abordés dans Psylence Radio ne le sont pas habituellement dans les médias traditionnels. Certaines émissions sont plus de l’ordre du témoignage, d’autres plus informatives. Nous ne sommes pas des professionnels de la santé mais nous sommes à même de discuter avec des professionnels, et de ce fait nous acquérons une légitimité. La réponse que nous pouvons apporter, nous, usagers, est faite de notre vécu. Le plaisir d’être là est toujours présent, quel que soit le thème, même plombant.»

Pascale reconnaît également en tirer une énorme satisfaction, notamment au niveau relationnel. Outre l’émission, il y a les réunions préparatoires, l’élaboration du contenu, et un noyau solidaire s’est formé. Aline Rigaux travaille désormais pour L’Autre «lieu». Pour Psylence, elle est Miss Vertigo, connue pour ses recettes et son inventivité culinaire (son blog vaut le détour). «Il s’agit de transformer une souffrance. L’expérience m’apporte beaucoup et je peux aussi apporter quelque chose aux gens. Ici, chacun amène sa sensibilité quant à la folie.»

L’émission s’est considérablement structurée au fil des ans. Divers invités viennent selon les sujets. Certains thèmes sont préparés bien à l’avance, d’autres sujets se préparent «à l’arrache». Le montage des capsules est réalisé par Aurélie à L’Autre «lieu». En général, deux réunions se déroulent au préalable. «On se professionnalise, avec une recherche d’équilibre entre les sujets plus graves et plus légers.»

Un des enjeux de Psylence Radio est sans conteste de dédramatiser un monde, des codes. Solitude, suicide, angoisse, dépendance, mesures de contention… «On se sent libre de participer, de débattre, de se taire, sans attente de diagnostic, sans explications à donner», confie Thomas. Et, présente de bout en bout, l’envie de contrer les fantasmes et les clichés, notamment ceux des professionnels. La plupart des membres de Psylence ont connu les hospitalisations, suivent toujours un traitement. «Ici nous nous trouvons dans une relation plus égalitaire que dans la relation de soins», observe Pascale.

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