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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Peut-on tout acheter?

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  • 424-425
  • Par Martine Vandemeulebroucke
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L’argent n’achète pas tout. Est-ce encore vrai? Depuis plus de 30 ans, le marché s’affranchit de toutes les contraintes. La marchandisation touche des sphères qu’on croyait interdites, comme les valeurs morales et sociales. Quelles sont les limites à imposer aux relations marchandes? C’est le thème du livre passionnant du philosophe américain Michael Sandel, «Ce que l’argent ne saurait acheter»1.

Dans les concerts, dans les parcs d’attractions, les aéroports, on voit de plus en plus souvent des personnes éviter les files d’attente parce qu’elles ont acheté une carte spéciale ou payé plus cher pour passer en priorité. Cette stratégie du coupe-file commence à s’insinuer dans d’autres domaines, plus essentiels comme celui de la santé. On paie plus cher le prix de la consultation si l’on veut obtenir plus rapidement un rendez-vous avec un spécialiste. Aux États-Unis, pour 25.000 euros, on gagne le droit prioritaire, absolu et illimité dans le temps d’avoir accès à un médecin à toute heure du jour ou de la nuit. Tout un business des coupe-files s’y est créé. Des sans-abri, des pensionnés sont recrutés pour faire la queue dans les couloirs du Congrès américain lorsque des commissions parlementaires auditionnent les partisans ou les adversaires d’un projet de loi et, plus le sujet est important, plus il est important d’avoir son «siège» pour discuter avec les parlementaires et tenter de les influencer.

L’intérêt du livre de Sandel est de montrer les limites de la marchandisation et comment une valeur ou un bien peuvent être corrompus par le seul fait d’être mis sur le marché

Certains diront que cela ne pose aucun problème moral car, après tout, c’est le résultat d’un libre choix de la part de chacune des parties. Pour Michael Sandel, cela pose un problème d’équité puisque seuls les plus riches peuvent se payer l’accès à certains droits. Par ailleurs, les valeurs marchandes finissent par contaminer les valeurs non marchandes. Nous savons qu’il est mal de faire du tort aux autres mais, de plus en plus, se vend le droit de le faire. C’est le cas notamment du protocole de Kyoto relatif au marché des droits à polluer qui permet à certains pays d’aller au-delà de leur permis d’émission en payant des pays qui se restreignent ou sont moins développés. Où mettre les limites? Doit-on accepter de payer les élèves, comme le font certaines écoles américaines, pour qu’ils aient de bonnes notes ou qu’ils lisent les livres qu’on leur a demandé de lire? Ou que l’on loue son front pour y tatouer la publicité ou le nom d’une entreprise? Et, dans cette logique du marché roi ne peut-on pas imaginer qu’un jour on puisse se «payer» le prix Nobel de littérature?

L’intérêt du livre de Sandel est de montrer les limites de la marchandisation et comment une valeur ou un bien peuvent être corrompus par le seul fait d’être mis sur le marché. Le philosophe cite l’exemple des crèches israéliennes. Des crèches, lassées de voir des parents arriver en retard, avaient décidé de faire payer une amende aux parents retardataires. Que s’est-il passé? Les parents furent plus nombreux à arriver encore plus en retard parce que l’amende a été perçue non comme une sanction morale mais elle a été confondue avec le prix d’un nouveau service. Le service rendu par les puéricultrices en attendant les parents n’avait pas de valeur économique tant qu’il n’avait pas de prix. Lorsqu’il est devenu une somme d’argent à payer, cela a attiré une demande nouvelle. Autre exemple cité par Sandel: les habitants d’un canton suisse étaient 51% à accepter de stocker des déchets radioactifs si c’était présenté comme un devoir civique… mais ils n’étaient plus que 25% si le gouvernement offrait un dédommagement monétaire. L’argent perturbe donc les motivations et au final la marchandisation d’un service peut se révéler contre-productive. Le commerce modifie la nature des biens échangés.

En faisant l’inventaire des formes les plus aberrantes de la privatisation universelle, le livre de Sandel nous amène à réfléchir sur la gratuité et le rôle de l’argent dans une société démocratique.

 

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