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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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(Aide à la) jeunesse

Pacte d’excellence: un accouchement après thermes?

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  • Par Cédric Vallet
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Moment clé pour le pacte pour un enseignement d’excellence. Les acteurs de l’enseignement vont discuter trois jours durant des premières pistes tracées en groupes de travail. Les inégalités scolaires sont au cœur des débats. Alter Échos livre un avant-goût des premières mesures évoquées.

Les participants seront enfermés à Spa pendant trois jours, du 3 au 5 mars, dans un hôtel de luxe, le Radisson Blu. Ils devront manger ensemble, boire ensemble, travailler dur, éventuellement se détendre aux thermes et, qui sait, peut-être iront-ils plus loin en fonction de leurs affinités.

Cela n’est pas le pitch du premier Star’Academy belge francophone. Non, on parle ici de «la deuxième étape de la phase III du Pacte d’excellence pour l’enseignement». Le spectacle sera probablement moins sexy que le radio-crochet français. Mais il ne sera pas dépourvu de dramaturgie. Car de ce séminaire devrait émerger une première architecture du «pacte pour un enseignement d’excellence».

Les enjeux sont importants: inventer l’école du futur en Fédération-Wallonie Bruxelles. Avec un thème que l’on imagine central: celui des inégalités sociales qui se transforment en inégalités scolaires. Enjeu crucial s’il en est.

Comme le rappelait récemment la société de consultance McKinsey, qui a compilé les données disponibles dans le cadre des travaux du Pacte d’excellence, 20,6% de la «variance» des résultats scolaires des élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles s’explique par l’incidence de la situation socio-économique des élèves, contre une moyenne de 15,9% dans toute l’Union européenne.

Un décret fourre-tout qui énerve

La conférence spadoise est un moment clé dans l’élaboration du pacte. Des propositions concrètes devraient en sortir. Elles seront soumises au gouvernement fin mars.

Plusieurs acteurs incontournables de l’école – syndicats et associations – soulignent globalement la bonne tenue des discussions qui ont eu lieu jusqu’à présent. Les sujets abordés ont été nombreux: lutte contre le décrochage, formation des enseignants, gratuité, démocratie à l’école, rythmes scolaires, enseignement qualifiant. Tout y passe. «Des choses intéressantes sont discutées, nous sommes moins réticents qu’au début», témoigne Pascal Chardome, président de la CGSP-enseignement.

Tout dépendra ensuite des arbitrages politiques et du plan d’action qui sera extrait de tout ce jus de cerveau.

Pour l’instant, le regret qu’expriment syndicats comme associations, c’est «le fait que des décisions politiques se prennent alors que les discussions autour du pacte sont encore en cours», affirme le syndicaliste de la CGSP.

Il fait référence au fameux «décret fourre-tout» adopté au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles au début du mois de février. Celui-ci contient des dispositions qui s’inscrivent tout à fait dans le champ des travaux du pacte. C’est par exemple le cas des nouvelles dispositions pour soutenir les élèves en maternelle ou du «plan de pilotage» que devront rédiger tous les établissements, qui a gêné aux entournures les pouvoirs organisateurs accrochés à leur autonomie.

Les vieilles fractures seront-elles rouvertes?

Les représentants de l’administration, des syndicats, des pouvoirs organisateurs, de fédérations de parents et, bien sûr, du cabinet de la ministre Joëlle Milquet, qui constituent le «groupe central» du pacte, ne partiront pas d’une feuille blanche.

Les travaux pour un pacte d’excellence durent depuis plus d’un an. À partir des quatre grandes thématiques du pacte (cf. encadré), 12 groupes de travail ont été constitués. Les présidents de chaque groupe seront présents lors du grand séminaire. Ils y présenteront leurs rapports intermédiaires.

Et c’est là qu’on entre dans le «dur», car ces rapports intermédiaires, dont Alter Échos a pu se procurer les copies de trois d’entre eux, élaborent des propositions très concrètes qui, parfois, font resurgir les vieilles fractures entre pouvoirs organisateurs, syndicats et associations militantes.

Le groupe de travail consacré aux inégalités a, semble-t-il, déçu certains acteurs clefs du monde de l’enseignement, à commencer par les deux syndicats majoritaires, la CSC-enseignement et la FGTB-enseignement, sans oublier le mouvement Changements pour l’égalité, qui, tous, ont rédigé des notes de minorité.

La teneur générale de leurs critiques tient au fait qu’ils auraient souhaité que le groupe de travail outrepasse son mandat et s’attaque aux enjeux de «système». Ils auraient aimé que des difficultés majeures soient évoquées, sans tabou: la concurrence entre écoles, entre réseaux, la liberté qu’ont les établissements de choisir leurs élèves, mais aussi la liberté des parents de choisir leurs écoles. «Nous militons par exemple pour un décret inscription dès la maternelle», affirme Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-enseignement, qui ajoute: «Nous voudrions aussi des contraintes pour que les établissements gardent leurs élèves.» Des propositions qui ne réjouiront certainement pas les pouvoirs organisateurs qui n’apprécient pas trop que l’on s’immisce dans leur autonomie ou dans celle de leurs établissements. Ils prônent plutôt d’agir en soutenant les équipes pédagogiques autour d’une fonction de direction renforcée tout en s’inspirant des écoles qui réussissent.

 

Vers une réforme de l’encadrement différencié?

Au lieu de prendre par les défenses le «mammouth» de l’enseignement francophone, le groupe de travail sur les inégalités s’est en effet penché sur une série de dispositifs se voulant «correctifs» des inégalités. L’encadrement différencié – jadis appelé discrimination positive – a par exemple été largement abordé par le groupe de travail. Les membres du groupe voudraient rendre plus performant cet «outil» de lutte contre les inégalités, en affectant de manière plus fine ces suppléments de moyens aux écoles qui accueillent le plus d’élèves en difficulté. L’une des pistes serait, par exemple, de calculer l’indice socio-économique des écoles faibles (ISEF, un calcul qui permet d’affecter les moyens de l’encadrement différencié) sur l’indice propre de la situation réelle des élèves et de leurs familles, et plus uniquement en fonction de leur quartier de vie. L’idée étant que les établissements qui ont vraiment besoin de ce renfort en bénéficient. Une mesure qui suscite une adhésion assez large même si des syndicats, la FGTB-enseignement en tête, rappellent qu’il ne s’agit que d’un «palliatif» aux défauts plus profonds du système scolaire.

D’autres propositions axent sur le renforcement de l’apprentissage du français, la limitation des exclusions définitives ou sur l’importance «d’intégrer la diversité culturelle dans le projet de l’école». Le rapport évoque la possibilité de «donner une place aux fêtes religieuses et autres cultes reconnus». Une initiative qui mérite certainement d’être débattue bien que n’étant qu’indirectement liée à la question des inégalités. Enfin, des initiatives pédagogiques innovantes sont mises en valeur.

L’ambition d’un tronc commun polytechnique

Mais attention, des réformes d’envergure sont discutées dans d’autres groupes de travail. On pense par exemple à l’instauration d’un véritable «tronc commun» à tous les élèves. On sait que la «relégation en cascade» est l’un des défauts structurels du système belge francophone. On oriente les élèves moins performants de l’ordinaire vers le qualifiant – le technique de transition, le technique de qualification, puis le professionnel – et ce de manière très précoce. Aujourd’hui, l’orientation se fait officiellement à 14 ans, mais il existe déjà un enseignement secondaire «différencié» pour les 12-14 ans qui n’ont pas eu le CEB. De plus, certains élèves sont poussés à choisir des établissements dès 12 ans en fonction des options techniques qu’ils pourront y choisir à 14 ans.

Ici, on rendrait l’enseignement obligatoire dès 3 ans (une proposition existe en ce sens dans le groupe de travail sur l’investissement dans l’enseignement maternel). Tous les élèves suivraient l’enseignement ordinaire jusqu’à 16 ans (ou 15 ans, les débats sont rudes) en touchant à diverses disciplines tant manuelles qu’artistiques ou techniques, pour que l’orientation, qui est elle-même un important chantier, ne se fasse plus par défaut. Cela devrait s’accompagner, en parallèle, d’une revalorisation des filières qualifiantes auxquelles on n’accéderait plus qu’à 16 ans. Le point de départ d’une telle réforme – actée dans la déclaration de politique communautaire – est que les pays qui proposent les troncs communs les plus longs sont les pays qui présentent les meilleures performances, tout en contribuant à réduire les inégalités. «L’idée est bien de rompre avec la logique de relégation», explique Bernard De Vos.

À quelques heures des trois jours de Spa, chacun a bien conscience de ce qui se joue: «Si ça se plante on est reparti pour quelques années de tristesse pour l’école», affirme le délégué général aux Droits de l’enfant. Ce dernier s’inquiète des choix stratégiques de Joëlle Milquet: «Il aurait fallu dépasser le cadre de la majorité actuelle pour lancer un grand pacte pour l’enseignement. Créer une union sacrée pour éviter que Joëlle Milquet ne porte seule la responsabilité politique. Et ce n’est pas le cas.»

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