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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Nellie Bly:
« 10 jours dans un asile »

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En 1887, Joseph Pulitzer, rédacteur en chef du New York World, confie à la journaliste Nellie Bly (1) la mission de s’infiltrer dans un asile. Publié sous forme de feuilleton, le récit des dix jours passés au «Blackwell’s Island Hospital» fait état des traitements dégradants que subissent quotidiennement les femmes qui y sont internées. Le reportage vient aujourd’hui d’être publié dans sa version française (2).

«Les étages les plus élevés offrent une bonne vue sur New York et les bateaux de l’East River. Quand je contemplais entre les barreaux de fer la cité qui se dorait dans la lumière du soleil, je me prenais à songer dans quel état je serais si je n’avais personne pour me sortir de là.»

Fin du XIXe siècle, sur la Blackwell Island (aujourd’hui Roosevelt Island), une bande étroite de terre de 3 kilomètres de long et 250 mètres de large flottant sur l’East River, au cœur de New York. En ces lieux dérivent telles des âmes en peine les quelques centaines de femmes internées dans l’asile d’aliénées «Blackwell’s Island Hospital». Une nuit d’entraînement, probablement quelque talent inné de comédienne et une bonne dose de culot, et le tour est joué: Nellie Bly, la désormais célèbre journaliste américaine, endosse le rôle d’une folle pour intégrer les lieux et en dénoncer les conditions de vie.

Peu de temps après son arrivée, la reporter déclarée démente interpelle Miss Grupe, infirmière «au joli minois d’Allemande», mais chez qui Nellie Bly décèle tout de suite «une certaine dureté dans les plis de sa bouche». «La ville paye pour entretenir ce lieu et pour que les personnes qui y travaillent nous traitent avec bonté.» La réponse cingle, sans appel. «Inutile d’espérer. Ici, personne ne vous traitera avec bonté», martèle l’infirmière avant de tourner les talons.

Bains d’eau glacée, nourriture avariée, bâtiments vétustes, humiliations et sévices corporels en tous genres, Nellie Bly brosse le portrait glaçant de la prise en charge – si on peut parler d’une prise en charge – de ces femmes aux trajectoires variées mais toujours malencontreuses. Des femmes toutes étiquetées folles à des degrés divers – les plus dangereuses et suicidaires d’entre elles étant condamnées aux traitements les plus odieux.

«Folle? Oui, Miss Mayard était en train de le devenir. Impuissante face à la lente déchéance de cet esprit sain, je ne cessais de maudire médecins, infirmières et institutions publiques.» Pour Nellie Bly, nul doute sur le fait que, si l’on entrait dans cet asile avec une bonne santé mentale, il ne pouvait être possible de la conserver. «Je conseille à ces mêmes experts qui m’ont envoyée à l’asile – une décision qui a prouvé leur valeur – d’enfermer n’importe quelle femme en bonne santé et saine d’esprit, de la forcer à rester assise sur des bancs à dossier droit de 6 heures du matin à 8 heures du soir, de la priver de lecture et d’accès au monde extérieur, de lui donner pour toute récompense des coups et une nourriture infecte, et de voir combien de temps cela prendra pour qu’elle devienne folle. Deux mois de ces mauvais traitements suffiraient à la transformer en loque humaine.»

Le reportage, empli de compassion et de colère, a eu pour effet la libération d’un million de dollars affectés à la prise en charge des malades mentaux ainsi que le lancement d’une réforme des asiles. Il a aussi marqué la naissance du journalisme «infiltré» (3). La publication en français de 10 jours dans un asile constitue le premier volume de l’édition complète des reportages de Nellie Bly par les Éditions du sous-sol (4).

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