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(Aide à la) jeunesse

Modus Fiesta « teste » pour réduire les risques

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  • Par Cédric Vallet
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A Bruxelles, dans un lieu d’accueil chaleureux, Modus Fiesta propose au tout-venant de venir faire tester ses pilules festives. L’occasion d’instaurer un dialogue avec le consommateur de drogues autour de la réduction des risques. Pour la première fois, Modus Fiesta ouvre ses portes

On l’appelle « Le Chimiste ». Il est en fait pharmacien et se prénomme Merlin. Sa base est au sous-sol d’un local situé au cœur de Bruxelles. Deux petites tables se font face. Entre elles, les étagères croulent sous la documentation, les flyers, mais aussi les préservatifs, les bouchons d’oreille et les « kits de snif », composés d’une paille jetable, d’un peu de sérum physiologique et d’une fiche d’information.

Sur l’une des tables, on remarque une petite pilule rose tirant sur le carmin, posée dans une assiette. Merlin sort son couteau et effrite le cachet. Il verse un solvant sur la poudre. Il s’agit d’un test colorimétrique présomptif, aussi appelé « Marquis ».

Dans ce lieu bruxellois, Modus Fiesta offre tous les vendredis soirs des possibilités de « testing » à la demande, en toute discrétion, et ce depuis plus de dix ans. David Leclercq, coordinateur chez Modus Vivendi1, association initiatrice du projet Modus Fiesta nous narre la naissance de ce lieu atypique : « C’est un lieu d’accueil destiné aux usagers de drogues festives. Le constat est qu’il existe des lieux d’accueil pour jeunes. Il existe aussi des structures spécialisées pour des cas de toxicomanie lourde. Mais il n’y a rien pour les consommateurs qui ne se retrouvent pas dans ces structures. »

Ecstasy, speed, amphétamines, voire cocaïne. Tout y passe. Tant que la drogue peut être dissoute. « Je verse un peu d’acide sulfurique », proclame doctement Merlin, alliant le geste à la parole. « Le mélange devient noir, ajoute-t-il. Il y a des bulles. On peut donc dire qu’il y a de la MDMA. Mais on ne peut pas exclure qu’il y ait d’autres produits. » Le résultat est immédiat.



« Que les gens ne prennent pas de la merde »

Avant de se lancer dans le deuxième test, qui dure près de trois quarts d’heure, Merlin monte le son de sa chaîne hi-fi, comme pour mieux se motiver en ce vendredi soir hivernal. Il s’ouvre une cannette et nous explique combien son rôle chez Modus Fiesta l’enchante : « Le projet me correspond vraiment. C’est intéressant d’étudier la qualité du produit, de voir les interactions. Au-delà de la chimie, il y a le côté prévention. L’idée c’est que les gens ne prennent pas de la merde. »

Merlin agite son flacon de poudre rose, qu’il mélange avec de l’acétone. Ce second test – une « chromatographie sur couche mince » – permet d’identifier d’autres composants présents dans la pilule. « Je sais qu’on peut trouver dans une pilule d’ecsta de la MDMA, de la MDEA, de la caféine ou du paracétamol », explique Merlin. C’est donc ces produits qu’il cherchera.

L’information fournie sera plus précise, mais toujours lacunaire. Ce deuxième test ne dit rien des composants qu’on ne cherche pas, ni de la concentration des substances actives. Pour obtenir ces informations, la procédure est plus lourde. La poudre extraite des pilules est acheminée au laboratoire de l’Institut de santé publique. C’est le troisième test. Il faut attendre plusieurs semaines avant d’avoir les résultats.

Mais qu’importe. L’essentiel n’est pas là. Quand les jeunes – ou moins jeunes – apportent leurs pilules et attendent les résultats des tests, ils discutent avec des professionnels de Modus Fiesta. Autour d’un questionnaire, on parle des risques, on évoque la santé.

Des conseils sont prodigués. « Nous leur rappelons l’importance de s’hydrater, de ne pas essayer tout seul. Nous parlons aussi de la descente. On leur rappelle qu’elle fait partie de l’expérience », nous apprend David Leclercq. Ici, pas de jugement. Les jeunes peuvent franchir le seuil de l’institution en toute confiance. Il résume la philosophie du projet : « L’idée n’est pas de dire « il faut stopper la consommation ». Mais plutôt de dire « si vous consommez, faites-le de manière intelligente, en faisant attention à la santé ». » Chez Modus Fiesta, on fait de la « Réduction des risques ».

Réduction des risques par les pairs

Au rez-de-chaussée, au-dessus du labo, la sono est un cran plus forte. Vers 21 heures, une vingtaine de jeunes ont pris place dans cette salle d’accueil chaleureuse à la lumière tamisée. On discute fort pour tenter de couvrir les décibels du set électro – tendance house vintage – de DJ Soul3D.

Des groupes partagent un gâteau, d’autres une bière. On discute de tout et de rien. Parfois, quelqu’un s’esquive et part à la rencontre de Merlin, en bas, pour tester la pilule qu’il a dans sa poche et discuter avec un professionnel.

Avant de franchir ce pas, il aura certainement échangé quelques mots avec un « jobiste », comme on les nomme ici. Usager de substances psychotropes ou ancien usager, le jobiste a un rôle clef que nous explique Noya, qui occupe cette « fonction » depuis huit ans : « Nous accueillons les gens qui viennent ici. L’idée est de faire en sorte qu’ils se responsabilisent par rapport à leur comportement festif. A la base j’avais envie de faire attention à ma santé et que ceux autour de moi fassent aussi attention. »

Mais aider à la réduction des risques, n’est-ce pas une forme d’encouragement à la consommation ? Face à cette question récurrente, Noya a son idée : « Un jeune qui va vouloir faire la fête, que tu fasses de la prévention ou de la répression, il fera quand même ses expériences. Autant lui donner les outils pour que ça se passe bien. » Et c’est là que le jobiste a un rôle clé. En tant que « pair », il sera pris au sérieux. « Le jobiste parle le même langage, a les mêmes codes. Quelqu’un qui n’a que la théorie ne peut pas savoir ce que la personne traverse, entre la pratique et la théorie, il y a un monde », raconte Noya.

C’est souvent par l’intermédiaire des jobistes que des consommateurs, désireux d’en savoir plus sur ce qu’ils ingurgitent, franchissent la porte de Modus. La musique, les canapés, les discussions permettent d’instaurer un climat de confiance suffisant pour que les curieux posent leurs questions.

L’objectif premier que poursuit Modus Fiesta, c’est bien d’entamer un dialogue très concret avec les consommateurs. Des échanges plus poussés que dans les festivals ou les soirées qu’écume aussi l’association. David Leclercq est convaincu du bien-fondé de son projet et se méfie des retombées négatives d’une exposition médiatique trop grande : « Des gens vont croire que Modus Fiesta met un label de qualité sur les pilules. Alors que ce n’est pas le cas. Notre projet n’est absolument pas incitatif. Suite au testing, 40 % des personnes qui ont répondu au questionnaire ont dit ne plus vouloir consommer le produit qu’ils étaient venus tester. »

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