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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Ménagère en Belgique, architecte au Pérou

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  • Par Vinciane Malcotte
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Que faire lorsqu’on est migrant, hautement qualifié et que l’on ne possède pas d’équivalence de diplôme ? Exemple avec Rosa, architecte, qui fait des ménages.

« Au début, je faisais du baby-sitting. Petit à petit, mes employeurs ont commencé à me demander de nettoyer ceci ou cela. Après quelques semaines, j’ai réalisé que j’étais devenue la domestique de la maison », se souvient Rosa, une migrante latino-américaine hautement qualifiée. Rosa, 38 ans, architecte, est née à Lima. Elle a migré en Belgique par amour, afin d’y rejoindre un homme rencontré lors d’un échange international. Son père est comptable, sa mère, femme au foyer. Rosa n’alimente pas les stéréotypes réservés aux Latino-américains : blanche, grande, mince, yeux bridés hérités d’un père japonais, universitaire et légale sur le territoire. Malgré sa maîtrise du français et son diplôme d’architecte, elle n’a pas trouvé d’emploi. Comme pour beaucoup de migrantes, son histoire est un long chemin vers la domesticité. « Même s’il s’agit d’un profil minoritaire – les migrants hautement qualifiés restent souvent dans leur pays d’origine – il y a un pourcentage non négligeable d’universitaires qui travaillent dans des « petits boulots » car leurs études ne valent rien ici », explique Ivan Salazar de l’Hispano-Belga1. Lorsqu’elle est arrivée en Belgique, Rosa a trouvé un CDD de trois mois dans un bureau d’architecte. Faute d’équivalence ou de diplôme homologué, elle y travaillait comme dessinatrice de plans. Elle a ensuite commencé le baby-sitting pour six euros de l’heure. Puis les ménages.

Rosa éprouve constamment un sentiment d’inutilité. Même si sa situation n’est pas précaire, son manque d’activité professionnelle lui pèse. « Beaucoup de femmes qui arrivent légalement ne doivent pas réellement travailler car elles peuvent se reposer sur le salaire de leur mari. Cependant, elles sont à la recherche d’une reconnaissance sociale », explique Luis Barbarán, responsable de El Andino2.

Rosa a pourtant fait son possible : elle a suivi des cours de néerlandais, commencé des études de décoration d’intérieur et suivi une formation en parfumerie. Elle a envisagé de s’établir comme indépendante avant de renoncer devant l’ampleur des formalités administratives nécessaires pour ouvrir une entreprise.

Après de nombreux échecs, elle a trouvé une solution dans la migration alternée. Depuis quatre ans, elle vit un an et demi au Pérou, où elle occupe des contrats bien rémunérés d’architecte, et un an et demi en Belgique, où elle peut vivre grâce aux économies ainsi réalisées. Elle a également commencé le télétravail avec un ami péruvien. Il est débordé et aimerait déléguer du travail en lui donnant la possibilité d’avoir un emploi à sa hauteur sans qu’elle doive constamment se déplacer d’un continent à l’autre.

Retrouver l’estime de soi

La difficulté des migrants à faire reconnaître leur diplôme les pousse vers des emplois précaires. À propos des femmes migrantes, Laurence Roulleau-Berger, une chercheuse et enseignante à l’université de Lyon, affirmait que « ces situations produisent un sentiment d’inutilité sociale qui crée des tensions identitaires fortes quand ces personnes sont contraintes à l’inactivité. »

Pour retrouver l’estime de soi, certaines migrantes s’engageront dans le bénévolat, à côté de leur travail alimentaire. Il s’agira par exemple d’animer des émissions de radios communautaires, d’ouvrir un magasin ethnique, de travailler dans une association de migrants ou dans des associations de défense des droits de l’homme tournées vers le pays d’origine. « Les migrants qui se lancent dans le travail bénévole cherchent une reconnaissance, un espace qu’ils n’ont pas eu auparavant. À travers ces emplois, ils peuvent montrer qu’ils ont des connaissances. Les migrants veulent être reconnus comme professionnels, et pas uniquement comme des mères ou des femmes au foyer », commente Luis Barbarán.

L’équivalence et l’homologation de diplôme est un processus long, coûteux, compliqué et dévalorisant. « Un médecin qui exerce depuis 30 ans dans son pays d’origine se sent diminué quand on lui demande de passer à nouveau des examens », explique Ivan Salazar. Alors que l’on parle d’intégration et d’assimilation, rien n’est fait pour que le migrant s’intègre par la voie professionnelle.

Les Latino-américains à Bruxelles

Bien que l’on ne connaisse pas avec précision le nombre de migrants latino-américains, on peut affirmer qu’ils constituent une faible part des migrants présents en Belgique. Leur présence n’est pour autant pas négligeable.

Le profil du migrant latino-américain n’est pas uniforme. Beaucoup arrivent de façon illégale et sont relégués dès leur arrivée à des emplois subalternes (ménage, garde d’enfant, assistance aux personnes âgées, etc.). D’autres profils existent et il existe des personnes qualifiées, arrivées légalement sur le territoire. Ces dernières éprouvent beaucoup de difficultés à obtenir un emploi dans leur domaine de qualification.

La barrière de la langue, la difficulté à homologuer leur diplôme, le manque de réseau social, les préjugés et la discrimination sont autant d’obstacles à l’exercice d’un travail similaire à celui occupé dans le pays d’origine. Le migrant se contente alors de « petits boulots ».

Les migrantes diplômées en Belgique

La situation des migrantes ayant obtenu leur équivalence de diplôme ou possédant un second diplôme belge est sensiblement meilleure. Ces femmes sont souvent issues de famille aisée et ont généralement reçu une aide financière (familiale ou étatique) pendant la durée de leurs études.

Celles qui réussissent à finir leurs études trouvent plus facilement du travail du côté néerlandophone. Les universités flamandes à Bruxelles donnent, pour la plupart, leurs cours en anglais. Il est donc plus facile pour les migrantes de suivre les cours dans une langue qu’elles maîtrisent bien. Une fois diplômées, elles se tournent soit vers des multinationales où la langue de travail est l’anglais, soit chez les néerlandophones qui les autorisent à pratiquer cette langue.

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