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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Locataires en proie à la souffrance psychique : la fin des réponses introuvables ?

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Détresse sociale et souffrance psychique vont de pair, c’est un lieu commun. A Liège comme à Court-Saint-Etienne, deux sociétés de logements sociaux ont, chacune à leur manière et sans attendre la mise sur pied de la fonction de référent social, décidé de s’attaquer aux problématiques de santé mentale de leurs locataires

Maria, enseignante, vient d’être pensionnée. Elle vit seule. Suite à la perte de son frère dont elle était très proche, elle perd pied. Ses voisins se plaignent d’odeurs nauséabondes. « Quand on s’est rendu à domicile, explique une travailleuse sociale, on a découvert des excréments sur les murs, de la vaisselle qui s’amoncelait de tous côtés, des médicaments éparpillés sur le sol… » Trois mois plus tard, suite à la visite d’un technicien pour un problème de chaudière, le constat est sans équivoque : la situation s’est aggravée. Mais Maria refuse toute aide extérieure… Une situation délicate qui se clôture malheureusement par l’expulsion de la locataire. Ailleurs, dans une tour de logements, on interpelle le technicien parce qu’une femme bloque l’ascenseur afin de l’exorciser…

Plaintes de voisins, interpellations du service technique, incapacité à entretenir son logement « en bon père de famille », retards prolongés dans le payement de loyers… : c’est souvent un tiers qui amène le travailleur social à détecter un problème de santé mentale chez un locataire. « Ces personnes en souffrance psychique sont souvent dans le déni », précise Thomas Michaux, assistant social à la Maison Liégeoise depuis 2009, qui a pris à bras-le-corps la question de la santé mentale des locataires des deux tours qui bordent la Meuse.

Face aux problèmes de santé mentale, les travailleurs sociaux se sentent souvent démunis. Le constat n’est pas neuf. « Il y a autant de situations que de personnes, ce n’est pas évident de créer une méthode, une sorte de jurisprudence, nous confie Thomas Michaux. C’est parfois difficile de faire la part des choses. L’avis d’un professionnel de la santé nous permet d’y voir plus clair, de nous déresponsabiliser par rapport à ce qui peut éventuellement arriver. » Face aux questions, classiques mais tenaces, des limites du travail social – quand passer le relais ? quels sont les mandats de chacun ? comment gérer une situation urgente ? – la plupart des sociétés de logement public, à l’instar de ce qu’elles font traditionnellement avec leurs partenaires des secteurs sociaux, activent de manière plus ou moins construite leur réseau de structures de santé : maisons médicales, médecins traitants, services de santé mentale…

L’enjeu étant, selon le point vue adopté, de tendre vers l’application par les locataires de leurs obligations, ou plus largement, de parvenir à un équilibre entre intérêt individuel (le locataire), collectif (le voisinage), et celui de la société de logement.

Logements sales et déni de soi

A l’IPB (Immobilière publique du centre et de l’est du Brabant wallon), on a attaqué le problème par un angle bien particulier : l’hygiène. « Derrière le manque d’hygiène, il y a toujours quelque chose qui se cache, nous explique Anne Jadin, qui travaille dans la société publique depuis 1985 et qui a pris récemment la casquette de référente sociale. Mais ce n’est pas anodin d’oser en parler, beaucoup de travailleurs sociaux ont des freins par rapport à cela. Inversement, un logement mal entretenu a un impact sur le moral », continue-t-elle. Vivre dans la crasse : une façon de s’auto-exclure de la société. Un comportement que l’on appelle syndrome de Diogène : « Suite à un décès ou à une grande souffrance, on accumule ses déchets à l’intérieur de son logement, explicite la travailleuse sociale. Il y a même des personnes qui vont au parc à conteneurs chercher des déchets pour les ramener chez eux… » A l’évidence, une façon de s’abandonner soi-même.

En 2012, l’équipe sociale de l’IPB s’est donc formée avec l’association des Infirmiers de Rue, bien connue pour son travail avec les sans-abri dans les rues de la capitale. « L’idée était d’apprendre à parler de ce sujet sans faux-fuyants, raconte Anne Jadin. Avec pour objectif de réussir à travailler leur motivation au changement avec les locataires : voir quels sont les avantages et les inconvénients à entamer un changement ou, au contraire, à perdurer dans le statu quo. »

A Liège, c’est une tout autre piste qui a été suivie. On a sauté sur l’opportunité créée par la réforme des soins de santé mentale (psy107) pour s’efforcer de trouver de nouvelles réponses. « Dans le cadre de la réforme, on a reçu une invitation de Fusion Liège (NDLR projet pilote mené depuis 2011 : via la mise en place d’un réseau, il vise à favoriser la prise en charge dans le milieu de vie et ainsi à proposer une alternative à l’hospitalisation). Nous avons un grand intérêt à participer à ces réunions : pour avoir plus de contacts, plus d’outils, de partenaires, explique Thomas Michaux. C’est le bon outil pour pénétrer dans la sphère psychomédicale, et pour que ces acteurs eux-mêmes aient une démarche d’ouverture vers les autres secteurs. »

Outre la réalisation d’outils communs (cartographie des acteurs, outils de communication…), l’ouverture mutuelle entre les deux secteurs permet de faciliter le maintien dans le logement social de personnes avec des troubles psychiatriques. Elle a aussi pour but d’aider à la réhabilitation dans le logement de personnes sortant d’institutions (habitations protégées, centres hospitaliers…) via un dispositif de bail glissant (NDLR dans un premier temps, c’est l’institution qui est signataire et responsable du bail, qui est ensuite repris, au bout de trois ans, par le locataire). Le réseau peut également être mobilisé dans des situations d’urgence grâce à l’intervention d’équipes ambulatoires rapidement accessibles : l’équipe mobile INUK (accompagnement thérapeutique dans le milieu de vie), l’ETAC (Equipe de traitement ambulatoire de crise) et le SPADI (Soins psychiatriques à domicile intégrés). Ce projet est encore en phase de construction, mais les contacts suscités ont déjà permis de stabiliser quelques situations individuelles, s’enthousiasme l’assistant social.

Combattre la solitude

« La souffrance mentale, la solitude sont beaucoup plus présentes qu’avant », constate Anne Jadin. Un constat dont les travailleurs sociaux, tous secteurs confondus, se font régulièrement l’écho. « Mais quelle est la frontière entre troubles psychiques et maladie mentale ? s’interroge Thomas Michaux. La souffrance psychique est souvent due à la solitude, à l’ennui, voire aux troubles de voisinage qui rendent les gens paranoïaques. » D’où la nécessité de ne pas catégoriser ces personnes, de prendre en compte leurs conditions d’existence et d’envisager un accompagnement holistique. Thomas Michaux souligne aussi l’importance de travailler le développement communautaire, l’action collective et la participation : « Il faut faire en sorte que les gens se connaissent, se mélangent. » Une conclusion que partage Anne Jadin.

A Liège comme à Court-Saint-Etienne, on le voit, les équipes d’accompagnement social n’ont pas attendu la mise en place de la fonction de référent social pour entamer un travail de seconde ligne qui réponde aux problématiques de santé mentale. Une manière comme une autre de constater que le travail social dans les logements sociaux est avant tout… du travail social.

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