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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Le bien-être : pour tous ?

©shutterstock
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  • Par Beatrice Francq
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Dans le cadre du décret Inclusion, il est important de réfléchir à ce qui assure la santé de tout un chacun, à savoir le sentiment de bien-être. Mais que signifie bien-être ? Pour l’Organisation mondiale de la santé, « la santé est un état de complet bien-être, physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition n’a pas changé depuis 1946. Mais alors, une personne porteuse d’un handicap ne pourrait-elle connaître qu’un bien-être partiel ? Par Béatrice Francq, sophroconseillère à l’asbl Sources d’harmonie.

Allons plus loin : les Nations unies, partant de la définition citée plus haut, l’élargissent en associant santé et bien-être à la santé mentale. « La santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté. Dans ce sens positif, la santé mentale est le fondement du bien-être d’un individu et du bon fonctionnement d’une communauté. »

Mais une personne handicapée est-elle productive, utile à la communauté, a-t-elle accès à un logement confortable, peut-elle prétendre à des loisirs ? En outre, chacun d’entre nous a-t-il accès de la même façon, pleine et entière, au bien-être ? Une personne handicapée bénéficie-t-elle d’un cadre de vie suffisamment agréable pour accéder à un plein épanouissement et donc à un total bien-être ?

Pour l’ONU, les déterminants de la santé mentale sont : « Des facteurs sociaux, psychologiques et biologiques multiples déterminent le degré de santé mentale d’une personne à un moment donné. Ainsi, des pressions socio-économiques persistantes sont des facteurs de risque reconnus pour la santé mentale des individus et des communautés. Les données factuelles qui l’attestent le mieux sont les indicateurs de pauvreté, notamment les faibles niveaux d’instruction. » Les problèmes de santé mentale sont également associés aux éléments suivants: changement social rapide, conditions de travail éprouvantes; discrimination à l’égard des femmes, exclusion sociale, mode de vie malsain, risques de violence ou de mauvaise santé physique et violations des droits de l’homme. Par ailleurs, certains profils psychologiques et certains traits de personnalité prédisposent aux troubles mentaux. Enfin, les troubles mentaux peuvent être dus à des causes biologiques, notamment à des facteurs génétiques et à des déséquilibres chimiques du cerveau.

Il est pour le moins surprenant que cette définition, aux prétentions exhaustives, n’évoque rien des problèmes des personnes handicapées. Les personnes handicapées sont-elles les grandes oubliées de l’ONU ou n’ont-elles tout simplement pas accès à une santé mentale équilibrée, au bien-être, donc ?

Pourtant, moi qui suis sophroconseillère aveugle, je suis convaincue, tant par mon expérience de vie que par mon expertise professionnelle, que toute personne, handicapée ou non, a droit au bien-être. Contrairement aux idées reçues, l’épanouissement personnel représente une quête pour chacun de nous, qui aspirons tous à une vie harmonieuse et équilibrée.

Témoignages

Voici quelques témoignages, apportés d’un côté par des personnes que j’accompagne dans mes ateliers de sophrologie, qu’elles soient handicapées ou non, et d’un autre par des personnes qui ne pratiquent pas la sophrologie mais qui ont accepté de partager leur vision du bien-être 1.

Pour Éric, le fondateur de l’asbl Bon pied mais pas bon œil, le bien-être est lié à l’acceptation de soi, « je suis une personne à part entière, mais avec la particularité de mon handicap, ça fait partie de moi ». Pouvoir s’affirmer en tant que personne malvoyante est pour lui un moyen de « bien vivre son handicap au quotidien ». Randonneur invétéré, il a besoin de la nature pour se ressourcer. Depuis sa participation à un week-end de ressourcement, les marches méditatives et les relaxations dans la nature l’aident à mieux ressentir la force de la nature, qui lui permet de se ressourcer et de « relâcher » les tensions. Dans la recherche du bien-être, il pense que les personnes handicapées relativisent davantage que les autres et « se prennent moins la tête ». Pour lui, l’acceptation et l’affirmation de soi ouvrent à un véritable « mieux-être ». Il nous propose la métaphore du boomerang pour expliquer que le handicap évolue et qu’il est présent au quotidien.

Charles, tout comme Éric et d’autres participants à un atelier de sophrologie pour personnes non handicapées, insiste sur l’importance de la nature dans la quête du bien-être. Elle conduit à l’apaisement et à la détente. Les autres participants qui l’entourent acquiescent.

Cécile, personne aveugle, décrit ce qu’est pour elle le bien-être : « Se détendre, prendre du temps pour soi, découvrir qu’on peut faire autre chose que courir. » Elle organise des séjours « bien-être » qui permettent aux personnes handicapées et/ou polyhandicapées de bénéficier d’activités ouvrant à un «mieux-être». Ces séjours rencontrent un véritable succès depuis 2011. Mais pourquoi proposer ce genre de séjours ? « Ils sont le fruit d’une demande, d’un besoin de personnes que je côtoie régulièrement. Je suis aveugle et fortement impliquée chez Alteo, et j’organise régulièrement d’autres séjours et activités. Je suis convaincue que le bien-être est important pour chacun, que l’on soit handicapé ou non. Une personne égale une personne ! »

Pour Catherine, atteinte de fibromyalgie : « Le bien-être, c’est quand je n’ai aucune douleur. C’est aussi quand je suis contente d’avoir pu faire une activité que j’aime, même si au départ je n’en avais pas trop envie, car fatiguée et pas bien, mais quand je participe à l’activité, je me sens bien et cela me procure un bien-être. » Pour Yves, « le bien-être c’est le calme, les pieds dans l’eau à la mer loin de tout, seul, c’est aussi rêver, faire des projections d’images positives; peu importe si elles ne se réalisent pas, rêver, ça je sais faire ». Pour Catherine comme pour Yves, le plaisir des rencontres et l’amitié font partie du bien-être et ces énergies positives apaisent et font passer la douleur à l’arrière-plan. Une douleur supportable est oubliée quand on se sent bien.

Aux témoignages de ces personnes confrontées à des douleurs quotidiennes fait écho celui de Lucien, qui nous dit que le bien-être, qu’il appelle bonheur, consiste à se sentir entouré de sa famille, ce qui le fait se sentir moins seul…

Ces témoignages se rejoignent et me confortent dans l’idée que tous, nous pouvons accéder à un bien-être, que l’on soit une personne handicapée ou non et que, comme nous l’a dit Éric, cette conception de l’existence, cet état d’esprit qui nous amène à savourer notre propre bien-être est possible pour chacun de nous. Il ne dépend que de nous de « cultiver » cet art du bien-être même si nous sommes confrontés à des difficultés et que, comme le souligne Éric, rien n’est acquis : « cheminer vers le bien-être » est un art de vivre. Cependant, la plupart d’entre nous continuent à associer la notion de bien-être à ce que je définirais comme un moment fugace, un instantané.

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