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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

La mixité perd la deuxième manche

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  • Par Martine Vandemeulebroucke
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Des salles de fitness ladies only, des piscines avec des créneaux horaires pour femmes, le sport sans les hommes va-t-il faire la course en tête ? Et si ce rejet de la mixité s’expliquait surtout par une raison de regard. Regard de l’homme sur le corps de la femme et surtout de la femme sur le sien.

En août dernier, les usagers masculins de la salle de fitness située dans le quartier des Guillemins à Liège en ont laissé tomber leurs haltères de stupeur. Leur salle allait désormais être réservée aux seules femmes. Illégal ? Oui. Les discriminations entre hommes et femmes dans l’accès aux services sont interdites. Mais le groupe HealthCity, gestionnaire de la salle, a trouvé un moyen de contourner les contraintes légales et d’assumer son choix. Liège n’est pas la seule ville disposant de salles de sport réservées aux seules femmes. À Gand, à Anvers, c’est déjà le cas depuis quelques années. À Bruxelles, la chaîne HealthCity dispose de deux clubs Ladies, l’un rue Antoine Dansaert, l’autre avenue Louise. La clientèle musulmane n’est clairement pas la seule visée. L’exclusion de la mixité devient en soi un argument de vente.

La question de la mixité, ou plutôt de son absence, s’était déjà posée pour les piscines. En France, depuis le début des années 2000, certaines villes ont adapté les horaires des piscines municipales pour les réserver aux seules femmes. La polémique aura été de courte durée. Aujourd’hui, les créneaux horaires distincts à la piscine ne font plus de vagues.

Mais le malaise subsiste. Alors que, pendant des décennies, les femmes ont lutté pour obtenir la mixité dans tous les espaces de leur vie, ce rejet de la mixité, exprimé jusqu’ici surtout dans le domaine médical et sportif, interpelle et divise les féministes. Il suscite aussi l’incompréhension des hommes accusés d’être les responsables de cette désaffection des femmes pour un espace de loisirs commun. « Je ne comprends pas, nous confie ce gestionnaire d’une salle de sports dans le Brabant wallon. Les femmes sont largement majoritaires parmi nos clients. Dans les cours collectifs surtout, on compte souvent les hommes sur les doigts d’une main. Ce sont eux qui doivent se sentir minorisés. »

Depuis le début des années 80, le nombre de femmes qui pratiquent une activité sportive n’a effectivement pas cessé de progresser. Mais la ligne de partage entre les sports dits féminins et masculins reste bien réelle. Aux femmes, la natation, la marche, la danse, la gymnastique et toutes les activités dites de « bien-être ». Aux hommes, le football, le tennis, le vélo, tous les sports socialement valorisés.

À l’école, les cours de sport mixtes n’entraînent pas une éducation égalitaire entre les deux sexes, constate Sophie Pereira, chroniqueuse à l’Université des Femmes. Au contraire, ils renforcent parfois les uns et les autres dans des rôles stéréotypés. En privilégiant la compétition, la force, l’endurance, on pousse les filles à faire du sport au masculin. « Nombreuses sont celles qui auraient besoin d’apprendre à réutiliser leur corps et à explorer au maximum leur potentialité physique et énergétique. La mixité dans l’activité sportive devrait déplacer les objectifs de performance et de compétition vers des formes de plaisir d’être ensemble pour vivre une culture corporelle tout au long de sa vie. »

Le poids de la communauté

 Mais cette mixité-là n’a rien d’évident. « Le regard des hommes sur le corps des femmes reste un problème », nous explique Dominique Sonveaux, responsable de l’antenne namuroise de Vie Féminine. Depuis cinq, six ans, l’association réserve la piscine aux seules femmes, une fois par mois. « En tant que féministe, je suis bien sûr opposée à cette séparation des sexes. Mais ce créneau horaire qui leur est réservé, c’est devenu la seule occasion pour des femmes musulmanes de faire du sport. Bien sûr, nous ne nous arrêtons pas là. Cette pratique sportive est aussi l’occasion d’un accompagnement, d’une réflexion avec les femmes sur la question de la mixité. Nous voulons faire évoluer ce comportement. »

 La fréquentation d’une piscine à la seule condition d’en exclure les hommes (y compris le maître-nageur) a une dimension culturelle indéniable. « Mais les raisons sont complexes, poursuit Dominique Sonveaux. Des femmes reconnaissent que leur mari n’est en rien hostile au fait de fréquenter une piscine « normale ». Et les responsables des communautés religieuses que j’ai interrogés à ce sujet m’ont assuré ne jamais s’être montrés hostiles à la mixité dans le sport. Mais ces femmes craignent de se faire mal juger par la communauté. »

 La communauté, ce sont les autres femmes aussi. Et son emprise est déterminante. Une jeune Marocaine a expliqué se sentir plus libre au Maroc, où elle pouvait sans problème se promener en bikini sur la plage, que dans la piscine de Namur. « C’est vraiment ancré dans leur tête, dit Dominique Sonveaux. Surtout chez les plus jeunes. » Dominique Sonveaux ajoute que la piscine « entre femmes » ne séduit pas seulement les personnes d’origine musulmane. Des femmes en surpoids la fréquentent aussi parce qu’elles craignent le regard des hommes sur leur corps. « Beaucoup d’entre elles avaient eu des expériences négatives et avaient arrêté toute pratique sportive pour cette raison. Je suis sportive. Je fréquente des salles de sport mixtes et un club de ping-pong. Mais combien de fois n’ai-je pas entendu des quolibets quand une femme entre dans la salle. Moi, je réagis mais d’autres arrêtent le sport pour cette raison. »

 « Je connais ces salles de sport où l’on vous étudie à la loupe pour guetter la marque de votre body et le pli de votre genou, écrit Dom Bochel, sur le site du Nouvel Obs dans un article consacré aux piscines « entre femmes ». Je connais ces lieux où la compétition est cruelle et le plaisir absent. J’ai testé les salles de sport réservées aux femmes et j’ai pu observer que celles qui s’y rendaient, jeunes ou vieilles, apportaient avec elles pas mal de complexes qu’elles n’auraient pas osé montrer ailleurs. Que ce soit des bourrelets, des rides ou des peaux flasques (…) Plein de gamines dans mon entourage n’osent pas se mettre en maillot de bain, ne vont pas à la piscine, osent à peine s’inscrire dans une salle de sport et sont si mal dans leur corps. Et ce n’est pas une question d’éducation. L’éducation pèse si peu face au monde qui nous entoure. Dire que c’est du sexisme de vouloir aménager les horaires d’une piscine, n’est-ce pas ignorer la société dans laquelle on vit ? » Une société, poursuit la blogueuse, « où on ne peut être grosse, trop maigre, ridée ou avec un gros cul sans que cela implique des regards moqueurs et des petites phrases assassines ».

 Les femmes participent bien sûr à la diffusion de cette culture du corps féminin parfait. Même si elles en sont souvent les premières victimes. Les piscines et les salles de sport non mixtes ont donc un bel avenir devant elles car pour certaines femmes, elles deviennent la condition sine qua non pour pratiquer une activité physique. Une étude française, le Baromètre Santé-Jeunesse de 2008, a constaté que dès l’adolescence, les filles abandonnent massivement (deux tiers d’entre elles !) toute pratique sportive. Et lorsqu’elles la maintiennent, la principale raison évoquée, c’est la volonté de perdre du poids. C’est le premier motif pour les 15-19 ans, le second pour celles qui ont entre 20 et 24 ans, « ce qui en dit long, estime l’étude française, sur le poids social que subissent les jeunes femmes ».

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