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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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Social et santé

Kaer : le rap pour s’évader

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Quand il n’est pas sur scène, Kaer, membre du groupe de Hip-hop liégeois Starflam, anime des ateliers d’écriture dans des prisons et des IPPJ

La musique, il est tombé dedans quand il était petit. Dans sa famille, on est musicien de génération en génération. D’origine équatorienne, Didier, que l’on connaît mieux aujourd’hui sous le surnom de Kaer, partage son enfance entre sa ville natale de Liège et les tournées de son père corniste en Amérique latine. Lui-même y retournera chercher l’inspiration pour son premier album solo « Versatil ».  

Avec un père corniste, un grand-père chanteur d’opéra, une grand-mère pianiste, on imaginerait bien le petit Didier répéter sagement ses gammes à la maison. Sauf que la musique classique, ce n’est pas du tout sa tasse de thé. A Mozart, Beethoven ou Brahms, il préfère les cassettes de Public Enemy, Assassin et NTM. Des quatre disciplines qui fondent le mouvement Hip-hop – le graffiti, le deejaying, le break-dance et la musique, c’est d’abord la peinture qui l’attire. Bombes en poche, à douze ans, il laisse sa signature un peu partout sur les murs de Grivegnée, un ancien quartier ouvrier au sud de Liège. Il a aussi pour habitude de traîner dans le centre-ville et à la Maison de jeunes de Thiers, où la petite communauté Hip-hop a l’habitude de se retrouver à la fin des années ’80. Rapidement, le sentiment de faire partie d’un mouvement naissant, d’être au début d’une grande aventure musicale le grise. « Faire du Hip-hop, c’est comme pratiquer un sport. Il y a un défi, une émulation. On veut composer les meilleures chansons, les meilleurs textes. Le tout dans un esprit de respect et de partage. C’est une saine compétition », raconte-t-il, un large sourire aux lèvres.

Avec deux frères jumeaux lourdement handicapés, la découverte du rap est aussi pour Kaer une façon de s’évader. « La musique, c’est un souffle quand on se sent étouffer, un moment de création où le temps se suspend ». Quand on lui demande ce qu’il pense de la situation des personnes handicapées en Belgique, ses yeux s’embuent presque imperceptiblement. « On manque de soutien financier, de places dans les centres, d’aides familiales à domicile. Mais surtout, on sous-estime le suivi psychologique des parents. La question du handicap n’est pas que physique. Les parents d’enfants handicapés se renferment. Il faut affronter le regard des autres. Ma mère a sacrifié sa vie pour mes frères. Mon père est devenu aigri. A cause du désespoir. »

Il y a quelques années, Kaer a monté un concert avec un groupe de personnes trisomiques et d’une classe d’adolescents. Il en garde un souvenir joyeux. « C’est aussi ça la musique, se faire rencontrer deux mondes qui ne se croisent jamais. Blancs et noirs, riches et pauvres… »

Poésie derrière les barreaux

Au milieu des années ’90, Kaer intègre le groupe Starflam. Sans doute le groupe de Hip-hop le plus médiatisé de notre petit royaume. En 2001, leur deuxième album, Survivant, se vend à plus de 30.000 exemplaires. A l’époque, il vendait encore des ceintures sur les marchés pour payer son loyer !

Depuis, Kaer mène sa carrière d’artiste professionnel en parallèle avec ses activités d’animateur musical. Avec l’association Spray Can Art1, cofondée avec le graffeur Michael Nicolaï, Kaer organise des ateliers Hip-hop dans des écoles, mais aussi des prisons, des centres de détention pour mineurs. Accompagner les jeunes délinquants ou les détenus à transformer leur agressivité en poésie, à découvrir ce qu’ils ont de plus beau en eux, constitue l’essence de ce travail. « On ne peut pas laisser les gens croupir dans leur gouffre économique et culturel, il faut leur donner la parole. Si tu apportes un peu de lumière dans les zones d’ombres, il y a forcément de belles choses qui y poussent. Ce sont des gens qui n’ont pas reçu beaucoup d’amour. Qui trouvent dans le crime une forme de valorisation. Moi, j’essaie de les valoriser autrement. Quand je leur dis « bravo, c’est une belle métaphore », tu vois que ça les touche. Le processus de création, c’est obtenir quelque chose de quelqu’un qu’il ne soupçonnait même pas avoir en lui. Au début, on n’ose pas écrire, on s’en pense incapable, on essaie, on se trompe, on apprend, on avance. C’est comme la vie. Le problème est en eux, la solution aussi. »

Des rencontres qu’il a faites dans le cadre de son association, certaines ont particulièrement marqué le rappeur. Kaer se souvient, par exemple, d’un enfant placé en famille d’accueil par le juge. « Il ne parlait pas, gardait toujours la mâchoire serrée. Avec le rap, il a commencé à parler de sa mère, à sortir sa colère. Aujourd’hui, c’est un petit mec de 15 ans, il continue à écrire et c’est devenu une vraie pipelette ! »

Hip-Hop VS Gangsta Rap

Le Hip-hop est né en Amérique, dans les années ’60, dans un contexte où le fossé entre la majorité blanche qui profite du rêve américain et les minorités se creuse, entraînant violences et repli identitaire. Dans ce contexte tendu, la musique apparaît comme un moyen de transformer l’ambiance négative de la rue en énergie créative. Avec le break-dance, les gangs laissent tomber les armes pour des duels de danse.

Quand on écoute Kaer nous parler de ses ateliers en prison, on se dit que la musique n’a rien perdu de sa puissance fédératrice. Même si l’on peut parfois entendre quelques fausses notes. « Quand on donne les ateliers en IPPJ, ça remet aussi en question sur ce que le rap peut refléter. Aujourd’hui, le rap est devenu argotique, misogyne, de droite. C’est « tout pour ma gueule et je baise tout le monde ». C’est le reflet d’une jeunesse consumériste, biberonnée à la publicité. Mais cette jeunesse, c’est notre société qui l’a créée. Elle est notre miroir » s’indigne le rappeur, qui vient de devenir papa de jumeaux.

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