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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Culture

«I am not from Barcelona», un long-métrage sur l’engagement

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Alex, un jeune étudiant belge empêtré dans des problèmes familiaux. Olivia, une jeune Espagnole activiste dans un squat de Barcelone où logent des sans-papiers. Un regard, une étincelle. La rencontre entre les deux protagonistes va signer la naissance de l’engagement militant du jeune homme. Un engagement qui n’aura de cesse de grandir, au risque de se mettre en danger et de s’éloigner de sa famille.

Avec leur premier long-métrage de fiction, Stéphane Leclercq et Muriel Allard interrogent la militance. Ses motivations, ses formes, son efficacité, mais aussi les frontières que l’on est prêt ou non à franchir. Le film a été tourné à Barcelone et à Bruxelles avec des acteurs, des squatteurs et des sans-papiers. En dépit de son minuscule budget, il a été sélectionné dans une douzaine de festivals dans le monde et primé deux fois. Interview du réalisateur et de la scénariste et productrice.

Alter Échos: Votre film met en question les causes qui font naître l’engagement militant, qui naît d’une rencontre, presque du hasard. Qu’avez-vous voulu raconter?

Stéphane Leclercq: L’engagement était la question centrale qu’on voulait travailler à travers ce film. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné quelqu’un s’intéresse à autre chose qu’à sa vie à lui, qu’il sorte de sa zone de confort? Le personnage principal, Alex, a des soucis familiaux. On a tous nos problèmes. Cela peut même être une excuse pour ne pas s’intéresser aux problèmes des autres. On voulait aborder ça. Dans le film, Alex fait des rencontres avec des gens qui sont dans l’action. Après, est-ce que cette action est utile, pertinente, c’est une autre question, mais en tout cas ils sont dans l’action.

Muriel Allart: On avait envie de traiter la question par l’intermédiaire d’un jeune homme qui ne vient pas de ce milieu-là. De montrer que l’engagement, le militantisme, ce n’est pas juste une activité de jeunes éduqués et engagés.

A.É.: Vous souhaitiez également parler des différentes formes que peut prendre l’engagement et, derrière cela, évoquer la question de son efficacité…

S.L.: Jusqu’où va-t-on quand on s’engage? Est-ce qu’on se met en danger pour la cause qu’on défend? Est-ce qu’il vaut mieux travailler pour aider quelqu’un en particulier, être très fort dans le concret ou essayer de faire bouger les choses à un niveau plus politique? On ne voulait pas choisir, nous, personnellement, on pense que tout est utile. Mais on voulait aborder un peu tout ça.

«On travaille à moitié dans le social et la santé, à moitié dans l’audiovisuel. Toujours en se posant la question de ce qui est le plus efficace.»

A.É.: S’engager, cela peut engendrer une prise de risques, c’est aussi se poser la question des limites que l’on va se mettre?

M.A.: Jusqu’où on va, jusqu’où on s’implique, c’est se poser la question des limites, mais aussi du risque dans le militantisme. On travaillait sur le film pendant le mouvement des Indignés en Espagne. Les manifestants qui campaient sur la place Catalunya à Barcelone risquaient de se faire arrêter, ils se faisaient frapper par la police. Aller manifester, cela peut être une prise de risques pour son intégrité physique. Plus spécifiquement, autour de la thématique des sans-papiers, toutes les personnes qui travaillent en tant que salariés ou bénévoles avec ce public vivent la difficulté de mettre des limites. Comme les sans-papiers n’ont pratiquement aucun droit, finalement on a toujours envie de les aider plus et cela peut commencer à toucher à la sphère privée. Qu’est-ce qu’on est prêt à donner de soi pour les aider? Il y a des personnes qui vont loin là-dedans. Mais on n’a pas voulu non plus donner de réponse à cette question.

A.É.: Votre histoire évoque la grève de la faim comme mode d’action. En termes de limites justement, c’est aller très loin…

M.A.: Oui, c’est aller très loin, et c’est dangereux. Je suis psychologue de formation, j’ai accompagné des grévistes de la faim à Forest en 2008, et là on est dans une autre question qui touche aux limites: ce que les sans-papiers sont prêts à faire pour avoir des papiers. Certains risquent la mort dans leur pays, pour eux c’est autant risquer la mort en Belgique en essayant d’obtenir des papiers plutôt que d’être assurés de mort en rentrant dans leur pays. Ce n’est pas le cas de tous. Mais être au jour le jour avec des personnes qui sont prêtes à aller aussi loin, cela m’a permis de réaliser à quel point ils avaient vraiment très peu d’issues.

A.É.: Vous avez travaillé ou travaillez toujours par ailleurs dans le social et la santé. Le cinéma est une autre manière de vous engager?

S.L.: Muriel travaille toujours dans le social. De mon côté, j’ai coordonné des projets dans le domaine de la santé publique puis j’ai évolué progressivement vers l’audiovisuel. On a monté une maison de production, Mutation Production, qui offre des services de production audiovisuelle pour les ONG, associations, administrations. On leur propose l’outil vidéo dans leur travail.

M.A.: L’efficacité, c’est la question qu’on se pose tout le temps dans notre vie. On travaille à moitié dans le social et la santé, à moitié dans l’audiovisuel. Toujours en se posant la question de ce qui est le plus efficace. Parfois, le plus efficace, c’est de faire un projet social qui va aider concrètement quelques personnes. Parfois, faire un long-métrage de fiction permet de toucher plus de monde de manière plus émotionnelle. Mais c’est sûr qu’on veut faire du cinéma efficace. Mais cela nécessiterait un peu plus de moyens…

A.É.: La fiction est-elle un bon outil de sensibilisation?

S.L.: Avec les documentaires, il y a cette difficulté d’aller au-delà du cercle des gens qui sont déjà convaincus. À travers la fiction on peut être plus dans l’émotionnel, emmener les gens où ils ne s’y attendent pas. Les emmener dans une histoire. Le cinéma peut créer une certaine proximité avec des personnes qu’on ne côtoie pas habituellement et permet de sentir les choses différemment. Le cinéma permet d’entrer dans un monde qu’on ne connaît pas.

Il y avait également plusieurs squatteurs dans l’équipe technique artistique.

A.É.: Vous avez tourné avec des acteurs, mais aussi avec des squatteurs et des sans-papiers. Cela a dû être un moment particulier…

S.L.: On a travaillé avec des sans-papiers sénégalais, ce fut de belles rencontres, pour les emmener et faire ce film. Ce sont des jeunes qui ont les mêmes rêves, les mêmes aspirations que les jeunes Européens. Mais ils n’ont pas du tout les mêmes options futures, leur avenir est bouché. C’était une manière de les mettre en parallèle, de les faire se rencontrer. Parce qu’ils ne sont pas si différents.

M.A.: Le tournage a été une expérience assez forte, pour nous, pour les acteurs, pour toutes les personnes impliquées. Un moment d’engagement et de rencontres. Il y avait également plusieurs squatteurs dans l’équipe technique artistique. En pleine période crise économique en Espagne, les budgets de la culture avaient été très fortement coupés. De plus en plus de techniciens audiovisuels se retrouvent aussi en squat ou à devoir quitter Barcelone…

A.É.: J’imagine que votre prochain projet sera aussi social?

M.A.: Il abordera les thématiques de la normalité et de la différence. Les stéréotypes qu’on met sur le fou, le tox, la pute, le clodo… Comment ces personnes sont parfois rejetées par la société, comment elles s’auto-excluent aussi parfois. Avec au centre, la problématique de la santé mentale. On travaille dans le social, on a envie de dire plein de choses. Souvent les stéréotypes sont dus à un manque de connaissance. Et la fiction est un bon outil pour toucher les gens personnellement parce que cela se passe à travers des histoires des personnages.

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