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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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Logement et territoires

Habitats hors-normes, par nécessité ou par choix

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  • Par Philippe Laperche
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Alors que la Province du Brabant wallon connait une pression immobilière de plus en plus forte, un groupe de travail vient de se constituer sur les habitats dits « hors-normes »

Ces habitats d’un genre différent sont parfois la seule solution de logement qu’il reste pour les plus démunis et les personnes précarisées. D’autres y habitent par choix écologique mais aussi philosophique, sociétal ou relationnel. Et non sans mal. Car ni le monde politique en général ni la population ne semblent toujours prêts à accepter ce type d’habitats dans leur environnement proche. Face au défi de l’accès au logement et de l’acceptation des habitats hors-normes, le rassemblement brabançon pour le droit au logement[x]1[/x] et le Centre culturel du Brabant wallon ont lancé une série de groupes de réflexion sur le thème du logement. Le groupe-chantier des habitats hors-normes s’est réuni pour la première fois le 28 mai dernier dans les locaux de l’asbl Crabe à Jodoigne. Les conclusions et les propositions issues de ce groupe de réflexion seront présentées lors des « Assises du logement en Brabant wallon » en décembre de cette année.

Logements hors-normes : une réponse ?

Les logements dits « hors-normes » pourraient représenter à terme des réponses à plusieurs problèmes de société. Ceux-ci proposent, d’une part, une solution économique en assurant un accès au logement pour tous et, d’autre part, une solution en terme de liberté individuelle et de choix d’un « vivre autrement » que certains revendiquent. Pour ces derniers, les maisons individuelles en béton ne sont pas la seule manière d’envisager un habitat décent. Ils recherchent un autre style de vie, plus simple, basé sur la communauté et le partage de certaines ressources.

Du point de vue de l’accès au logement et vu la proximité de Bruxelles, la situation du Brabant wallon est effectivement particulièrement préoccupante pour les personnes précarisées (les jeunes ménages, les vieux, les familles monoparentales, etc.). « Et même si cette précarité ne se voit pas toujours, elle existe bel et bien », selon Thierry Toussaint, secrétaire national adjoint du Mouvement ouvrier chrétien (MOC)[x]2[/x]. Pour preuve de cette pression immobilière et de la demande croissante pour des logements à des prix abordables, les AIS (Agences immobilières sociales) sont littéralement prises d’assaut dans la province. L’offre de ce type de logement dépasse à peine les 100 unités contre une demande dix fois plus élevée.

Quant à la qualité des logements proposés dans les circuits traditionnels privés (ou même publics), elle laisse parfois à désirer. Or, « la qualité des logements joue sur la santé des personnes. La précarité économique peut engendrer d’autres précarités et avoir des effets négatifs sur la santé des gens », ajoute Thierry Toussaint. Les normes en terme de logement ont, en effet, été élaborées suite à des scandales sur la qualité des logements en Région wallonne. Parties d’une bonne intention donc, ces mêmes normes empêchent l’émergence d’habitats d’un genre nouveau. Tout le défi de ce groupe de travail est de pouvoir réconcilier les préoccupations politiques de respect de la santé publique et de la sécurité, d’une part, et d’assurer le respect de la liberté individuelle dans le choix du type d’habitats que chacun est en droit ou en nécessité de revendiquer, d’autre part.

Des marginaux ?

Les personnes qui choisissent volontairement ce type d’habitats ne veulent en tout cas plus consacrer autant de temps, d’énergie et d’argent à la construction et au paiement de leur logement. Considérés aujourd’hui encore comme des marginaux, ils se retrouvent seuls face aux pouvoirs publics. Les normes urbanistiques et autres réglementations sociales ne sont absolument pas adaptées à ce style d’habitats et à ce style de vie. « On décourage les gens à suivre d’autres logiques », affirme Thierry Toussaint. Le partage d’habitats, quelle que soit sa forme, n’est ni culturellement ni légalement accepté. « Le partage d’une maison unifamiliale entre plusieurs personnes, par exemple, pour des raisons économiques ou écologiques est découragé de diverses manières dans nos sociétés. Tout d’abord, à la mise en place des habitats lors de la confrontation avec les règles urbanistiques et, ensuite, les réglementations en terme de cohabitation et du statut des personnes habitantes sous un même toit peuvent aussi poser problème. »

Certains habitants d’habitats hors-normes se retrouvent ainsi en situation irrégulière, dans des campings résidentiels ou sur des terrains occupés depuis de nombreuses années parfois. Le camping La Cala à Glabais ou le quartier de la Baraque à Louvain-La-Neuve en sont de bons exemples. Ils sont tous les deux en situation précaire et en voie d’une régularisation éventuelle. Les discussions et les négociations avec le monde politique local ont commencé il y a plusieurs années parfois. Et les progrès sont lents. Les habitants du quartier de La Baraque espèrent que leurs discussions serviront d’exemple dans d’autres communes et que la réglementation qui en émergera pourra servir à d’autres. « Car bien que 130 personnes y vivent depuis 40 ans dans une soixantaine d’habitats particuliers et qualifiés de hors-normes, c’est toujours le flou », témoigne Vincent Wattiez, un habitant du quartier. « Mais nous travaillons actuellement sur un règlement communal d’urbanisme en collaboration avec la commune d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. » Bien que les discussions sont compliquées et lentes, les autorités de cette ville si particulière ne semblent pas totalement fermées à ce type d’évolution. « D’ailleurs, nous avons déjà obtenu un Plan communal d’aménagement sur la plupart des zones du quartier », ajoute Vincent Wattiez.

Cette première réunion sur les habitats hors-norme a en tout cas permis de définir la suite du travail de réflexion. Trois sous-groupes de travail ont été formés autour de trois types d’habitats « hors-normes » : les habitats permanents (caravanes, chalets, etc.), les habitats collectifs (groupés, solidaires, colocation, intergénérationnels ou « kangourou », etc.) et les habitats légers ou mobiles (caravanes mobiles, yourtes, etc.).

Peu de personnes ont conscience de l’intérêt ou même de l’existence de ce type d’habitats. Ni les architectes, ni les pouvoirs publics, ni les citoyens. Pourtant 12 000 personnes habiteraient actuellement dans des habitats permanents en Belgique. La plupart du temps dans des campings résidentiels. Quant aux habitats groupés qui font tant parler d’eux, ils respectent, la plupart du temps, les normes urbanistiques en vigueur et sont bien acceptés par la population. Ils visent à combattre l’isolement, la distance, le manque de service, etc. propre à nos modes d’habitats individuels. Ce sont des habitats particulièrement adaptés aux personnes en « seconde vie » (retraités, personnes en deuil, etc.) ou aux personnes qui recherchent une vie basée sur plus de liens, de solidarité et de communauté.

Les groupes de travail sont ouverts à de nouveaux participants. Toute personne intéressée par un tel travail de réflexion sur le thème des habitats dits « hors-normes » peut toujours rejoindre un des sous-groupes de travail. La réflexion sur le type d’habitats sera accompagnée très probablement d’une réflexion plus large englobant la mobilité et le style de vie alternatif qui sous-tend la vie en habitats hors-normes. Un hors-norme, d’ailleurs, qui deviendra un jour peut-être une « autre norme ».

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