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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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(Aide à la) jeunesse

Familles et écoles, la pauvreté du lien

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  • Par Cédric Vallet
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La Fondation Roi Baudouin et le mouvement Changements pour l’égalité (Cgé) proposent douze clés pour améliorer le lien entre familles précaires et écoles. En parallèle, Cgé participe à l’appel pour une refondation de l’école.

© Emmanuel Crooy

© Emmanuel Crooy

Le fossé entre l’école et les familles précaires peut être béant. « Il y a beaucoup de malentendus, explique Isabelle Senterre, directrice de l’Institut Sainte-Marie fraternité de Schaerbeek. Certains parents, par exemple, s’inquiètent des besoins fondamentaux de leurs enfants. Ils demandent aux enseignants si leur fils ou leur fille a bien mangé et ne posent pas de questions sur la pédagogie. Il faut d’abord les rassurer sur ces besoins primaires avant d’échanger sur d’autres thématiques. » Des malentendus qui renforcent les dynamiques d’exclusion et de relégation au sein du système scolaire.

La Fondation Roi Baudouin, en collaboration avec l’association Changements pour l’égalité, a voulu « agir sur ce levier dans la future scolarité des enfants ». Et ce, dès le plus jeune âge. « Le passage à l’école maternelle est une occasion à ne pas manquer pour établir les bases d’une relation constructive entre l’école et les familles en situation de précarité », défend-on à la Fondation. Françoise Pissart, directrice de la Fondation Roi Baudouin, rappelle que le rôle de l’école est aussi de faire en sorte « que les familles issues de l’immigration et en situation de pauvreté puissent monter dans l’ascenseur social ».

La Fondation a donc tissé un partenariat avec Changements pour l’égalité et l’initiative Décolâge (réseau d’écoles contre l’échec scolaire). Objectif : réunir des acteurs de l’enseignement et de centres PMS pour partager leurs expériences avec les familles précaires. De ce terrain, et des réponses que les écoles proposent au quotidien, est né le petit livre Écoles maternelles et familles en situation de précarité. À la fin de l’ouvrage, une douzaine de « clés pour réussir » sont fournies, comme : privilégier l’oral et le visuel chaque fois que c’est possible, veiller à bien expliquer ce qui est implicitement clair pour l’enseignant, impliquer les papas.

La Fondation Roi Baudouin a imprimé 2 000 exemplaires de ce document. L’administration en diffusera 500 au réseau Décolâge. Les conseillers pédagogiques des réseaux recevront aussi leur petit opus. Pour Gaëlle Chapelle, du cabinet de Marie-Martine Schyns, la ministre de l’Enseignement, « ce travail a du sens car il s’agit de pistes qui ont été mises en oeuvre par des enseignants. Ces clés sont construites par les acteurs ». En parallèle, la Fondation Roi Baudouin intervient dans la formation initiale des enseignants « pour que ces questions soient mieux prises en compte ».

Changements culturels vs structurels

Agir sur les relations entre parents et école, est-ce un levier suffisamment puissant face à l’ampleur du défi des inégalités scolaires ? Gaëlle Chapelle, la conseillère de la ministre en est convaincue : « En modifiant la pratique de terrain, on modifie les représentations des uns et des autres, on modifie le système scolaire. » Françoise Pissart, de la Fondation, confirme : « L’enjeu de société est colossal. Nous proposons de le prendre à un microniveau pour changer les choses par le terrain. En donnant envie aux enseignants de se sentir concernés. »

Pour Anne Chevalier, de Changements pour l’égalité, ce type de projets propose un « changement culturel dans l’enseignement, pas un changement structurel. Un tel processus peut être un levier pour les enseignants, afin qu’ils n’imposent pas leur vision de l’école, qu’ils soient à l’écoute des craintes des parents en situation précaire. C’est un levier individuel pour permettre à plus d’élèves de ne pas être relégués dans le système scolaire ».

Mais pour la secrétaire générale de Cgé, un tel projet ne doit pas empêcher de « travailler sur la structure ». D’où la participation active du mouvement à la Plate-forme contre l’échec scolaire (voir encadré). Une vision qui ne correspond pas tout à fait à celle de la conseillère de Marie-Martine Schyns : « On a tenté de réformer la structure (NDLR Décrets successifs sur la mixité), sans succès. On doit essayer d’autres choses. Un projet de terrain comme celui-ci peut être transposé dans d’autres écoles. »

À quand une refonte de l’école ?

La Plate-forme contre l’échec scolaire, composée d’une trentaine d’associations, a lancé un appel vibrant pour une « refondation de l’école ». À l’approche des élections, ces acteurs de terrain (Changements pour l’égalité, Ligue de l’enseignement, Unicef Belgique, etc.) veulent remettre l’enseignement au coeur des débats.

Les constats qu’ils posent sont connus. Un système scolaire belge francophone fait de « disparités importantes », un « quasi-marché scolaire » – conséquence du « libre choix » – ayant pour résultat une « reproduction dramatique des inégalités sociales qui se transforment en inégalités scolaires ».

La dernière enquête Pisa, qui compare les résultats des pays de l’OCDE, publiée fin 2013, est une nouvelle fois venue appuyer ces constats. Si les élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles améliorent légèrement leurs résultats en math ou en lecture, le classement de « l’équité sociale » du système reste mauvais. Flandre et Communauté française se situent toutes deux en fin de classement (la Flandre étant encore plus inégalitaire).

Les signataires de l’appel dénoncent le taux de redoublement des enfants belges (un élève sur deux termine sa scolarité en ayant redoublé au moins une fois, côté francophone), la « hiérarchisation sociale des filières » et la « complexité du système, en particulier du fait des réseaux ». Ce qu’ils attendent : une objectivation de la situation, un grand débat sur l’école en « levant les tabous », avant de proposer un « projet global ».

Réaction rapide de la ministre de l’Enseignement, publiée dans Le Soir du 5 février. Cinglante, Marie-Martine Schyns considère que ce type d’appel « qui doit plaire à un certain public » promeut la « révolution » dans le monde scolaire. Mais la ministre ne croit pas « au grand soir ». En opposition aux signataires, elle estime se porter garante de « la réalité de terrain », une réalité faite de 120 000 enseignants. « Les évolutions, il faut les mener avec eux », ajoute-t-elle. Bref, une ligne assumée de politique du pas-à-pas.

La Ligue des droits de l’enfant n’a pas franchement sauté de joie en lisant cet entretien. Le jour même, l’association publiait un communiqué de presse intitulé « la ministre de l’Enseignement vit dans le monde des bisounours », rappelant « l’iniquité de notre système éducatif » : « 60 000 redoublements, 17 000 orientations contraintes, 20 000 abondons et 3 000 exclusions. »

Bisounours ou pas, le débat est lancé. Au vu de l’état de l’enseignement en Belgique francophone, il mériterait d’être approfondi lors de la campagne électorale qui s’annonce.

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