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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Des travailleurs sociaux qui changent de peau

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Les travailleurs sociaux sont de longue date confrontés aux situations de précarité énergétique. Mais la libéralisation du marché de l’énergie a rendu leur tâche plus ardue. Sont-ils amenés à se métamorphoser en spécialistes de l’énergie ?

L’énergie est un secteur en transformation, qui génère l’apparition de nouveaux métiers. Qu’ils soient techniques, en lien avec les évolutions technologiques, ou de conseil et de gestion, à destination des entreprises, des pouvoirs publics ou encore des citoyens lambda. Mais les questions énergétiques touchent aussi de près les travailleurs du social. Car ils sont confrontés aux difficultés de leurs usagers en prise avec des factures difficiles à honorer ou avec une gestion ardue de leur consommation, habitant souvent dans de véritables passoires énergétiques. Les travailleurs sociaux sont-ils équipés pour affronter ces questions ?

La question n’est pas neuve. C’est à la demande du ministre José Daras, en charge de l’Énergie entre 1999 et 2003, qu’une cellule sociale énergie avait été créée au sein de la Fédération des CPAS wallons. Elle assure notamment le suivi des CPAS, elle les conseille, les forme et les informe sur les questions énergétiques. À Bruxelles, le Réseau de vigilance du contentieux en énergie, un lieu de concertation où les travailleurs sociaux bruxellois réfléchissent collectivement à la question du droit et de l’accès à l’énergie et mettent en commun leurs pratiques, existe quant à lui depuis une vingtaine d’années.

Mais les difficultés ont pris de l’ampleur depuis 2007. « Après la libéralisation, les travailleurs sociaux ont tiré la sonnette d’alarme, explique Elvis Mihalowitch, coordinateur de la cellule énergie de la Fédération des services sociaux (FdSS). Car elle a eu des répercussions sur leur public. » Un public désormais totalement désarmé devant la montagne d’informations avec lesquelles il faut jongler pour pouvoir « faire son marché ». Un public qui a aussi de grosses difficultés à déchiffrer ses factures ou à entrer en contact avec les fournisseurs et à négocier avec eux un plan de paiement. « Les travailleurs sociaux, eux aussi, se sont sentis perdus après la libéralisation », précise Isabelle Goyens, coordinatrice de la cellule énergie du CPAS de Namur.

Nouveaux métiers de la précarité énergétique

Ces évolutions expliquent l’émergence de nouveaux métiers, aux confins du social et de l’énergie. En 2009, des postes de tuteurs en énergie sont créés au sein de CPAS wallons dans le but d’accompagner les ménages précarisés dans la recherche de solutions pour réduire leurs dépenses énergétiques. Au-delà des aides déjà assumées par les CPAS (aides financières, à l’obtention de certaines primes, encadrement du statut de client protégé, actions de prévention…), les tuteurs appuient les personnes afin qu’elles améliorent l’état de leur logement et pour faire baisser leurs factures (parfois aussi pour les augmenter…).

Yves Collard est tuteur énergie au CPAS de Namur. À la suite de chacune de ses visites à domicile, qui dure souvent deux ou trois heures, il dresse les constats et liste les pistes d’amélioration possibles : demande de prime pour certains travaux, fourniture de petit matériel pour juguler les déperditions de chaleur, bonnes pratiques en matière d’utilisation rationnelle de l’énergie, comparaison des tarifs et changements de fournisseurs, utilisation d’un compteur à budget. C’est ensuite une de ses collègues de la cellule énergie qui assure le suivi. « Il arrive parfois aussi qu’on soit confronté à une sous-consommation d’énergie par des ménages qui, faute de moyens, serrent la ceinture de leurs radiateurs. Cela peut s’avérer problématique, car cela peut rejaillir sur la santé », note le tuteur. Aujourd’hui, 55 CPAS sur 262 disposent d’un tuteur énergie (44 équivalents temps plein). « Nous aimerions que l’ensemble des CPAS soient concernés par la mesure », plaide Christophe Ernotte, directeur général de la Fédération des CPAS wallons.

Dans la même veine, des accompagnateurs énergie sont mis sur pied dès 2010 à Bruxelles, dans le cadre de l’appel à projets sur la guidance sociale énergétique lancé par Évelxne Huytebroeck, ministre bruxelloise de l’Énergie. « La Fédération a hésité à répondre à cet appel, parce que l’objectif était axé sur la diminution des consommations uniquement, retrace Elvis Mihalowitch. Or il y a tellement d’autres facettes, notamment l’état du logement. Pour beaucoup de ménages précaires, c’est difficile de baisser sa consommation. » Malgré ces appréhensions, la FdSS se lance dans l’accompagnement individuel de ménages (50 ménages suivis en 2009). L’année suivante, profitant de l’élargissement du cadre de l’appel, la Fédération crée un service énergie et institue deux accompagnateurs énergie (ils sont cinq aujourd’hui). L’objectif : aider les ménages dans le suivi de leur situation administrative et dans la mise en œuvre de petites modifications dans leur logement. « Ce ne sont pas des grandes rénovations, précise le coordinateur de la cellule énergie, mais des petites choses qui permettent de baisser la facture et d’améliorer le confort, comme l’achat de rideaux par exemple. » (Lire aussi : « On doit d’abord apprendre aux gens à trouver leurs compteurs », p.26)

« L’accompagnateur énergie fait le lien entre les préoccupations sociales et environnementales », décode Elvis Mihalowitch. Car d’un côté les CPAS « se cantonnent » à garantir l’accès à l’énergie, et de l’autre, les maisons énergie visent la réduction de la consommation, mais sans être particulièrement outillées pour travailler avec les ménages précarisés. « Même si c’est un peu caricatural, précise-t-il, car il y a des CPAS à Bruxelles qui ont des cellules énergie et qui se rapprochent de nos pratiques, tandis que certaines maisons énergie réfléchissent à des modes d’intervention à l’égard des publics précarisés. »

Tuteurs énergie, accompagnateurs énergie, qui sont donc ces nouveaux professionnels du social ? En Wallonie, certains tuteurs ont une formation sociale tout en ayant acquis certaines connaissances techniques, tandis que d’autres sont plutôt des techniciens qui ont une sensibilité pour le social. « On insiste sur les deux volets, explique Christophe Ernotte, mais ce profil n’existe pas tel quel. Une formation poussée après l’engagement permet de combler les manques, là où le travailleur social n’est pas maître des aspects techniques et inversement. »

Se former à l’énergie

Les tuteurs et accompagnateurs, comme les travailleurs sociaux généralistes confrontés aux questions énergétiques, ont besoin d’être formés. Car leurs formations initiales ne font pas la part belle à ces questions. Loin de là. « Les assistants sociaux devraient apprendre certaines bases à l’école, insiste Jan Willems, du service médiation de dettes du CPAS de Bruxelles-Ville. Au même titre que les informations qu’ils reçoivent sur le paysage de la sécurité sociale, des mutuelles, etc. »

« Les représentants des hautes écoles sociales nous disent que leur métier est de mettre sur pied une formation généraliste, explique Christophe Ernotte, il y a comme une fin de non-recevoir quand on aborde cette question. » Même si le directeur de la fédération wallonne note qu’il y a déjà eu des améliorations apportées dans d’autres domaines. Tout espoir n’est donc pas perdu. Il est vrai qu’on ne peut pas « tout mettre » dans une formation de trois ans. La question de la faire évoluer vers un master en cinq ans, qui permettrait plus de spécialisation, pourrait donc se poser.

Le baccalauréat en écologie sociale dispensé depuis une dizaine d’années par la Haute École libre de Bruxelles Ilya Prigogine serait aujourd’hui le plus à même de fournir les compétences requises pour les postes de tuteurs ou d’accompagnateurs énergie. S’il ne s’agit pas d’une formation sociale à proprement parler, si les aspects purement techniques des matières énergie n’y sont pas non plus enseignés, cette formation « témoigne d’une ouverture aux deux aspects, le social et l’environnemental », explique Isabelle Goyens.

À l’heure actuelle les solutions demeurent donc dans la formation continue. Une formation qui peut prendre des contours différents. En Wallonie, la cellule sociale énergie de la Fédération des CPAS wallons est chargée de former les futurs tuteurs énergie. Elle organise également une « formation de base énergie » de deux jours à destination des travailleurs sociaux des CPAS qui n’ont « aucune ou très peu de connaissances relatives au secteur de l’accès à l’énergie ». À Bruxelles, Bruxelles-Environnement propose des formations-débats pour les travailleurs sociaux sur l’énergie et les ménages fragilisés. Lesquelles abordent, entre autres, les questions liées à la libéralisation des marchés, aux mesures de protection des consommateurs et à la guidance sociale énergétique. Chaque cycle de formation est suivi par une centaine de travailleurs issus de CPAS, d’agences immobilières sociales (AIS) ou encore d’associations actives sur les questions de l’énergie. De son côté, le service énergie de la FdSS s’attelle à informer et former les assistants sociaux généralistes. « Il s’agit de les inciter à avoir une série de réflexes énergétiques, comme savoir faire un prédiagnostic », explique Elvis Mihalowitch. Un centre d’appui existe aussi depuis trois ans au sein de la Fédération, avec pour missions la création d’un site internet (voir encadré), l’organisation du Réseau de vigilance et la formulation de recommandations politiques.

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